samedi 16 juillet 2016

Bastille Day et Waitangi Day: l'instant Kiwi et les fêtes nationales


Et donc l'autre jour c'était la fête nationale.

Ou, comme on l'appelle en Nouvelle-Zélande, "Bastille Day".

Et là tu te demandes peut-être pourquoi donc est-ce que les néo-zélandais en ont quelque chose à taper de la fête nationale française au point de lui donner un nom, et honnêtement je me pose la question tout autant que toi.

Parce qu'on est d'accord que, quand on est un pays normal, on s'en balek des fêtes nationales des autres pays, oui? Enfin voilà, viens pas me dire que comme ça, de tête, tu peux me dire quel jour c'est la fête nationale italienne ou polonaise.

Moi-même, qui ai grandi à la frontière entre trois pays, je saurais pas te dire avec exactitude quel jour les Allemands fêtent la réunification (je sais que c'est quelque part en octobre) (j'ai envie de dire le 3 octobre mais je suis genre sûre à 65% seulement). Et pour la Suisse c'est encore pire, parce qu'on allait exprès à Bâle chaque année voir leur feu d'artifice qui dégommait tout, et j'ai même pas une vague idée de la date.

(Il faisait chaud, je crois.)

(Donc vers l'été?)

Du coup, c'est assez inexplicable pour moi que non seulement les Kiwis soient au courant de la fête nationale française, mais qu'en plus ils se souviennent de la date et qu'ils viennent me la souhaiter.

Ce qui me rendait d'autant plus perplexe qu'en France, bah, on se souhaite pas la fête nationale:

- Hey Charlotte! Happy Bastille Day!
- Ah, euh, bah, thanks.
- How do you say "Happy Bastille Day" in French?
- You don't.
- Oh? So what do you say?
- Well, in general, we say "Tu la bouges ta caisse, enculé?"
- And what does that mean?
- It means... "Hi".

Et puis alors je te racontes pas l'incompréhension culturelle quand TOUS LES GENS de ma boîte ont passé la journée à me demander ce que j'allais faire pour fêter Bastille Day, et que je disais "Rien". Et après les gens ils me regardaient avec des grands yeux de loutre comme si c'était la chose la plus triste qu'ils aient jamais entendu.




Sauf qu'en fait, en France non plus j'aurais rien fait, donc voilà José, te sens pas mal pour moi.

Et je te passe les quarante personnes qui m'ont demandé :

- En France, comment est-ce qu'on fête Bastille Day, typiquement?
- Bahhh... c'est l'été, donc les gens des fois ils font des barbecues.
- Et?
- Et pis le soir, on va voir le feu d'artifice.
- Et? 
- Et les vieux, des fois, ils regardent le défilé.
- Et vous mangez quoi?
- Ben on mange....on mange la même chose que les autres jours, QU'EST-CE QUE TU VEUX DE MOI GRANT??

Et puis je te raconte pas comment je me suis bien faite griller quand on m'a posé des questions pointues:

- Mais en fait, vous fêtez quoi exactement le 14 juillet?
- On fête la prise de la Bastille. C'était un événement majeur qui a marqué le début de la Révolution Française.
- Mais au fait, c'était quoi, la Bastille?



- C'était une prison... pour les prisonniers politiques... je crois?
- ....
- Et y'a une histoire d'armes, aussi.
- ....
- C'est les révolutionnaires qui ont récupéré les armes... et libéré les prisonniers? Je crois?
- ...
- Quoique y'avait peut-être déjà plus de prisonniers, en fait.
- ....
- Mais y'avait définitivement une histoire avec des armes!



(Ah ça valait bien le coup d'avoir un 16 au bac d'histoire-géo, tiens.)

Bref, comme j'ai passé ma journée à me faire griller par tous mes collègues sur mes connaissances de merde en Histoire de France, j'ai donc décidé de compenser en abordant enfin un mastoc morceau d'histoire néo-zélandaise que j'ai repoussé pendant des années parce que très compliqué: Waitangi Day.

Quel rapport, me diras-tu?

Le rapport, en dehors du fait que les deux sont des fêtes nationales, c'est aussi que les Kiwis fêtent Waitangi Day exactement comme les Français fêtent le 14 juillet: personne ne sait trop ce qu'on célèbre, on sait vaguement que c'est une histoire d'unité nationale et qu'il y a des têtes qui ont roulé y'a longtemps, mais globalement on s'en fout pas mal parce que c'est l'été et qu'on a un jour de libre pour faire griller des saucisses et aller à la plage.

Waitangi Day est fêté en Nouvelle-Zélande le 6 février, et célèbre la signature du Traité de Waitangi le 6 février 1840.

Le Traité de Waitangi, je l'ai déjà évoqué sur ce blog, mais je vais approfondit tout ça un peu plus ici.

C'est donc comme son nom l'indique un traité, qui a été signé entre la Couronne Britannique et plus de 40 chefs des plus importantes tribus maories de l'époque. La signature du Traité a mis fin à la guerre entre les colons britanniques et les tribus maories, et a marqué le début de la coexistence (plus ou moins) pacifique des deux peuples. 

le Traité était un tout petit document avec seulement trois articles (voici une copie de la version anglaise, pour ceux que ça intéresse).


Le Traité indiquait grosso modo que la Nouvelle-Zélande devenait une colonie britannique et que les Maoris cédaient leur souveraineté à la Couronne, en échange de quoi ils obtenaient les mêmes droits que les citoyens de l'Empire, et conservaient les droits de propriété de leurs terres.

Un deal plutôt honnête.

MAIS.

(Car évidemment, il y a un mais.)

Il y a eu deux problèmes majeurs avec le Traité: 

1. Le Traité ne dit pas la même chose dans sa version anglaise et dans sa version maorie. 

Et c'est un problème parce que la plupart des historiens s'accordent à dire que, si la traduction avait été exacte, le Traité n'aurait pas été signé (ou du moins pas par tant de monde).

Beaucoup de gens sont de l'avis que la version maorie a été volontairement modifiée pour tromper les chefs et les pousser à signer, mais personnellement, je pense que les erreurs de traduction auraient très bien pu être faites involontairement. Surtout quand on sait que la traduction a été assurée par un pasteur anglican et son fils EN UNE NUIT.



(Illustration du pasteur à qui on a demandé de faire la traduction.) 

Parce que j'imagine même pas le bordel que ça a dû être pour un type dont c'était la seconde langue (il faisait donc du thème et pas de la version, et tous les nerds qui ont fait du latin au collège savent que tu doubles déjà la difficulté rien qu'avec ça) de traduire un document plein de termes juridiques en une nuit, sachant qu'en plus la moitié des termes utilisés n'existaient pas en langue maorie, puisque les concepts eux-mêmes étaient totalement inconnus.

Les deux gros points de discorde sur la traduction portent sur les mots "Kawanatanga" et "tino rangatiratanga". 

