mercredi 23 novembre 2016

La création de l'homme selon les Maoris - une légende WTF


Lors de mon week-end au marae (voir article ci-dessous), j'ai entendu pas mal de légendes maories, donc j'étais aux anges tu t'en doutes.

(Les légendes c'est mon centre d'intérêt principal dans la vie, avec les chips saveur pas chips.)

(Tu savais qu'en Nouvelle-Zélande on avait des chips goût cheeseburger?)

(What a time to be alive.)

Bref.

J'ai entendu pas mal de légendes que je connaissais déjà, comme celles de Maui et de ses exploits, de Rona et de la lune, de Tawhaki et de son séjour au ciel, ou encore celle du kauri et de son écorce.

Mais j'ai aussi et surtout entendu LA LEGENDE LA PLUS OUF DE TOUS LES TEMPS: celle de la création du monde selon les Maoris.

C'est une histoire à la fois super familière et incroyablement originale. Mais je vais te laisser juger par toi-même.

Donc c’est l’histoire du dieu Tāne, qui était, on se rappelle, l’un des enfants de Rangi (le ciel) et Papa (la terre), et qui était la force principale qui les avait séparés, créant ainsi le monde (grosso modo). Tāne régnait sur la terre, et s’était donné la tâche de la peupler. Et pour ce faire, il y va pas par quatre chemins: il nique tout.


(Ah bah oui mais c’est ça la joie des civilisations pré-colonisation.)

(Vis la vie de gens pas encombrés par des siècles de tabous sur le sexe.)

Donc il nique des montagnes et ça fait des arbres, il nique les arbres et ça fait des arbustes, il répand sa semence par terre et ça fait de l’herbe, bref tu vois le topo.

Au bout d’un moment, la terre est peuplée d’une végétation luxuriante, et Tāne commence à en avoir un peu marre de s’accoupler avec des buissons (et on le comprend). Il se rend donc sur une plage située au bout du monde, et commence à modeler une forme dans le sable. Il travaille sa sculpture tant et si bien qu’elle prend forme humaine.

Tāne souffle dans les narines de sa sculpture de sable, et lui insuffle le souffle de la vie. La sculpture se transforme donc en être de chair et d’os : la première femme.

Jusqu’ici, tu remarqueras qu’à part le bout où Tāne copule avec des arbres, on a affaire à un mythe de la création tout ce qu’il y a de plus banal : le coup de modeler un être humain à partir de terre et de lui insuffler la vie, c’est très littéralement un conte vieux comme le monde.

Sauf que dans la plupart des autres mythes de la création, l’entité créatrice fait généralement deux personnes, un homme et une femme, dont découle le reste de l’humanité (ou alors – variante – le dieu créé juste un homme, et c’est ce dernier qui créé la femme).

Mais là, Tāne, rappelle-toi qu’il cherchait pas tant à engendrer une espèce entière qu’à se taper du cuissot, donc un seul garage à bites, ça suffit bien.

Le problème, c’est qu’une fois la nana vivante en face de lui, Tāne ne sait pas trop comment s’y prendre.

(On se souviendra que son expérience sexuelle s’est forgée principalement sur tout ce qui était chlorophylle.)

Du coup, il fait comme tout le monde aurait fait à sa place : il fourre sa bite dans tous les orifices et il regarde où ça rentre.

(Je dirais bien que c’est dégueulasse, mais étant moi-même dépourvue de ce type d’appendices, je m’abstiendrai de commentaires.)

Donc comme Tāne est un être super logique, il commence par les yeux (euh…aie ?)

(Enfin chais pas mec, y’avait quand même des trous un peu plus évidents !)

Il essaye donc tant bien que mal de niquer l’œil de sa nouvelle création, mais, n’y arrivant pas, se retire, laissant un peu de sa semence au coin de l’œil de la jeune femme.


(Petit instant de compassion pour la demoiselle.)

C’est de là, selon la légende, que viennent nos larmes.

Eh ouais ! On pleure tous du sperme divin !


(On en apprend tous les jours.)

Mais la leçon d’anatomie ne s’arrête pas là, puisque Tāne n’est rien si ce n’est persistant.

Il va donc s’introduire méthodiquement dans chaque recoin de décidément l’Eve la plus mal barrée de la création, et y laisser à chaque fois de la semence, qui donnera naissance à un fluide corporel. 

Il lui fourre donc successivement la teub dans la bouche (et ça donne la salive), dans l’oreille (et ça donne la cire d’oreille), sous l’aisselle (et ça donne la sueur), et dans le popo (et ça donne… bon j’te fais pas un dessin).


(Pendant ce temps, la pauvre dame.)

Et donc, après avoir essayé tous les endroits sauf le plus évident, Tāne se dit enfin « Allez hop, si déjà on est là, on tente le vag’ ».


(Pas trop tôt.)

Il s’accouple donc enfin avec l’heureuse élue.

(M’est avis qu’elle était vivante, mais pas super bien finie, la meuf, pour se laisser faire aussi placidement.)

(Genre hep salut ça gaze ma bichette, bon j’te mets ma bite dans l’œil ça te dérange pas hein ?)

(Et même pas un restau d’abord, franchement.)

Alors la morale de cette belle légende, outre que ça doit être super rigolo de la raconter aux petits enfants, c’est quoi ?

Bon d’abord, je pense que c’est important qu’on retienne bien qu’on est tous des sacs à foutre divin.

(RIP à tous les prêtres catholiques qui sont entrés en combustion spontanée alors même que cette phrase était formulée.)

Mais si l’on passe outre le côté xptdr de l’affaire, y’a quand même une chose extraordinairement positive à cette légende : c’est que, contrairement à d’autres cultures qui imaginent l’homme comme créé à l’image divine, les Maoris, eux, nous expliquent qu’on est littéralement les DESCENDANTS d’un dieu !

Et c’est une petite nuance, mais pas si petite que ça.

Parce que déjà, c’est plutôt cool de se dire qu’on est tous un peu des dieux (les plus mégalomanes d’entre nous l’ont déjà compris) mais aussi, je trouve que ça véhicule un joli message.

(Pas celui du garage a bites, hein.)

Parce qu’au final, ce mythe nous dit qu’on est tous des descendants divins, mais pas seulement nous : les montagnes, les forêts, les oiseaux, les arbres, ce sont tous des descendants de Tāne aussi – et, qui plus est, ils sont arrivés avant nous, et on leur doit donc le respect qu’on accorde aux tuākana (grands frères/grandes sœurs).