"Kawanatanga" a été utilisé pour traduire "souveraineté absolue" (dans la phrase "les peuples de Nouvelle-Zélande accordent la souveraineté absolue à sa majesté la reine d'Angleterre). Sauf que "Kawanatanga" était le mot communément utilisé pour "gouvernement" – il semblerait que les chefs Maoris pensaient donc donner à la Couronne le droit de gouverner les terres, et pas qu'ils accordaient une supériorité hiérarchique à la Reine d'Angleterre. (De toute manière, le concept d'un monarque régnant sur un pays entier, c'était même pas envisageable pour eux.)

"Tino rangatiratanga" est un mot qui peut grosso modo être traduit par "autorité tribale." Dans l'article 2 de la version maorie du traité, il est indiqué que les chefs maoris pourront garder leur autorité tribale, ce qui implique conserver leurs propres lois – or, la version anglaise parle uniquement de conserver leurs terres et autres propriétés. 

Du coup, tu peux imaginer que les gars l'avaient un peu mauvaise quand ils ont signé le Traité et qu'on leur a dit:

- Bienvenue dans l'Empire Britannique! Maintenant c'est nous les chefs.
- Mais on avait pas dit qu'on restait les chefs quand même?
- LOL non.

2. Le Traité n'a pas été respecté par la Couronne Britannique.

Dans la culture maorie de l'époque, les serments d'honneur tenaient une importance capitale – la signature du Traité était donc tapu (sacrée). Du coup, les Maoris étaient tenus par tout ce que leur culture avait de plus fondamental d'honorer les termes du Traités.

Tandis que les Anglais, ils s'en battaient les couilles.

(Pour faire simple.)

Ils s'en battaient tellement les couilles que la Couronne n'a jamais daigné répondre aux appels au Parlement et aux plaintes officielles déposées par les Maoris pour rupture du Traité, et, en 1877, pour faire taire toute protestation, le Gouverneur a même carrément décrété le Traité de Waitangi "légalement nul". Le Traité n'a regagné sa valeur légale qu'en 1975, après une longue bataille juridique menée par des citoyens Pakeha et Maori pour faire valoir le Traité comme un document fondateur de la Nouvelle-Zélande.

(La même année a vu naître le Tribunal de Waitangi, qui est chargé d'enquêter sur toute rupture potentielle du Traité par le gouvernement post-1975.)

Bref bref.

Waitangi Day est un jour férié officiel depuis les années 1960, et est censé symboliser l'amitié entre les peuples, l'unité nationale, tout ça.

Sauf qu'en fait tout le monde s'en pète parce que c'est le milieu de l'été et que c'est vachement plus fun d'aller se baigner sous une cascade.


(Et c'est pas moi qui vais les contredire.)

En somme, Waitangi Day est plutôt similaire à notre fête nationale à nous.

MAIS.

(Car évidemment, il y a un mais.)

Waitangi Day, pour 90% des Kiwis, c'est une occasion de profiter d'un jour férié peinard. Et pour les 10% restants, c'est une occasion de se mettre bien vénère.

(Bon, "bien vénère" comme des Kiwis, hein.)

(C'est-à-dire qu'ils vont à la radio dire "Quand même je suis pas très content".)

Pourquoi ils sont pas contents? Ça dépend des camps.

Du côté Maori, certains profitent de la teneur symbolique du jour pour aller dire "C'est quand même pas cool qu'on célèbre le jour où s'est fait enfler royalement par les Anglais" (en oubliant un peu vite que c'est quand même le jour qui a marqué la fin d'une guerre sanglante que les Anglais auraient de toute manière fini par gagner).

Et du côté Pakeha, c'est le jour préféré pour les white supremacists et les fans de théorie du complot de tous poils pour venir beugler à la télé que "Quand même les Maoris ils seraient encore dans leur hutte à tailler des cailloux si on était pas venus leur apporter la civilisation! On leur doit rien du tout, le Traité il faut l'abolir et puis voilà!"

Les arguments de ces derniers sont bien souvent les mêmes, qu'on peut retrouver dans ce délicieux jeu de "Waitangi Day Bingo":


Alors, on a le très populaire "Je suis pas raciste, au contraire, comme je suis Blanc c'est moi la minorité opprimée" (parce que, n'est-ce pas, ce sont les iwi et le Tribunal de Waitangi qui tirent secrètement les ficelles du pouvoir) (avec les aliens reptiliens et les Illuminati, bien sûr).

(En fait, les iwi, c'est un peu les Francs-Maçons de la Nouvelle-Zélande, pour ces gars-là.)

On a aussi l'argument "génétique" qui ressort souvent, et qui veut à la fois tout et rien dire, parce que ces génies se contredisent souvent dans la même phrase, en sortant des trucs comme "Les Maoris c'est un peuple de guerriers, ils sont naturellement enclins à la violence parce que c'est dans leurs gènes, du coup il faut les mettre en prison autant que possible pour qu'ils se tiennent à carreaux" (ce qui en soi est déjà BRILLANT de logique). Mais après, deux minutes plus tard, les mecs vont venir te sortir que "De toute façon je vois pas pourquoi ils se plaignent d'être discriminés, ils sont même pas Maoris, les vrais Maoris pur sang n'existent plus, ils sont tous mélangés avec du sang blanc maintenant".


On trouve aussi le classique "De toute façon c'étaient pas les premiers en Nouvelle-Zélande, donc la colonisation était légitime" et "Et puis d'abord c'étaient des cannibales sanguinaires alors les Anglais à côté ils ont été bien sympas" (que j'ai déjà évoqués sur ce blog) 

Petite parenthèse: la référence à John Ansell dans le bingo mérite une explication, parce que ce gars est assez incroyable.

John Ansell est un membre du parti ACT New Zealand – un parti de droite conservatrice qui tient à la fois du FN (pour le côté ouvertement raciste et la volonté de réduire drastiquement les aides de l'Etat) et de Jacques Cheminade (pour le côté complètement illuminé et "le réchauffement climatique c'est un complot Marxiste pour nous empêcher de rouler en 4X4".)

Ces tarés de la bouteille ont tendance à glaner péniblement entre 0,5% et 1% des voix – ce qu'ils imputent bien naturellement aux élections truquées par les instances gouvernementales, parce qu'évidemment, si on laissait le peuple parler, ça fait longtemps qu'ils seraient au pouvoir, tu penses.

(C'est tellement super la vie de théoricien du complot.)

John Ansell et ses potes ne manquent donc pas de prendre vigoureusement la parole à chaque Waitangi Day pour venir raconter que le pays est secrètement contrôlé par les élites maories. 

(Mais si, tu sais, les élites maories. Tous ces très nombreux chefs d'entreprise Maoris, millionnaires Maoris, et stars du show-business Maoris.) 

(Ils sont tellement secrets qu'ils cachent même leur appartenance à l'élite, dis donc.)

(Ils vivent exprès dans la plus basse couche de la société juste pour nous jeter de la poudre aux yeux.)

(C'est fort quand même.)

ACT compte donc des êtres délicieux comme John Ansell, qui a créé un blog entier intitulé "Treatygate" dans lequel il raconte que "Grâce à la colonisation, les Maoris sont passés de l'âge de pierre à l'ère spatiale en seulement 150 ans, et je ne les ai toujours pas entendus nous remercier."

(C'est vrai ça, quelle bande d'ingrats.)

Il y a aussi des types comme Martin Doutré, un pseudo-archéologue et copain de néo-nazis, qui raconte que c'est en réalité les Celtes qui ont découvert la Nouvelle-Zélande plusieurs milliers d'années avant les Maoris.

(Oui oui, les Celtes de l'âge de bronze.)

(Ils ont fait vingt-quatre mille kilomètres à la rame sur des barques en bois.)

(Tutafé.)

Et pour compléter le tableau, on a leur bon copain Allan Titford, qui a notamment mis le feu à sa propre maison pour accuser la tribu Maorie locale, et a récemment été condamné à 24 ans de prison pour incendies volontaires, coups et blessures, séquestration et viol.

(Un type charmant, en somme.)

Mais les critiques de Waitangi Day, c'est aussi des arguments moins illuminés et plus plan-plan, comme le bon vieux réac "De toute façon moi je préfère Anzac Day" ou encore l'indémodable "Je suis pas raciste, j'ai un ami Maori qui pense comme moi" 

(Ils ont pris des cours chez Nadine Morano, on dirait.)

Et là je suis un peu embêtée, parce que j'allais conclure mon article en disant que, pour une fois, j'allais donner le point "meilleur pays" à la France pour ce qui est de la célébration de sa fête nationale.

Mais étant donné les nouvelles récentes, je pense que c'est moins important de distribuer des points, et plus important de se dire qu'au final, y'a des sales cons partout dans le monde. 


Mais tant que la majorité d'entre nous reste en mode "joie et amour", je pense qu'on tient le bon bout.

Donc, lecteur, lectrice: malgré tout, passe un bon été. Baigne-toi sous des cascades et fais des barbecues. 

Et si tu le fais pas pour toi, alors fais-le pour moi, parce qu'ici c'est l'hiver et que je mangerais bien un taboulé par procuration.

(Bisous.)

dimanche 10 juillet 2016

L'instant Kiwi: les expressions cheloues, volume II


Salut les p'tits loups!

On est repartis pour un tour dans les expressions complètement WTF de la Nouvelle-Zélande.

(Si jamais tu veux te rafraîchir la mémoire, tu peux trouver une première sélection pas piquée des hannetons par ici.)

Car oui, au pays des fush'n'chups, on a des expressions pour le moins étranges – et ça n'a rien à voir avec la langue anglaise, mais bien avec le pays lui-même. Je vais d'ailleurs volontairement laisser de côté des expressions cheloues comme "cool cucumber" (que je trouve soit dit en passant magnifaïk) parce qu'on la trouve aussi en Angleterre ou aux Etats-Unis.

Hop, un petit top 5 de mes préférées:

5. SMOKO


Pour comprendre celle-ci, il faut t'imaginer la tête de Flaxou lors de son premier jour au turbin, quand on était tout fraîchement débarqués de l'avion et qu'il avait trouvé un boulot à la chaîne dans une usine de lait en poudre.

(Parce que oui, Flaxou a Bac+5 en microbiologie, mais si tu crois qu'en arrivant dans un nouveau pays tu peux cash bosser dans ta branche... ben reste chez toi, ça vaut mieux.)

Du coup, il fait connaissance avec ses collègues, et commence instantanément à galérer, parce que tous ses collègues sont des Maoris ou des Polynésiens, et qu'ils ont un accent différent de celui des autres Néo-Zélandais (qui n'est de base pas une partie de rigolade).

Alors il tente comme il peut de faire bonne figure en rigolant en même temps que les autres et en hochant la tête d'un air pénétré quand on lui parle (les deux bottes secrètes de tout étranger en terre inconnue), mais soudain, c'est le drame, quand un de ses collègues lui balance:

- Time for a smoko!




Là, il est bien obligé de se fendre d'un "excuse me, what?", ce à quoi ses collègues lui répliquent:

- We're going for a smoko! You want to have a smoko with us?




De plus en plus désemparé, Flaxou finit par hocher la tête et les suivre, en se disant qu'on verra bien.

Et heureusement pour lui, "smoko" est un terme néo-zélandais qui signifie simplement "prendre une pause".


(Je dis "heureusement pour lui" parce que le gars, il y est allé à l'aveuglette.)

(Pour ce qu'il en savait, "going for a smoko" ça pouvait vouloir dire "aller fumer du crack".)

Le terme vient du verbe "smoke" parce qu'il désignait originellement la pause-clope, mais s'est depuis élargi pour signifier n'importe quelle pause qu'on prend au boulot, maintenant que quasiment plus personne ne fume dans le pays (ci-mer les paquets de clopes à 25 boules) (tu peux manger deux fois chez Macca's à ce prix-là). Le "smoko" est donc à la fois ta pause clope, ta pause café, ta pause goûter, ta pause pipi, et j'en passe.


4. MINT


Alors là, tu te dis peut-être que c'est pas vraiment la peine que je ma la pète, parce que franchement, on n'a pas besoin d'être aussi majestueusement bilingues que les gens des pubs Wall Street English pour comprendre le mot "mint".

Sauf qu'en Nouvelle-Zélande, terre de magie et d'illusions, AUCUN MOT N'EST CE QU'IL SEMBLE ETRE.


Je te laisse juger par toi-même au vu du dialogue suivant entre moi et un de mes collègues, par un frais lundi matin de Septembre:

- Hey! How was your weekend in Fiji?

- Oh, it was mint!



Car oui, en Zélandie, "mint" veut dire "cool", "chouette", "super", "chan-mé" (raye l'expression que t'as plus entendue depuis 2002).

On peut aussi la substituer par l'expression "Choice" (comme dans "Choice, bro!"), qui veut bien évidemment dire "choix" et qui du coup a encore moins de sens que "mint", ah non mais vraiment bravo les gars, logique impeccable.

Imagine si on faisait des conneries de ce genre avec la langue française, et qu'on se mettait subitement à dire des mots complètement aléatoires pour exprimer notre joie?

- Y'avait plus que cette minuscule place en créneau, et j'étais hyper à la bourre, mais là bim! Je l'ai réussi du premier coup!

- CACAHUÈTE!
- Pardon?
- Nan, je voulais dire, c'est cool! Porte-manteau! Grenadine!
- Heu, en fait faut que j'y aille là, j'entends qu'on m'appelle...
- Pas de soucis! Fourmilier!

(Eh ben l'Académie Française aurait vite fait de nous interner, c'est moi qui te le dis.)


3. EGG


Oui, je sais, encore une expression qui a zéro rapport avec son mot d'origine.


En argot néo-zélandais, un "egg" c'est un crétin, un abruti. Par exemple: "Oi, stop being an egg!" ou encore "Shut up, you egg!" C'est une manière polie de traiter quelqu'un de débile (une personne s'offensera moins si on la traite de "egg" que de "dick" ou de "dumbass").