Et oui, je sais, c’est incroyablement hippie de dire qu’on est tous les frères et sœurs de Gaïa, mais voilà, moi je trouve ça beau.

(Vis ma vie élevée par des gauchistes dans la montagne.)

Sur ce, je vais me coucher avec ces belles images dans la tête (tous ces sacrifices que je fais pour toi lecteur), et je te dis à bientôt pour de nouvelles aventures!

(Et de nouvelles légendes j'espère.)

samedi 19 novembre 2016

L'Instant Kiwi: un week-end au marae


Comme tu sais déjà (parce que je te bassine avec depuis des mois) je prends des cours de Te Reo Maori.

Et dans le cadre de mes cours, je suis allée passer un week-end au marae. 

Et comme c'est un truc pas banal, je me suis dit que je te raconterais un peu comment ça se passe.

Alors d'abord, les basiques:

Qu'est-ce que c'est qu'un marae?


Expliqué très simplement, un marae, c'est un lieu de rassemblement communal. Pour les Maoris, c'est un endroit qui a une importance capitale, parce que c'est l'endroit où vit la culture de la tribu: on s'y rencontre pour des négociations, on y accueille les visiteurs, on y célèbre les mariages, les naissances, et les décès.

Les marae étaient communs autrefois dans toute la Polynésie, mais aujourd'hui, ils subsistent principalement en Nouvelle-Zélande. Et, contrairement à d'autres pratiques culturelles qui sont mortes avec l'arrivée des colons, le marae reste aujourd'hui une part importante de la vie de tous les Maoris – même ceux qui ne s'impliquent pas activement dans la célébration de la culture maorie y sont allés au moins deux-trois fois dans leur vie, et connaissent les us et coutumes à observer sur place.

(Un peu comme nous en France avec l'église.)

(Moi je suis une athée élevée par des bobos, mais je sais quand même faire le signe de croix et réciter "Notre Père" et "Je vous salue Marie" – c'est un peu le minimum syndical.)

En Nouvelle-Zélande, on trouve en général un marae par village, et plusieurs dans les grandes villes. En général, chaque marae est consacré à un hapū (clan) : la tribu locale est le bénéficiaire légal du marae, et a la charge de son entretien.

Le marae est en général séparé du reste du village/de la ville par une enceinte en bois, parce que c'est un lieu sacré (tapu): on n'y entre donc pas comme dans un moulin, et il y a une multitude de règles à suivre une fois à l'intérieur.

Le marae, à quoi ça ressemble?




Le marae est peu ou prou toujours composé des mêmes bâtiments:

- Le wharenui (littéralement "maison-grande"), la maison de rassemblement, où l'on discute et où l'on dort;
- Le wharekai (littéralement "maison-manger"), le réfectoire;
- Le wharepaku (littéralement "maison-petite"), qui comprend les toilettes et les douches.
- Le marae ātea, la cour qui se trouve devant le wharenui (c'est aussi un endroit très important, même si ce n'est pas un bâtiment).

Ça, c'est le strict minimum. Les marae plus grands ont quelquefois des trucs en plus, comme le wharekarakia (église), le wharemata (morgue) ou le poukara (mât pour les drapeaux).

Peut-on accéder au marae si on ne fait pas partie du hapū/si l'on n'est pas Maori?

Oui, mais il faut avoir reçu une invitation formelle de la part du hapū, et même une fois invité, c'est pas genre "Viens, mets tes pieds sous la table". Les gens qui arrivent dans un marae pour la première fois (qu'ils soient Maori ou non) doivent passer par l'étape du pōwhiri (cérémonie d'accueil).

Contrairement à beaucoup d'idées reçues, le marae n'est pas fermé aux non-Maoris; en revanche, comme le but de l'endroit, c'est de célébrer la culture maorie, il est quand même nécessaire pour les visiteurs de s'y intéresser un minimum, et de savoir parler au moins un peu la langue (ne serait-ce que quelques mots appris par cœur et ânonnés péniblement). D'ailleurs, dans la majorité des marae, l'usage de l'anglais est, sinon interdit, du moins fortement déconseillé.

(Du coup, tu comprendras que c'est pas vraiment l'endroit que tu vas aller visiter pendant tes vacances.)

Le pōwhiri, c'est compliqué?


Ouais, hyper. Un pōwhiri formel, en grande pompe, peut durer facilement deux heures.

Une petite pensée au passage pour la famille royale, qui se tape des pōwhiri de trois-quatre heures à chaque visite.



(Ceci dit, ça reste toujours moins long qu'un match de cricket.)

Dans mon cas, j'ai été accueillie au marae de l'université où je prends mes cours (chaque université en Nouvelle-Zélande a son propre marae), et on a eu droit à un semi-pōwhiri, parce qu'on était un groupe assez grand à visiter pour la première fois, donc il fallait marquer le coup, mais en tant qu'étudiants à l'université, c'est techniquement NOTRE marae à nous aussi (il n'est pas assigné à une tribu en particulier).

La cérémonie est souvent adaptée au cas par cas (sinon ça prend des plombes).

Comment se passe un pōwhiri?



(Exemple de pōwhiri formel)

Le pōwhiri consiste en deux groupes qui se rejoignent pour n'en former plus qu'un: d'un côté, les manuhiri (visiteurs), de l'autre, les tangata whenua (hôtes).

Le pōwhiri est une cérémonie très codifiée, qui a plusieurs étapes distinctes:

D'abord, les visiteurs sont groupés hors de l'enceinte du marae (dans la rue, quoi) et les hôtes sont groupés dans la cour, le marae ātea. Dans les deux groupes, les femmes se tiennent devant, les hommes derrière. Puis, les femmes du marae entonnent un chant d'accueil, auquel les femmes du groupe de visiteurs répondent en chantant aussi. Les paroles du chant donnent quelque chose du genre:

- Yo salut les visiteurs, vous êtes qui?
- On est la tribu de X, descendants de Y, Z, etc.
- Vous venez pour faire la guerre ou comment ça se passe?

C'est une tradition des temps jadis, où comme les Maoris passaient leur temps à se faire la guerre, la coutume était de ne jamais laisser entrer des étrangers dans un village sans leur avoir demandé pourquoi ils venaient.

(Et pour ceux qui se demandent "Oui mais les gars ils peuvent mentir, non?" la réponse est : non.)