Une autre variante est "turkey" (littéralement "dinde"), que j'ai beaucoup entendu appliqué à soi-même, genre "Oh, I left my phone at home, I'm such a turkey!". 



(Et puis, évidemment, c'est l'insulte préférée de Murray dans Flight of the Conchords.)

Et sinon, niveau raisonnement, je pense qu'on a définitivement franchi la frontière du "on s'en bat les couilles", on est tous d'accord?




2. THE WOP WOPS

On connaissait déjà "Up the boohai" qui est typique de la région d'Auckland, maintenant découvrez "the wop wops", qui est une expression universellement connue (la définition d'"universel" en Nouvelle-Zélande = "qui inclut l'Ile du Sud"). 

Je l'ai entendue pour la première fois il y a quelque mois en parlant à ma nouvelle collègue:

- Do you live far?

- Not at all, I'm in Panmure. What about you?
- Oh, I live in the wop wops.



Ce par quoi elle voulait dire qu'elle habitait au fin fond de la cambrousse, mais comme moi c'était la première fois que j'entendais cette expression, je pensais qu'elle voulait dire qu'elle habitait dans un endroit qui s'appelait "Wop Wops".

(Ce qui honnêtement ne serait pas impossible, quand on voit les toponymes qu'on se coltine par ici.)

Du coup maintenant j'explique à tout le monde, comme ça y'a qu'une seule Française qui a besoin de se ridiculiser. (3615 philanthropie)


1. WHO ATE ALL THE PIES?


Incontestablement ma préférée.

"Who ate all the pies?", littéralement "Qui a mangé toutes les tourtes?", est une expression tellement sublimement Kiwie pour deux raisons.

Déjà, elle fait référence à la pie, alias LE plat du coin (avec les fish'n'chips).

(Et non, ce n'est pas une coïncidence si ces deux plats sont également typiques de la Grande-Bretagne.)

Les pies, pour ceux qui ne connaîtraient pas, sont des genres de petites tourtes à la pâte feuilletée ou sablée. Elles sont traditionnellement fourrées au fromage, au boeuf et à la sauce au jus de viande, mais on en trouve de nos jours sous plein de formes (au poulet, au poisson, végétariennes, à l'Indienne, façon Thaï, etc.)




(La gastronomie Kiwie dans toute sa splendeur.)

Et quand je dis que c'est facile de trouver des pies, faut le voir pour le croire.


Parce que, non content d'en trouver dans les restaurants, dans les bars, dans les cafés, dans les pubs, dans les stations-services, dans les fast-foods, dans les épiceries, et dans à peu près tous les lieux où se rassemblent des gens (marché, gare, aéroport, etc.), on trouve bien évidemment des pies au supermarché, mais tellement les gars ils sont à donf, t'en trouves dans pas moins de TROIS sections du supermarché:

1. Au rayon surgelés.

2. Au rayon boulangerie (où on te vend les trucs qui sont cuits sur place.)



3. Au rayon "pies", car oui, il y a UN RAYON ENTIER POUR LES PIES.



(Les gens dans ce pays sont franchement hardcore.)

Alors bon, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit: les pies, malgré leur apparence dégueulasse, c'est franchement pas mauvais. J'en mangerais pas tous les jours, mais ça cale bien.

(En même temps, y'a de quoi – le truc doit faire bien trois millions de calories par centimètre cube.)

Et c'est là qu'on arrive à la signification de l'expression "Who ate all the pies?".

En fait, les Kiwis, avec le sens du tact inouï qu'on leur connaît, utilisent cette expression pour dire à une personne qu'elle a pris du poids.


Je te fais une petite mise en situation: mettons que tu es Néo-Zélandais(e) et que tu croises une vieille connaissance que tu n'avais pas vue depuis un moment. Tu remarques que ladite connaissance a pris un peu de mou, et tu la gratifies donc d'un magnifique:

- Hey mate! Long time no see! Woah, who ate all the pies, eh?




(Si on connaît bien la personne, la remarque peut s'accompagner d'une tape sur le bide et d'un rire gras.)

Le plus fou, c'est que, quand j'ai entendu cette expression pour la première fois, j'étais scandalisée. Je pensais que c'était hyper blessant et indélicat de faire ce genre de commentaire à quelqu'un. 

Mais les Kiwis, en fait, ils s'en pètent totalement, ça les fait marrer.


D'ailleurs, la réponse typique à "Who ate all the pies?" est en général "Ha ha, c'est moi, lolilol je suis gros!"

(Ces gens sont incassables.)

(C'est un peuple de doux lutins sur lequel la vie n'a pas d'emprise.) 

(Pour eux, tout est joie et champ de fleurs.)

(C'est un peu les anti-Français.)

Voilà, tu es maintenant équipé pour aller taper la discute aux Néo-Zélandais comme un champion.

(Je me doute que si t'es en France, c'est pas très utile, mais je peux pas t'apprendre l'argot français.)

(Sauf si c'est le genre d'argot qu'on entend dans les chansons de Renaud)

(Là je suis balaise, mon frérot.)

dimanche 3 juillet 2016

Dimanche Mythologie: la saga des Volsung, épisode 1 – Sigurd et Fafnir



Comme tu le sais déjà, la mythologie c'est ma grande passion.

(Si tu ne le sais pas encore, tu peux aller lire mes articles estampillés "mythologie" par ici.)

(Tu vois, je mets l'auto-promo direct au début de l'article, comme ça hop c'est emballé, on est tranquilles.)

Et comme je viens de finir de lire L'Edda poétique, je me suis dit que je te parlerais d'une des histoires contées dans le recueil.

Alors on commence par le commencement: qu'est-ce que l'Edda poétique?


Eh ben c'est un recueil de poèmes Vikings du Moyen Age, et c'est l'une des plus importantes sources de connaissances qu'on a sur la mythologie scandinave. C'est un peu l'équivalent nordique du Roman de Renart (pour les Français) ou de Beowulf (pour les Anglais).


L'Edda poétique parle de pleins de trucs cools, comme des grandes batailles, la fin du monde, ou encore des concours d'insultes (ou 'flyting').

Petite parenthèse sur le flyting juste parce que je trouve ça super cool: c'était une pratique qui existait vraiment chez les peuples scandinaves, et qui ne volait pas franchement super haut, même si c'était en vers – en général, on restait pas mal dans le registre des "ta mère la pute" et autres "tu couches avec des animaux divers", même si des fois, faut avouer que les gars étaient plutôt créatifs. Petit florilège de mes préférés ci-dessous, juste pour le fun:


Bon, je commence mollo avec un grand classique : insulter les gens en les traitant de paysans bouseux.

(On utilise littéralement les mêmes insultes huit cent ans plus tard.)

(Je trouve que ça en dit long sur notre intelligence en tant qu'espèce.)

Allez, maintenant qu'on est chaud, on va dans le plus subtil:


Donc là, un type compare un autre à une jument, et indique qu'il l'a "chevauché sans ménagement", et oui, le double sens est clairement intentionnel.

(C'est une insulte intéressante, on devrait y penser plus souvent dans la vie de tous les jours.)

("Apprends à conduire, eh connard!" "Ah ouais eh ben SI T’ÉTAIS UN CHEVAL JE T'ENCULERAIS!")

(Ça a le mérite d'être original.)

Et puis je vais finir avec Loki, AKA le prince du flyting, parce que dès qu'il apparaît quelque part dans un poème, tu peux être sûr que toute l'assemblée va prendre cher.

Sans déconner, y'a un poème entier sur Loki qui se pointe à une fête à laquelle il n'a pas été invité, et il insulte tous les dieux présents pendant vingt-deux pages.

Et attention, c'est pas des insultes de débutant:


(Et après tu t'étonnes qu'on t'invite pas aux soirées??!)

Donc là Loki dit que Freyia a couché avec son frère, et que, quand les autres dieux les ont surpris ensemble, elle a... pété.

(Parce que j'imagine que juste se faire surprendre en train de coucher avec son frère, c'était pas assez embarrassant.)

Et pis ça va crescendo dans les insultes, c'est ça qui est sympa:


Je traduis pour les non-anglophones: Loki dit à Niord (un dieu de la mer) que les filles du géant Hymir (des divinités des rivières) l'ont utilisé comme pot de chambre et lui ont pissé dans la bouche.

(Après, chacun ses délires, hein.)

Bref, on s'égare du sujet.

Ce dont je voudrais te parler aujourd'hui, c'est de la saga des Volsung, une histoire ancestrale à base d'amour impossible et de famille maudite, mais aussi y'a des dragons alors c'est autrement plus classe que les tragédies grecques, excuse-moi du peu.

(En plus les Grecs ils pouvaient jamais s'empêcher de foutre de l'inceste partout – j'veux dire c'est bon, on n'est pas chez GRR Martin.)

La saga des Volsung a inspiré moult histoires par la suite, notamment l'épopée allemande des Niebelungen, et à peu près tout ce que JRR Tolkien a écrit dans sa vie à un moment ou à un autre.

Puisque oui, on va poser ça sur la table tout de suite, JRR Tolkien était un gros gros fan de l'Edda poétique, et il s'en est très largement inspiré, et on retrouve des petites références plus ou moins subtiles à l'Edda parmi l'ensemble de son oeuvre.


(J'ai dit "plus ou moins".)

Alors commençons par le commencement:

Volsung, c'était un roi, et il avait un fils qui s'appelait Sigmund, qui a eu un fils qui s'appelait Sigurd.

(Déjà c'est bien, on voit que niveau noms, c'était bien varié, bravo.)

Sigmund meurt avant la naissance de son fils, et Sigurd est élevé par un Nain qui s'appelle Regin et qui est maître forgeron pour le roi du Danemark.

(Ah bravo, les clichés sur les Nains forgerons, bien joué, non mais on est dans une saga mythique ou dans une partie de D&D?)

Un beau jour, Regin raconte à Sigurd qu'il y a un trésor de ouf malade caché dans une caverne surveillée par un dragon, et que ce serait super duper d'aller le chercher, rapport au fait que le trésor appartenait à son frère Otr.

Alors le trésor faut que j'en parle vite fait parce que c'est toute une histoire : en fait Regin est le fils de Hreidmar, le roi du peuple Nain, et il avait deux frères, Otr et Fafnir. Otr aimait pêcher dans les rivières sous la forme d'une loutre (chacun ses hobbies, on ne juge pas) – d'où son nom d'ailleurs ("otr" veut dire "loutre" en vieux norrois, et c'est de là d'ailleurs que vient le nom anglais "otter") (l'étymologie c'est une autre des mes grandes passions) (je sais pas si ça se voit).

Bref, un jour qu'Otr est sous sa forme de loutre, et est probablement en train de faire des trucs adorables de loutre comme dormir sur le dos ou empiler des petits seaux en plastique, v'la-t-il pas qu'il se fait dézinguer par nul autre que Loki, qui passait par là avec Odin et Hœnir (deux autres dieux) et qui avait décidé de tuer une loutre pour se faire un sac avec sa peau.

(Loki: mi-chasseur, mi-blogueuse mode.)

Sauf que, pas de bol, les dieux avaient justement réservé leur nuit chez nul autre que Hreidmar lui-même, et qu'une fois tous attablés, ils décident de montrer au roi des Nains leur nouveau sac en peau de loutre.

(Tu sens venir le pire rating sur AirBNB, ou pas?)

Hreimdar reconnaît son fils et fait prisonnier les trois dieux, et leur demande de payer réparations pour leur faute: ils doivent remplir le sac en loutre de pièces d'or, et en recouvrir intégralement l'extérieur.

Loki se met en route pour aller chercher l’or, et on ne sait pas trop comment, mais il sait exactement où le trouver : au pied d’une cascade mythique, chez un Nain nommé Andvari (qui veut dire “prudent” en vieux norrois). Andvari vit sous la cascade sous la forme d’un poisson, puisqu’apparemment c’est une manie chez les Nains de se changer en animaux, et, comme pour le pauvre Otr, sa forme animale ne va pas s’avérer être super avantageuse pour lui.

Ce qui est quand même dingue, on est d’accord?

J’veux dire, se transformer en animal à volonté, ça a l’air d’être le pouvoir le plus cool du monde, tu trouves pas? Même si c’est des animaux relativement plan-plan comme une loutre ou un poisson, c’est quand même pas rien, merde!

Après c’est peut-être moi qui ai lu trop de romans Animorph dans ma jeunesse – tu me dis, hein.


(Ne sous-estimons pas l’ampleur du traumatisme que ces jaquettes ont pu causer.)

Et donc là, au lieu de lui conférer un avantage de ouf, la forme animale d’Andvari sera sa perte, puisque Loki va rendre visite a Ran (une divinité de la mer), lui emprunte son filet magique, trottine tranquillou jusqu'à la cascade, et hop pouf il attrape Andvari dans son filet comme une pauvre vieille truite à la con.

(Je sais pas si ça se voit, mais je suis super déçue par cette tournure des événements.)

(C’est un coup à te rendre blasé même devant Merlin l’Enchanteur.)

(Aparté: Flaxou vient de passer derrière moi et de lire “blasé devant Merlin l’Enchanteur” sur mon écran, et maintenant il est furax parce que j’ai osé imaginer un monde où chaque personne ne serait pas transportée de plénitude devant Merlin l’Enchanteur.)

(Chacun ses classiques dans notre petite famille de malades mentaux.)

Bref bref.

Loki force donc Andvari à lui donner tout son or, et s’empare du trésor entier, y compris Andvaranaut, un anneau d’or magique, qui avait amené fortune et prospérité à Andvari, et dont il ne voulait surtout pas se séparer.

Hmmm, un anneau d’or magique qui amène prospérité à son porteur, mais qui le rend dépendant….