(Chez les Maoris on s'emmerde pas avec la stratégie: quand on vient pour faire la guerre, on arrive en criant C'EST LA GUERRE, y'a pas de lézard.)

(Les Maoris sont un peu les Leeroy Jenkins de la vraie vie.)

Ensuite, les visiteurs entrent, et les hôtes leur font un chant d'accueil avec une chorégraphie à base de branches d'arbres. 

(Ça c'est un truc très Maori, il faut toujours qu'il y a ait des chorégraphies) 

(C'est comme un peuple entier de Kamel Ouali).

Ensuite tout le monde s'assied (enfin!) et là c'est au tour des hommes de parler. 

Et ils vont parler, parler, parler pendant super longtemps, parce que le Te Reo est une langue très codifiée, et que les Maoris sont un peuple très formel, donc juste pour dire bonjour dans les règles, t'en as déjà pour cinq bonnes minutes.



(Oui, les Maori sont un peu les Ent de la vraie vie.)

Puis une fois que tout le monde a fini de parler, il y a encore des chansons et encore des chorégraphies, et ensuite c'est le moment du hongi.

Le hongi est une manière de dire bonjour, qui consiste à presser légèrement le front et l'arête du nez contre l'autre personne.



(J'ai dit "légèrement", hein.)

L'idée derrière le hongi est de mélanger les souffles – on partage donc notre essence vitale avec l'autre personne.

Autrefois, tout le monde (femme et hommes confondus) faisait le hongi, mais les colons Anglais jugeaient la pratique impropre entre personnes du sexe opposé, et l'ont replacé par une bise.

(Alors là, faut m'expliquer le raisonnement.)

("Non, c'est trop intime de poser ton front contre celui d'une femme. Embrasse-la plutôt sur le visage!")

Aujourd'hui, selon les marae, soit tout le monde fait le hongi, soit les femmes font le hongi aux hommes et la bise aux autres femmes, soit les femmes font la bise à tout le monde et les hommes font le hongi entre eux.

(Ouais, c'est compliqué.)

Une fois le hongi accompli, le tapu des visiteurs est officiellement levé, et tout le monde peut aller manger.

Qu'est-ce qu'on mange au marae?

La même chose que partout ailleurs en Nouvelle-Zélande : des trucs gras et frits. Question suivante!

Une fois les cérémonies terminées, qu'est-ce qu'on fait au marae?

On célèbre la culture Maorie en parlant te reo, on chante des chansons, les anciens racontent des légendes, et puis bien sûr on n'oublie pas les chorégraphies.



(Moi pendant les chansons, une illustration.)

On dort aussi sur place (parce que les légendes, ça prend du temps à raconter).

Bref, c'était un week-end super cool où j'ai appris plein de choses, notamment une légende COMPLÈTEMENT DÉMENTE sur la création du monde, mais ça j'en ferai un article à part parce que ça vaut son pesant d'or.

Je terminerai avec un petit snapchat de ma soirée:




 Je pense que tout est dit.

dimanche 30 octobre 2016

L'Instant Kiwi: un long week-end à Whanganui


Et donc le week-end dernier c'était Labour Day, et comme tous les longs week-ends, Flaxou et moi on est partis à l'aventure.

On a décidé d'aller dans un endroit où on n'était jamais allé, et mine de rien ça commence à nous restreindre quelque peu – après 4 ans, quand même – parce qu'on a visité à peu près tous les endroits accessibles du pays.

Du coup, maintenant, on est un peu obligés de partir dans les vraies aventures de bonhomme, genre les parcs nationaux de huit millions d'hectares où y'a ni routes, ni maisons, et où tu marches trois jours au milieu de la forêt avec tout ton barda sur le dos.

Sauf que comme on n'est pas des sado-masochistes, on n'avait pas vraiment envie de marcher trois jours au milieu de la forêt avec tout notre barda sur le dos – pardon, mais je ne comprendrai jamais les gens qui disent que c'est une activité fun.

- Ha c'était magnifique, on a marché trente kilomètres par jour pendant quatre jours et on a dormi sous une tente microscopique dans des draps qui puent, c'était tellement revigorant! Je me sens super relaxée, j'ai rechargé mes batteries à bloc, hihi!

NOPE, désolée Micheline j'y crois pas, y'a pas moyen que ce soit "revigorant" de bouffer de la farine et de mariner dans du jus de chaussettes sales pendant des jours.

Donc pour moi, les week-ends rando, c'est mort: autant je saisis parfaitement l'attrait de courir dans la forêt pendant des jours, autant l'idée de devoir porter une charge de mille kilos sur mon dos par monts et par vaux, merci mais non merci.

(Bah oui parce que moi il me faut minimum deux litres d'eau par jour, déjà.)

(Ou alors le week-end rando devient très vite le week-end cystite.)

D'autant que c'est triste mais je ne suis plus la petite sauvageonne que j'ai été, et niveau confort, je suis un peu une princesse, donc laisse béton, tu m'entendras jamais qualifier un week-end où tu dors sur des cailloux et tu te toches avec des fougères de "relaxant".

Fort heureusement, il existe un endroit magique en Nouvelle-Zélande où l'on peut concilier l'amour de la forêt vierge et de l'aventure et l'amour de pas flinguer son dos et ses pieds, et cet endroit, c'est le parc national de Whanganui.


Le parc de Whanganui (ou Wanganui, on peut dire les deux) (l'orthographe officielle du moment c'est Whanganui, mais ça change à chaque pleine lune, alors on va pas enculer les mouches) BREF le parc de Whanganui est une réserve naturelle de plus de 700 kilomètres carrés, construit autour du fleuve Whanganui ("le grand estuaire" en Maori).

Le fleuve est l'un des plus grands de Nouvelle-Zélande, et a été appelé par les Français "le Rhin de la Nouvelle-Zélande" (heu....okay).

(C'est une rivière, quoi.)

(C'est un peu leur seul point commun.)

(A ce moment, là, moi aussi je peux m'amuser hein.)

(A partir de maintenant, le Tongariro sera connu sous le nom de "Ballon des Vosges de la Nouvelle-Zélande", deal?)

La particularité du parc de Whanganui, c'est que le meilleur moyen d'admirer sa beauté pleinement, c'est de descendre la rivière en canoë plutôt que de traverser la forêt à pied.

Du coup, tu imagines un peu notre bonheur quand on a appris qu'on pouvait avoir le beurre et l'argent du beurre en faisant une "rando" de plusieurs jours au milieu du bush, MAIS sans avoir à faire d'efforts ou porter des trucs lourds.

(Et en plus on pouvait dormir dans un refuge et pas sous une tente – bim, sourire de la crémière.)

C'est donc plein d'entrains qu'on s'est mis en route vers Raetihi, où nous attendait notre canoë de location – non sans un petit arrêt autour des volcans du plateau central, parce que si déjà on passe à côté, on va pas cracher dessus:


(Franchement, ça donne pas envie?)

On a donc osé le détour de deux heures, juste le temps de faire une petite balade et manger notre takeaway acheté sur la route (big up à Flaxou qui a trimballé son petit tupp' en polystyrène à la main jusqu'à ce qu'on trouve un coin sympa pour pique-niquer) (bah oui mais quand on veut des frites, on assume).


(Ça va, la vue était PAS MAL.)

Après cette pause, donc, c'était direction Raetihi pour la nuit, et le lendemain, c'était parti pour deux jours de canoë – non sans un briefing pas flippant du tout:

- Bon, comme vous vous en doutez, il n'y a pas de réseau sur la rivière, donc s'il vous arrive quelque chose, vous ne pourrez prévenir personne.
- ....
- Mais pas d'inquiétude, on connaît votre itinéraire, donc on pourra venir vous chercher si jamais on ne vous voit pas arriver au refuge à la tombée de la nuit.
- Et si on a une urgence?
- Alors on vous donne un tracker GPS; si vous avez un souci urgent, par exemple si vous avez besoin de soins médicaux, appuyez sur le bouton, et on enverra un hélicoptère de secours pour vous chercher.
- Ah, c'est chouette.
- Oui par contre l'hélico met deux heures à arriver, donc j'espère que vous êtes qualifié en premiers secours, haha!


Mais c'est pas grave, on est des oufs, moi j'ai mon certificat de premiers secours (qui me sert à rien dans des cas de ce type, mais c'est pas grave, au pire du pire je sais faire un garrot, et si tu me donnes du fil dentaire je peux te faire une suture) (oui, okay, ce sera une suture de type "ourlet de pantalon", mais quand on est dans la jungle on fait pas le difficile).

C'est donc le coeur plein de joie qu'on s'est mis à l'eau:


(Passion gilet de sauvetage)

Comme je suis une quiche en canoë, j'étais à l'avant, AKA la place des quiches (où t'as juste besoin de savoir pagayer) et Flaxou, fort de ses années d'expérience en colo EDF, faisait le gouvernail à l'arrière – ce qui veut dire qu'il nous amenait au milieu du courant quand y'avait des rapides, et ensuite il branlait plus rien.

- Pagaye plus fort, Cha!
- Ouais enfin toi je t'entends pas pagayer!
- Non, mais ça c'est parce que je... manie le gouvernail.
- Ah bon?
- Non non, te retourne pas, tu vas nous faire chavirer! Regarde droit devant, toujours droit devant.

IL A BON DOS LE DROIT DEVANT, HEIN.

(Flemmard.)

Mais malgré cette trahison évidente, c'était quand même une journée géniale.

(On a vu des chèvres sauvages et une fois y'avait un bébé chèvre avec sa maman, j'vois pas comment tu peux faire mieux, honnêtement.)


(Bon et aussi le paysage était PAS MAL.)

Après plusieurs heures de pagayage et de repas en boîte, on est arrivés en début de soirée à notre refuge pour la nuit, John Coull Hut, où on a pu s'asseoir pour un repas à base de crackers et de poulet en conserve – ce qui aurait été supportable si y'avait pas eu les gens les mieux préparés du monde juste à côté de nous, qui avaient emporté des glacières et se faisaient cuire des steaks et des patates douces.


(3615 gros seum) 

Mais on a profité pour discuter avec d'autres êtres humains – ce qui n'était pas facile pour tout le monde:

- Chaaaaaaa!
- Quoi?
- Je m'ennuiiiiiiie!
- Ben chais pas moi, va discuter avec des gens.
- Mais j'aime pas les geeeeennns!
- Ben va lire un magazine.
- Mais j'aime pas liiiiire!

(Vis ma vie avec un enfant de cinq ans et demi.)

Finalement, j'ai réussi à convaincre Flaxou de s'asseoir dans un coin avec un National Geographic, et là, le miracle: il s'est fait un copain.

- Eh, tu l'as trouvé où le National Geographic?
- Y'en a une pile dans la cuisine.
- Y'a des articles bien?
- Oui, là j'en lis un pas mal sur les parasites.
- Ah j'adore les parasites! Quand j'étudiais la microbiologie on avait étudié la douve du foie de mouton, tu connais?
- HAN!
- Quoi!
- Mais la douve du foie de mouton c'est mon parasite préféré!!


(Apparemment les randonnées canoë attirent les biologistes, voilà comme ça t'es prévenu.)

Bref, après une nuit super fêtarde (on s'est tous couchés à 20h30 parce que la nuit était tombée et qu'il y avait plus rien à faire à part discuter dans le noir) et un réveil en fanfare (6h du mat, enfin bon du coup c'était comme une grasse mat' en fait), on a pris un petit-déjeuner fort équilibré, à base d'eau froide et de lembas:

- Elles ont l'air bonnes tes barres de céréales, Charlotte, c'est fait maison?
- Oui.
- Y'a quoi dedans?
- Du muesli, du sucre, du beurre, du sirop d'érable, du miel, des noisettes, des noix de cajou, des noix de pécan, des noix du brésil, des raisins secs, des cranberries, des pommes séchées, des baies de goji, et du beurre de cacahuète.
- ....
- Je voulais rajouter des pépites de chocolat, mais j'en avais plus.


(Tu comprends pourquoi Flaxou appelle ça du lembas.)

Et puis on s'est remis en route (pendant que les gens les mieux préparés du monde se faisaient griller des toasts à la banane et à l'avocat) (qui sont ces gens, quels sont leurs réseaux?)


Et après quelques heures de pagayage, on est arrivés à notre destination finale: THE BRIDGE TO NOWHERE.

Le Bridge to Nowhere est, exactement comme son nom l'indique, un pont qui ne va nulle part. En gros, tu gares ton canoë le long de la berge, tu marches 45 minutes sur un sentier au milieu du bush, et là, y'a un pont en béton qui traverse une gorge, et de l'autre côté... y'a rien.