(Ça me dit vaguement quelque chose.)

Andvari, furieux (et on le comprend), maudit alors l’or et l’anneau Andvaranaut, et dit à Loki que l’or mènera à sa perte quiconque sera en sa possession.

Mais Loki, tu te doutes bien qu’il se balek, puisque l’or, de toute façon, il est pas pour lui. 


Donc hop presto, il se saisit du trésor et le ramène à Hreimdar, en omettant bien de lui dire qu’il lui fait cadeau d’une bonne grosse malédiction de derrière les fagots.

(Ce qui est quand même un comportement de beau connard, mais après tout, on parle de Loki.)

(C’est le gars qui traite les gens qu’il aime pas de pécores couverts de bouse, donc bon.)

Bref, Hreimdar ne vit pas bien longtemps avec son trésor, parce que son fils Fafnir (le frère de Regin, donc) l’assassine pour s’en emparer. Au contact de la malédiction, il devient de plus en plus cupide et mauvais.

Hmmmm, des Nains qui deviennent corrompus par un anneau magique…. 


(Ça me rappelle une histoire, mais laquelle ?)

Finalement, Fafnir décide de partir s’installer seul au fond des bois pour garder la main-mise sur son trésor, et se change en dragon pour veiller sur son or.

(On est d’accord qu’il y a une répartition des pouvoirs de transformation super injuste dans cette famille, oui ?)

(Genre y’en a un il peut se changer en dragon cracheur de feu et de poison, et l’autre…. ben c’est une loutre.)

Bref bref Brejnev.

Fafnir reste là plusieurs années, peinard avec son or et son anneau maudit, et empoisonne les alentours pour dissuader les intrus, semant la terreur et la désolation dans toute la région.

Donc on pourrait appeler ça la désolation de Fafnir…


(Ah mais je l’ai sur le bout de la langue, la référence, là !)

Et donc, des années plus tard, Regin raconte toute l’histoire à Sigurd, et lui fait comprendre que ce serait pas mal cool d’aller récupérer le trésor. Sigurd demande alors à Regin de lui forger une épée qui pourrait vaincre le dragon.

Regin forge une première, puis une seconde épée, mais Sigurd casse les deux en les frappant sur l’enclume du forgeron.

(Le manuscrit ne précise pas si c’est parce que Sigurd est super balèze ou que Regin est un forgeron bien naze.)

(Je penche pour la première explication parce qu’un Nain qui sait pas forger, ce serait quand même malheureux.)

(D’autant plus si c’est son métier d’être forgeron.)

Sigurd décide alors de prendre les choses en main lui-même, et il va rendre visite à sa mère, qui lui remet les fragments de Gram, une épée légendaire ayant appartenu à son père.


D’ailleurs, parenthèse : l’histoire de Gram est plutôt cool, parce que c’est Odin lui-même qui est venu la planter dans un tronc d’arbre pendant le mariage de la fille du roi Volsung, en prédisant que celui qui arriverait à la retirer de l'arbre détiendrait une épée sans égale.

(Heu pardon mais c’est un peu naze comme cadeau.)

(J’veux dire, chez les Anglais, on t’offrait un royaume entier en bonus.)

(Là c’est genre « Celui qui arrivera à retirer l’épée…. Aura une chouette épée. »)

(Super, Hubert.)

Bref, tout le monde essaye quand même de retirer l’épée du tronc parce que du bon acier on va pas cracher dessus non plus, mais seul Sigmund, le fils de Volsung (et futur père de Sigurd) y parvient.

On ne sait pas trop a quoi Gram ressemble, mais le manuscrit dit qu’elle mesure 7 empans
de long, ce qui fait à peu près 1m40 (soit 9/10 de moi).

(Heureusement qu’ils étaient grands, les Vikings, parce que sinon v’là la galère question manœuvres.)

(Genre moi j’aurais même pas les bras assez longs pour le sortir de son fourreau, le machin.)

Bref bref, on s’égare.

Sigmund avait brisé l’épee sur la lance d’Odin en personne durant sa dernière bataille contre un roi rival (qui avait apparemment Odin de son côté). (Soit dit en passant, je trouve que c’est un peu déloyal d’amener des dieux de la guerre dans ses batailles.) (C’est un peu comme si j’amenais Flaxou à une compétition de lançage de chaussettes à côté du panier à linge.)

Toujours est-il que Sigmund s'était fait occire pendant cette bataille, mais ensuite sa femme avait récupéré les fragments de Gram et les avait mis de côté pour Sigurd.

Donc on a un héritier d’un royaume disparu qui cherche à reforger une épée légendaire brisée en deux.



(Non vraiment, ça ne me dit rien.)

Regin reforge l'épée, et cette fois-ci c'est pas de la gnognotte, parce que quand Sigurd décide de la tester sur l'enclume du forgeron, BLAM IL LA FEND EN DEUX!


ET OUAIS MA COUILLE C'EST DE L’ÉPÉE MYSTIQUE CA, C'EST PAS LE COUTEAU A BEURRE A TA MÈRE!

Après ça y'a un passage où Sigurd va venger la mort de son père, et le seul moment intéressant c'est qu'il y a un passage très controversé qui mentionne un que Sigurd "grave un aigle de sang" dans le dos de son adversaire vaincu, et apparemment ça fait trois mille ans que les académiciens se chamaillent là-dessus, parce que y'en a qui disent qu'il lui grave un aigle dans le dos avec son épée, y'en a qui disent que c'est un vrai aigle qui se perche sur sa carcasse, et y'en a d'autres (qui sont sûrement des historiens fans de black metal) qui disent que c'est une référence à un type de sacrifice odinique où on briserait les côtes d'un type pour lui faire passer les poumons dans le dos.



Y'a aussi une partie chiante avec un devin, parce que c'est la mythologie scandinave et il peut jamais rien se passer sans qu'il y ait des putains de prophéties dans tous les sens, mais comme tout ça on s'en pète, du coup je saute directement au passage cool avec le dragon.

(Et si t'es pas content, t'as qu'à aller lire l'Edda tout seul.)

Par contre, t'attends pas vraiment à de la grande bataille épique entre Sigurd et le dragon, parce que c'est à peu près aussi court qu'une scène de bataille chez Tolkien:


Alors ce qui se passe, c'est que Fafnir va tous les jours boire à la rivière, et Sigurd creuse un fossé sur son chemin et s'allonge dedans. Du coup quand Fafnir rampe au-dessus du trou; Sigurn le plante par en-dessous en plein coeur, et c'est la mort de Fafnir.


(Tout ça manque cruellement de panache.)

(Mais après, c'est tellement plus logique que d'aller affronter le truc à la loyale.)

(J'veux dire, c'est un gars humain à qui on demande d'aller affronter un dragon cracheur de poison – je te jure qu'à sa place, moi aussi je le backstab, pas de regrets.)

M'enfin, Fafnir n'est pas tout à fait mort, il a encore le temps de taper la discute avec Sigurd sur trente mille pages – ah oui parce que j'avais pas dit mais c'est un dragon qui parle, vu qu'en fait à la base c'était un Nain sous forme de dragon.