En fait, le pont a été construit au début du XXè siècle dans l'optique d'exploiter la vallée de Mangapurua. Le gouvernement avait décidé de donner la terre aux soldats revenus de la Première Guerre Mondiale pour qu'ils puissent construire leur ferme dans le bush – avec l'espoir de fonder une ville une fois suffisamment de monde installé.

Sauf que non, sauf que pas du tout.

Parce que oui okay, dans la vallée de Mangapurua, y'a de l'eau, mais c'est un peu tout ce qu'il y a, en fait. Et c'était une super mauvaise idée de s'installer près du fleuve Whanganui, parce qu'il a environ quarante mille affluents, et c'est donc un fleuve qui est en proie à des crues soudaines et brutales en permanence.

(Du coup les mecs se défrichaient péniblement un lopin de terre, et HOP CRUE SOUDAINE a pu d'champ!)

Donc bon, les mecs ont vite renoncé à faire pousser quoi que ce soit, tout le monde s'est cassé, et le bush a bien vite repris sa place dans la vallée – à tel point qu'aujourd'hui, la seule trace qui reste de cette tentative ratée de colonisation, c'est ce pont qui part de nulle part pour aller nulle part.


(Un exemple parfait de la logique Kiwie dans toute sa splendeur.)

Le point positif de toute cette histoire, c'est que le Bridge to Nowhere est maintenant une curiosité locale qui attire les touristes et fait prospérer la région – parce que la majestueuse splendeur de la forêt vierge, c'est bon pour attirer les étrangers, mais si tu veux faire venir du Kiwi quelque part, il faut l'appâter avec des monuments, sinon il fera jamais le déplacement.

- La nature? Pfff relou, y'en a partout, c'est bon.
- Oui mais là y'a un vieux bout de béton moisi au bout.
- Super, on est partis!

Bref, le Bridge to Nowhere était censé être la fin de notre voyage en canoë.

 En effet, la descente entière de la rivière se fait en trois jours, mais Flaxou et moi on n'avait que deux jours de dispo avant de devoir rentrer à Auckland. "Qu'à cela ne tienne", nous a dit l'agence de location de canoës, "Vous avez qu'à faire la moitié du chemin, et on viendra vous chercher le second jour en jetboat pour vous faire descendre le reste de la rivière en mode express".

On arrive donc en avance au Bridge to Nowhere, et là, on tombe sur un jetboat amarré avec son conducteur dedans (qui avait la tête de Tywin Lannister qui aurait oublié de se laver). On lui tient donc à peu près ce langage:

- C'est vous qui passez nous chercher tout à l'heure?
- Oui, c'est moi. Par contre j'ai prévenu le camping ce matin que je pourrais pas venir vous chercher à 14h, ce sera 16h.



(Génial.)

- Mais ça nous arrange pas des masses, en fait, parce qu'on doit faire la route jusqu'à Auckland ce soir. Il n'y a personne d'autre qui pourrait passer nous chercher?
- Non, c'est juste moi. Par contre, là, j'attends un groupe de touristes qui sont allés voir le pont. Ils seront de retour dans une heure. Si vous arrivez à faire l'aller-retour dans les temps, je peux vous prendre avec moi maintenant, du coup vous arriverez plus tôt que prévu.

On est donc partis au pas de course dans la forêt (avec nos bottes en caoutchouc aux pieds et tout) dans l'espoir fou de faire en une heure un chemin qui met une heure et demie.

(Sachant que bien entendu c'était un sentier qui grimpait, et que j'ai des jambes de trente centimètres de long.)

On est arrivés au pont, on est restés littéralement la seconde qu'il m'a fallu pour faire ma photo, et on est repartis en trottant manu militari.

Finalement, on est arrivés essoufflés et épuisés sur la jetée, mais PILE A L'HEURE.

(Mon âme germanique était en extase.)

Et là, le bateleur nous regarde et nous dit:

- Ah bah dis donc, vous avez fait vite!

Nous, très fiers, on opine du chef en reprenant notre souffle.

Puis le mec nous sort:

- Bon par contre là j'peux pas vous prendre en fait, j'ai plus de place dans le bateau.


Et le type d'enchaîner:

- Non mais reprenez votre canoë et continuez à pagayer le long de la rivière, moi je passerai vous prendre sur le retour.


- Au final, vous aurez, quoi? Une heure, une heure et demie de retard? Ça va!

MAIS JE VAIS T'ENFONCER UNE PAGAIE DANS LE CUL, TYWIN, ET ON VERRA SI CA VA!

ON A COURU A TRAVERS LA FORET COMME DES TEU-BE PARCE QUE T'ES PAS FOUTU DE COMPTER LES CONNARDS QU'IL Y A DANS TON BATEAU, ET MAINTENANT TU VEUX NOUS FAIRE PAGAYER??

Ça, c'était bien évidemment ma réaction interne, en vrai j'ai rien dit.

(J'allais pas me mettre à dos le seul gus qui pouvait nous ramener à la civilisation.)

A la place, je l'ai juste regardé partir avec mon plus bel oeil torve:


(En plus le mec a foutu de l'eau partout avec son jet-ski à la con, ça a fait une flaque dans le siège de mon canoë, et du coup à cause de lui j'ai eu le cul mouillé pendant trois heures, PAS MERCI JEAN-MICHEL CONNARD.)

Donc on s'est remis en route un peu dépités, mais Professeur Flaxou l'amoureux des bois avait vite oublié ce contretemps, en mode "plus je passe de temps loin de la civilisation, mieux je me porte":


Par contre, moi, j'ai boudé.

MAIS BOUDÉ.

J'AI BOUDÉ COMME JAMAIS PERSONNE D'ADULTE N'A BOUDÉ AUPARAVANT.


Et Professeur Flaxou, en essayant de me remonter le moral, en ajoutait encore une couche:

- Non mais Cha, ça nous donnera l'occasion de découvrir la rivière un peu plus! Okay on a mal partout et t'as froid au cul, mais c'est pas si gênant!


- Non mais tu sais, là je fais les calculs dans ma tête et c'est pas si mal! On arrivera à Auckland, il sera, quoi, minuit? Minuit et demie, à tout casser? Ça nous fait genre six heures de sommeil, c'est large!


(Essaye même pas de me parler.)

Bon, au final, j'ai boudé une-demi heure, après on a vu une maman canard avec plein de petits canetons tous duveteux, alors on a fait une pause pour les regarder et ensuite Flaxou m'a donné du chocolat, alors au final c'était quand même bien.


(Et aussi, le paysage était vaguement sympathique.)

Au final, on est arrivés à Auckland à 22h30 – parce qu'on avait calculé les distances avec le traffic, mais bien évidemment y'en avait pas, puisqu'on s'est mis en route à 18h, quand tout le monde à Auckland était déjà chez soi en train de manger le dîner.

On était tellement grisés par notre vitesse qu'on s'est même permis un petit arrêt pipi-dîner:

- Ah, ça va faire du bien d'avoir de la vraie bouffe, après deux jours de viande en conserve! Tu veux manger qu...
- BURGER KING!
- Okay, oublie ce que j'ai dit, du coup.

samedi 15 octobre 2016

L'Instant Aucklandais : les élections municipales



Et sinon l'autre jour j'ai voté aux élections municipales d'Auckland.

Et quand je dis "j'ai voté", tu t'imagines peut-être que c'est un truc qui m'a prix deux minutes; hop on marche jusqu'à l'école maternelle, on met un bulletin dans une urne, et roulez jeunesse.

Mais QUE NENNI ma bonne dame.


Là, faut élire un gus, et ensuite élire TOUS LES MECS qui vont bosser dans son équipe!


(C'est épuisant de nous demander notre avis comme ça, tout le temps.)

(Sérieux, si y'a des Suisses qui me lisent : les gars, je sais pas comment vous faites.)

Nous en France on élit un mec une fois tous les trois-quatre ans, et après le mec pistonne tous ses amis bons à rien, et nous on peut faire des barbecues tranquilles sans devoir se casser la binette sur les dix-sept gens qui vont nous représenter.


Mais là, Flaxou et moi, on a dû passer une après-midi entière à choisir:

- 1 maire

- 1 conseiller municipal
- 4 membres du conseil d'administration local (qui gère les infrastructures de notre quartier – piscines, gymnases, parcs, pistes cyclables, etc.)
- 7 membres du conseil de la santé publique (qui gère les hôpitaux, cliniques et autres services de santé dans la région)
- 6 membres du "Licensing Trust" (des fondations qui reçoivent le revenu des taxes - exorbitantes en Nouvelle-Zélande - sur l'alcool et les machines à sous, et les redistribuent dans des projets pour améliorer les communautés locales.)

(Après, on va pas se leurrer, 90% du temps, ça veut dire "aménager des terrains de rugby".)

(Et les 10% restants, c'est des terrains de netball.)

Comme tu vois, il y a fort à faire - Flaxou et moi, on a donc dû éplucher les biographies de pas moins de SOIXANTE-SEIZE candidats.

(Donc ne te plains PLUS JAMAIS de recevoir trop de prospectus dans ta petite boîte aux lettres française en période électorale, parce que je te laisse deviner la quantité monstrueuse de paperasses qui nous a inondé pendant des semaines.)

Donc, concrètement, cette élection, comment elle marche?

Eh ben déjà, on ne va pas au bureau de vote (dieu merci).

(Je rappelle qu'on doit voter pour dix-neuf personnes en une seule fois, donc t'imagines le temps d'attente, ce serait du niveau nucléaire.)

(Ou niveau "Europa-Park un 8 mai", au moins.)

(3615 blague de niche.)

J'ai donc reçu une très jolie enveloppe de Bisounours avec mon papier de vote dedans:




("La politique c'est super et vive l'amour!")

Et un petit livret avec les programmes de chaque candidat dedans.

Sachant qu'en bons citoyens, on a lu TOUS les programmes de TOUS les soixante-seize candidats, même si j'avoue qu'à un certain moment, tu commences à un peu discriminer au faciès.


Non Chris, je ne voterai pas pour ta sale tête de hipster, retourne manger du tofu soyeux sur ta trottinette à moteur électrique.




Non Bridgette, je ne voterai pas pour ton regard froid de T-1000 sociopathe, retourne assassiner des clochards derrière des abribus.




Non Sonya, t'as la tête de Dwayne "The Rock" Johnson avec des boucles d'oreilles.... et en fait attends, nan, t'as des super idées, bien sûr que je vote pour toi, on est pas des bêtes.




(En fait je voudrais trop être copine avec Sonya, elle a l'air de la meuf la plus badass du monde.)

Alors ça c'était pour le menu fretin, mais pour les candidats au poste de maire, on a passé un peu plus de temps sur la question.

[Petite parenthèse amusante: l'actuel maire, Len Brown, ne se représente pas, parce qu'il est englué dans un scandale sexuel qui a ruiné sa vie politique à tout jamais, à savoir : il avait une maîtresse qu'il a entretenue avec une partie de l'argent de ses dépenses publiques - ou, comme on appellerait ça en France : un jour normal.]

Pour certains des dix-neufs challengers, on avait déjà notre petite idée de ceux pour qui on ne voulait PAS voter. Parce que certains candidats étaient clairement des gens qui allaient peut-être récolter deux voix dans toute la ville - s'ils n'oubliaient pas entre-temps de voter pour eux-mêmes - comme par exemple le délicieux Phil O'Connor, du non moins charmant parti "Christians against Abortion":



Pour les non-LV1 anglais: je ne vais pas m'amuser à traduire la diarrhée dégoulinante qui sort de la bouche de cette immondice putride à peine humaine de Philou, mais sachez que vous ne ratez rien.

(A part un peu de vomi dans votre bouche.)

Ah si, quand même: le mec a calculé (probablement avec le cloaque purulent qui lui sert de cerveau, de bouche et de trou de balle) qu'il y avait un-demi million d'avortements en Nouvelle-Zélande.







Bon alors Philou, déjà tes 500 000 avortements, t'as oublié de préciser sur quelle période de temps tu les comptes, mais même si c'est depuis l'aube des temps, GROS LOL, vu qu'on est à peine 4 millions sur tout le territoire et que, pour arriver à ces chiffres, il faudrait que chaque femme de Nouvelle-Zélande pratique des avortements à un rythme genre:


- Bonjour, je suis venue pour une IVG la semaine dernière, sauf qu'entre-temps je suis retombée enceinte.
- Ah il va falloir attendre madame, je dois faire passer deux cent mille patientes d'abord, mais je serai à vous bientôt.

(Plus sérieusement, ça me donne toujours un peu envie de sauter par la fenêtre quand je vois que ce genre de personnes existent encore en 2016.)