(Donc en fait ça veut dire que Otr, quand il était sous sa forme de loutre, il pouvait parler aussi?)

(Je sais pas toi, mais moi je commence à douter un peu de l'histoire de "tué par accident" de Loki.)

("Mais j'vous jure votre honneur, je pensais juste que c'était une loutre parlante ordinaire!")

Bref, Fafnir tape la discute avec Sigurd, et finit par lui dire "Fais gaffe dude, mon or est maudit, après tu fais ce que tu veux hein", mais Sigurd lui répond "Ouais c'est ça, on me la fait pas à moi, allez va crever vieux serpent".

(Pas très sympa.)

Fafnit meurt donc, non sans lui dire dans un dernier souffle "Regin m'a trahi, il te trahira aussi; il signera notre mort à tous les deux".

Regin arrive sur ces entrefaites et félicite Sigurd pour sa victoire, non sans mentionner au passage que, comme c'était son idée d'aller tuer le dragon, tout ça c'est quand même un peu grâce à lui.


(Ah ouais, ça devait être bien difficile de rester boire des pintes à la taverne en attendant que Sigurd fasse tout le boulot, hein.)

Regin découpe ensuite le coeur de Fafnir de sa poitrine, et boit son sang, puis ordonne à Sigurd de faire cuire le coeur du dragon pour lui, pendant qu'il fait la sieste.

Alors on va passer sur le fait que boire le sang de ses ennemis vaincus c'est ULTRA METAL et juste rappeler, au passage, que REGIN EST EN TRAIN DE BOUFFER SON FRÈRE ET CA GÊNE PERSONNE.

(Bande de tarés.)

Ah si pardon, Sigurd s'exprime, mais c'est juste pour lui dire en substance "Dis donc p'tit père tu te fais pas chier, c'est moi qui ai risqué ma vie à buter le dragon et je dois encore te faire la popote pendant que tu pars roupiller dans la bruyère? Tu me le dis si tu veux aussi cent balles et un Mars, hein."

Ce à quoi Regin réplique que de toute façon, Sigurd n'aurait jamais eu aucune chance contre le dragon s'il n'avait pas eu son épée légendaire, reforgée grâce à lui.


(3615 arguments de merde, oui attendez je vous passe les gens qui ont voté pour le Brexit.)

Du coup Sigurd allume un feu et rôtit le coeur de Fafnir, mais se brûle le doigt en touchant le coeur pour vérifier s'il est cuit. Il met son doigt en bouche et goûte au sang du dragon, et se rend compte qu'il arrive désormais à comprendre le langage des animaux.

Comment il s'en rend compte? Parce que d'un coup, il entend des oiseaux perchés non loin qui discutent.

(Dis donc, c'est un Viking ou une princesse Disney?)

Les oiseaux se disent entre eux:

- Voilà Regin, qui complote pour se débarrasser de Sigurd et revendiquer tout le trésor pour lui.
- Sigurd devrait lui trancher la tête maintenant et en finir!
- Oui, il serait bien idiot d'achever un frère et de laisser l'autre vivant!

Et là, Sigurd sort son épée, tranche la tête de Regin dans son sommeil, mange le coeur de Fafnir, et boit le sang de Regin et de Fafnir.


(Ça déconne pas chez les scandinaves.)

Alors je ne vais pas m'attarder sur le fait qu'encore une fois, tout ceci est SUPER METAL, mais woh dis donc, Sigurd faut pas lui dire les trucs deux fois.

(Le mec il passe de "cet homme est comme mon père" à "j't'égorge dans ton sommeil" en genre une-demi seconde.)

(Même Walder Frey il retourne sa veste moins vite que ça.)

Une fois que Sigur a fini son petit bain de sang pépouze, il visite la caverne du dragon et trouve plein de butin chouette, comme une cotte de mailles en or, l'épée Hrotti, ou encore le Casque de Terreur.

(En même temps, il vient de vaincre un boss, c'est un peu normal que le loot soit de qualité.)

Puis les oiseaux disent à Sigurd que maintenant qu'il a le fric et la gloire, il peut se trouver une go (en substance) et lui indiquent le chemin vers un royaume lointain où, au sommet d'une montagne de feu, gît une valkyrie endormie par un sort.

(Han le plot twist qui pue le vieux conte de fées.)

(Je préférais quand on parlait de boire le sang de ses ennemis vaincus, perso.)

Bref, c'est tout pour le moment, et si un jour je suis en forme je te raconterai la suite de l'histoire, y'a des amants maudits et des gens qui foutent le feu partout, et même des types qui mangent leurs enfants, donc comme tu vois, c'est bien fun.



Epilogue :

- Pardon mais le Roi Lion c’est quand même mille fois mieux que Merlin l’Enchanteur.
- QUOI ?? Mais Merlin l’Enchanteur ça montre la science qui éclaire les esprits enfermés dans l’obscurantisme ! C’est la plus belle histoire du monde !
- Heu déso pas déso, le Roi Lion ça parle du passage à l’âge adulte, de la prise de responsabilités, du rapport de l’individu à la mort, ça propose une réflexion sur la notion de destin et de libre arbitre, et ça redéfinit les liens familiaux de manière résolument moderne, alors je pense que c’est quand même un petit peu plus intéressant que l’histoire d’un gars qui veut niquer des écureuils.
- ….
- ….
- C’est l’écureuil qui veut le niquer. Y’a une nuance.

samedi 18 juin 2016

L'Instant Kiwi: les transports, volume II


(Les routes néo-zélandaises, ou le règne du "on s'en balek")

Oui, oui, je sais, j'ai déjà beaucoup parlé des transports en Nouvelle-Zélande.

Si tu suis ce blog depuis un moment (et je pense que c'est le cas) (à chaque fois je précise "si t'es nouveau sur ce blog bla bla" mais en fait j'ai l'impression que vous êtes les mêmes 30 gus à me lire depuis dix ans) (c'est un peu chelou mais honnêtement je préfère, ça m'évite de devoir me répéter) BREF donc, tu sais déjà qu'en Nouvelle-Zélande on conduit à gauche, que les transports en commun sont inexistants, et que les flics sont rares.

Mais il y a encore des choses que tu ne sais pas sur les transports au pays du long nuage blanc. 

Par exemple, est-ce que tu savais qu'on avait un train?


Et je ne parle pas du petit réseau ferré type RER qui tente péniblement de relier trois bouts de banlieues au centre-ville d'Auckland.


Eh nan, ma couille, le VRAI train! La voie ferrée légitime, qui traverse le pays entier et tout!


Tiens, regarde cette pub et dis-moi si ça te donne pas envie:



Ah, ça a plus la classe que les pubs françaises pour la carte kiwi, c'est sûr.

(Par contre ce que j'adore avec cette pub, c'est qu'on te vend les paysages avant tout, mais quand tu regardes les passagers, ils font TOUT sauf ça.)