(On a des avions et des téléphones portables et des vaccins contre la polio, Philou. Réveille-toi et mets ton cerveau à l'heure.)

Dans une veine plus rigolote, on a aussi le SUBLIME candidat du non moins glorieux parti "Auckland Legalise Cannabis" (tout est dans le nom), et qui, ça ne s'invente pas, s'appelle Adam HOLLAND:



  
(La nature est si bien faite.)

A noter que le gars ne s'est pas foulé, puisque non seulement il n'a pas fourni de photo, mais en plus il ne s'est même pas fendu d'un discours – je l'imagine bien recevoir ses papiers de vote chez lui et faire:

- Ah putain mais je savais que j'avais oublié un truc!





(Ma vision d'Adam Holland, une illustration.)

Après, y'avait d'autres candidats où il me suffisait de lire leur petit paragraphe descriptif pour mettre une croix dessus - comme, par exemple, la très choupi Chloe Swarbrick, que j'admire sincèrement parce qu'elle a seulement 22 ans et que c'est beau de s'intéresser à la politique à cet âge-là (honnêtement, à 22 ans, mes intérêts à moi étaient plus ou moins uniquement de valider mon année de fac et de regarder Supernatural)



Sauf que son programme politique se résumait à dire "Dites-moi quoi faire" et je suis désolée mais NON Chloe, c'est pas comme ça que ça marche, t'as vu les tarés du bulbe qu'on se coltine, tu veux vraiment te faire le porte-parole de leurs idées?

(Tu veux que je te re-montre le paragraphe à Philou le Taliban Chrétien?)

Idem pour Patrick Brown de la ligue Communiste (flash info: je ne savais pas qu'il y avait des communistes en Nouvelle-Zélande, mais vu le nombre de voix qu'a récolté Patrick, il semblerait qu'il y en ait environ neuf cent) et honnêtement j'étais plutôt d'accord avec ses idées jusqu'à ce qu'il donne Cuba comme exemple d'un système qui marche, et franchement Patou tu me déçois, là.



Je sais que c'est dur de trouver des exemples de révolution communiste qui ont marché (vu qu'il y en a ZÉRO) mais à ce moment-là tu dis "On va être la première à marcher comme il faut", tu dis pas "Bon dans l'histoire ça a toujours un peu cafouillé, mais Cuba est le seul régime communiste qui ne s'est pas soldé par plusieurs millions de morts, alors on va dire que c'est cool?"

(Non, c'est pas cool, non.)

Et puis on a aussi éliminé d'office les candidats un peu chelou, comme Alezix (à tes souhaits) Heneti, qui je crois n'a pas trop bien compris le principe d'une élection municipale, parce que son programme est un mélange gloubiboulga entre un CV et un profil Meetic qui aurait été écrit complètement soûl:



Et puis pardon Alez Blaise (jeu de mots obligatoire, déso pas déso), mais c'est pas trop malin de lister tes précédents échecs en politique si tu veux te faire élire:

- Alors j'ai déjà été candidate à plein de trucs différents, bon on m'a jamais élue hein, je mentionne ça juste pour montrer que j'ai vraiment très très envie d'être au pouvoir, peu importe à quel poste. Votez pour moi!


(Non, je crois pas, non.)

Pour conclure, voilà l'effet que ça me fait de lire ta description entière:



(J'veux dire, "mon arrière-grand-père était Irlandais", vraiment?)

Bon après, y'avait des candidats qui ont nécessité de faire un peu plus de recherche, parce que leur présentation était quelque peu vague. Comme par exemple la militante Penny Bright, dont le profil me semblait vaguement intéressant, si on arrivait à comprendre le vocabulaire ultra-précis manifestement tiré du manuel de la CGT néo-zélandais:



Sérieusement, Rogernomics? Qu'est-ce que quoi?




Ah oui non pardon autant pour moi, c'était limpide comme référence, il suffisait de connaître sur le bout des doigts la politique économique de la Nouvelle-Zélande il y a trente ans.


(3615 références récentes.)

(Oui, je saisis l'ironie de la parenthèse ci-dessus.)

Bref, c'était pas vraiment le vocabulaire, mon problème avec Penny (et c'était pas non plus son prénom de chien – ça c'est juste la faute à pas de chance).

Non, mon gros problème, c'est surtout quand j'ai lu dans le journal que la meuf était en train de se faire saisir sa maison par l'Etat parce qu'elle avait pas payé sa taxe de propriété depuis 2007 et qu'elle devait plus de QUARANTE MILLE DOLLARS – somme qu'elle refuse de payer tant que le conseil municipal ne rend pas public ses dépenses et revenus.

Et alors oui, autant je suis d'accord pour l'histoire de "ce serait bien d'avoir de la transparence", autant BORDEL DE MERDE cette meuf veut se faire élire maire alors qu'elle est littéralement en train de crier sur tous les toits qu'elle ne respecte que les lois qu'elle juge utiles.

C'est pas vraiment le meilleur argument de vote, si tu veux mon avis.

Et, de base, c'est pas la meilleure attitude à adopter dans la vie:

- Madame, vous étiez à 160 km/h sur la départementale.

- Oui mais c'est parce qu'en fait je proteste contre les limitations de vitesse arbitraires!
- Je vais devoir vous confisquer votre permis.
- Ah! On m'opprime! On veut me faire taire! C'est parce que je dérange!

(Non, c'est parce que t'es une trouduc. D'autres questions?)

Mais le champion toutes catégories en termes de descriptions vagues, c'était quand même John "Oncle Sam" Palino, un Américain expatrié et présentateur télé (deux critères indispensables quand on veut faire de la politique locale). Et mon problème avec John, outre son incroyable tête de connard:




(Franchement, c'est pas que moi?)


Mon problème disais-je, c'était qu'après avoir lu sa description, j'avais toujours aucune idée de son orientation politique:


En gros, le gars vient de dire:

- A Auckland il y a des problèmes: le logement, les transports. Je vais les résoudre! 


OKAY.


ET AVEC QUOI, SI JE PEUX ME PERMETTRE?


AVEC TA BAGUETTE MAGIQUE DE PRINCESSE STARLA?


Non parce qu'il va me falloir un peu plus que ça, Johnny.

Du coup je suis allée sur son site pour avoir un peu plus d'informations, et dis donc j'ai bien fait parce que téma les idées de génie à Johnny:

- John, votre idée pour résoudre la crise du logement?

- ON BÉTONNE TOUT!

Ou, comme le dit si bien l'intéressé: "Je favoriserai une expansion agressive vers l'extérieur, en réquisitionnant tous les espaces constructibles disponibles. Les Kiwis veulent des maisons individuelles, et on leur en donnera! Même s'il faut aller les construire à cent kilomètres du centre ville, on le fera!"

Car oui, le mot d'ordre de la campagne à Johnny, c'était clairement "Nique la logique":


- John, Auckland est congestionnée de partout, comment vous y prendriez-vous pour résoudre le problème des transports?

- C'est simple: on construit plus de routes. Comme ça on fait passer plus de voitures. Hop, problème résolu! D'autres questions?
- Oui, question un: les routes supplémentaires, vous allez les sortir de votre cul? Et question deux: développer les transports en commun, non, on se torche avec l'idée?
- Alors oui, et oui. 



C'est quand même le mec qui te balance sans ciller que "Les Aucklandais nous ont montré qu'ils ne voulaient pas des transports en commun. Alors moi je dis: je ne suis pas un gros con gauchiste qui va vous fourrer des pistes cyclables et des tramways dans la gorge! Moi je dis: restez des gros blaireaux qui amènent leur voiture partout et ne marchent jamais plus d'un mètre! On va tous continuer à circuler avec une voiture par personne et je ne vois pas comment ça pourrait mal finir dans cette ville en perpétuelle croissance!"

(Bien joué, Johnny.)

Mais sinon, blague à part, c'était quand même une élection intéressante.

Déjà parce que j'aurais jamais cru dans ma vie que j'allais voter pour un hybride mi-homme, mi-tortue:




(Mais il avait des bonnes qualifications, pour un être qui n'est éveillé que six mois de l'année.)

Et encore moins que j'allais voter pour le sosie de Vladimir Lénine:



("A capable leader you can trust in". Dis ça au peuple Russe, Patrick.)

Au final, le maire élu, Phil Goff, est celui pour lequel j'ai voté (c'était assez facile, c'est le seul gars qui avait dans son programme "Développer les transports en commun, construire des appartements au lieu de maisons individuelles, protéger les côtes et limiter la pêche") (en plus à un moment donné j'ai vu écrit "piste cyclable", c'est bon mec, tu m'avais déjà à "transports en commun"). 

Note: Flaxou voulait voter pour le candidat écologiste, David Hay, mais ensuite il a vu son slogan de campagne et il a dit "Nan":



(Je ne le répéterai jamais assez: ce pays a besoin d'un million de conseillers en com.)

Donc, après tous ces efforts et ce vote fort laborieux – et je dis "laborieux" non pas seulement parce qu'on a dû voter pour 19 personnes, mais parce qu'en plus, certains votes se faisaient au scrutin à vote unique transférable – c'est-à-dire qu'au lieu du système classique "1 nom = 1 voix", là, on faisait un classement des gens qu'on préférerait avoir – tu donnes 1 à ton candidat préféré, 2 à ton second choix, 3 au troisième, et ainsi de suite jusqu'à 17.

C'est un mode de scrutin parfaitement archaïque et incroyablement chiant à dépouiller – d'autant que quasiment tous les bulletins sont bourrés d'erreurs.

(Moi, par exemple, j'ai failli rendre mon bulletin avec deux numéros 9, mais aucun numéro 8 – ce qui aurait rendu les deux votes nuls.)

Bref, ce qui est rigolo, c'est qu'après tous ces efforts, on a bien failli oublier de voter.


Parce que comme une neuneue, j'ai mis les enveloppes à poster dans mon sac le samedi soir en disant "Je les posterai lundi sur le chemin du boulot!"

Et j'ai bien évidemment tout oublié jusqu'au mercredi soir, où j'ai dit à une collègue:

- Ah oui on a goûté aux élections locales ce week-end avec Flaxou, haha c'était pas de la tarte! D'ailleurs faut encore que je poste nos votes.

- Heu oui alors par contre le délai c'était ce matin.



Fort heureusement, les gentils mecs du conseil municipal avaient pensé aux mous du bulbe dans mon genre, et avaient disposé des urnes dans tous les lieux publics où on pouvait encore déposer nos bulletins de vote une fois le délai postal passé.

Sauf que le lieu public le plus proche fermait à 18h, qu'il me faut 30 minutes pour y aller du boulot, et que ce jour-là je sortais du travail à 17h30. 


Je te laisse donc imaginer la tête du gars de la bibliothèque quand je me suis pointée à 17h58 en soufflant comme un cachalot, avec mon casque de vélo de travers, et des enveloppes moites de sueur tendues au bout de ma main fébrile, tandis que je haletais d'une voix rauque:


- Oui salut alors j'ai oublié de poster mes papiers de vote mais on m'a dit que je pouvais les déposer ici, s'il vous plaît s'il vous plaît dites-moi que c'est vrai j'ai passé tellement de temps à choisir tout le monde et je veux vraiment pas faire gagner Chris le hipster, pitié!


Et donc ils avaient bien une urne et j'ai pu accomplir mon devoir civique en fin de compte.



(Mission accomplie.)

Et je ne suis pas peu fière d'avoir voté pour la première fois en Nouvelle-Zélande (non, le référendum sur le drapeau ne compte pas, tout le monde savait d'avance que ce serait foireux cette histoire). D'autant qu'à voir les chiffres de l'abstention, Flaxou et moi, on était à peu près les seuls.

Pour les curieux, le taux cette année était de 35%.

35% de PARTICIPATION.


Ce qui était, selon les médias, "super flex" parce qu'apparemment c'était bien plus que les années précédentes.




(Ah okay bon ben c'est cool alors.)


Sur ce, je te laisse, c'est la rentrée des séries et j'ai environ huit mille épisodes à rattraper parce que je perds trop de temps à jouer au Witcher.

(Je pensais en avoir fini parce que j'avais terminé la quête principale (pour les curieux: je suis team Triss) et ensuite j'ai découvert qu'il y avait deux DLC, et donc c'est reparti pour cent heures de course à pied et de pourfendage de noyeurs.)

(On se retrouve à la fin du jeu, quand ma vie aura repris un sens.)

Sondage de fin d'article: est-ce que tu kifferais avoir des élections hyper engageantes à la Kiwie, ou est-ce que ça te soûlerait?