(Les mecs ils lisent des livres, ils jouent aux échecs, ils font des mots croisés, mais y'a pas un pékin pour regarder par la fenêtre.)

(Tu me diras, ça résume bien le Kiwi moyen.)

("Nan les paysages on s'en branle, réveille-moi quand on voit un phare.")

Donc oui, j'avoue, le transport ferré en Nouvelle-Zélande est plutôt stylé.

Après, on n'a qu'une seule voie, entre Auckland et Wellington, il n'y a que quatre gares sur toute la ligne (sur 700 bornes, quand même), et les trains ne roulent que trois jours par semaine.


Si si, vraiment. Si tu veux prendre le train d'Auckland à Hamilton un mardi, par exemple, ben tu peux pas. Faut y aller soit lundi, soit attendre jeudi. 




(NIQUE SA REINE LA LOGIQUE.)

(Ah oui et puis y'a qu'un seul train par jour, hein. Au cas où tu te poserais la question.)

Donc tu comprends un peu pourquoi le train, c'est pas encore trop développé dans les mentalités des Néo-Zélandais comme une option de transport viable.

Surtout que là, tu pourrais faire l'erreur de te dire "Ah ouais c'est pas commode, mais bon, c'est pratique le train quand même, ça va plus vite que la voiture et c'est moins cher que l'avion."

Sauf que NON et RE-NON.


Parce que le train en Nouvelle-Zélande échoue sur ces DEUX points.


Déjà, il est plus lent qu'une tortue sous Tranxène. Sans déconner.

En voiture, tu fais Auckland-Wellington en huit heures. Allez pour être généreux, on va dire neuf heures, en comptant des pauses pour faire pipi et le plein d'essence, et éventuellement neuf heures et demie si jamais tu te mets en route à l'heure de pointe et que ça bouchonne un peu pour sortir du centre-ville.

Mais même en comptant large, le train reste quand même plus lent! Le truc met DIX HEURES TRENTE à faire Auckland-Wellington! Alors qu'il gratte facile cent kilomètres au trajet en voiture!



(Maintenant je comprends mieux pourquoi y'a qu'un seul train par jour. C'est parce que le trajet te PREND une journée complète!)

Alors bon, on va dire qu'il reste le côté pratique. C'est vrai que c'est pénible de rouler neuf heures d'affilée, c'est fatigant, en plus tu uses ta voiture et tu crames plein de thunes en essence. J'avoue qu'on pourrait être tenté de se dire "Bon, on prend le train, ça nous coûte deux heures de plus, mais au moins on peut passer le trajet zen à regarder les jolis paysages."

OUI.


ON POURRAIT ETRE TENTÉ.


SI ON N'AVAIT PAS L'OPTION DE PRENDRE L'AVION ET D’ÊTRE A WELLINGTON EN QUARANTE-CINQ MINUTES.


(Après, ouais, c'est sûr, t'as moins le temps de regarder les paysages.)

(Mais dans l'avion ils ont un quiz Trivial Pursuit et ils te donnent un cookie, laisse tomber, mon choix est fait.)

(En plus, comme c'est des vols intérieurs, ils font pas chier du tout sur les contrôles: tu te pointes à l'aéroport 20 minutes avant ton vol, tu passes un détecteur de métaux, et c'est marre. T'as même pas à présenter de pièce d'identité.)

(En revanche, quand t'arrives d'un vol international, tu passes QUATRE contrôles des passeports, on te passe la valise aux rayons X, et on prélève la terre de tes chaussures, mais bon, je m'égare.)

Donc, je récapitule avec un exemple pour te donner une idée de la chose: mettons que Flaxou et moi on veut aller à Wellington pendant un long week-end du vendredi au dimanche, et faire des câlins à des pandas roux. Voici nos options:

Option 1: Voiture. 
Temps de trajet: 18 heures aller-retour. Temps sur place: un jour et demi. Coût du voyage: 200 dollars (soit un peu moins de 4 pleins d'essence).

Option 2: Avion. 
Temps de trajet: 2 heures aller-retour. Temps sur place: trois jours. Coût du voyage: 260 dollars.

Option 3: Train. 
Temps de voyage: 22 heures aller-retour. Temps sur place: une nuit (parce qu'on a dû partir le samedi, vu qu'il n'y a pas de trains le vendredi). Coût du voyage: 320 dollars.



Ça n'a aucun sens!

Le train est l'option de trajet la plus longue ET la plus chère!! Mais QUI aurait envie de se faire enculer de manière aussi monumentale??!

Imagine nous dans nos pays civilisés on ferait des conneries pareilles!

- Un ticket Paris-Strasbourg? Oui bien sûr, alors j'ai samedi à 7h45 du matin, ou sinon, j'ai le jeudi d'après. Vous y serez en onze petites heures. Ça fera mille euros, s'il vous plaît.

(Ne te plains plus JAMAIS de ton TGV en retard.)

Alors oui, okay, il paraît que les paysages sont sublimes bla bla bla mais MEC c'est la Nouvelle-Zélande, c'est sublime partout où tu vas, et au moins les autoroutes ne requièrent pas un fist-fucking.

(Même pas de péage, c'est dire.)

Du coup, c'est peut-être plus facile pour toi de comprendre pourquoi les Néo-Zélandais sont très attachés à leur voiture – c'est parce qu'en fait, s'ils veulent se déplacer quelque part, c'est grosso modo leur seule option.

(Même quand tu prends l'avion pour aller dans une autre ville, tu dois souvent louer une voiture une fois sur place.)

Alors, disons-le tout de suite comme ça ce sera fait, les Kiwis ne sont pas des as du volant. C'est paradoxal parce qu'ils passent quand même beaucoup de temps au volant, mais c'est un peu des quiches en conduite – principalement parce que les règles de conduite sont faites pour des gros cakes.

A l'époque où j'ai passé le permis, je m'étais déjà fait la réflexion que c'était pas super juste, comme méthode, parce que selon la densité d'urbanisation, ça rend les choses beaucoup plus faciles ou beaucoup plus difficiles.

Moi qui ai réussi l'examen à Colmar, ville de taille moyenne pas trop chiante, je peux t'assurer que je l'aurais raté au moins trois fois si j'avais dû le passer à Strasbourg, cauchemar de tous les automobilistes. (Y'a trente cyclistes au mètre carré et des sens uniques partout, et tous les parkings sont des créneaux – A DROITE.)

Mais alors en Nouvelle-Zélande, c'est presque trop facile, les gars.

Même à Auckland, ville de un million et demi d'habitants, et d'un million d'automobilistes (au bas mot), je t'aurais passé le permis en deux semaines, cousin.

Déjà y'a que des boîtes automatiques, donc tu galères vachement moins avec la phase d'apprentissage de gestion de l'embrayage. Ensuite y'a genre UN rond-point dans toute la ville. Et puis comme y'a de la place partout, les rues sont assez larges pour faire passer des tanks soviétiques, et tous les parkings sont en bataille.

(Une fois, à Onehunga, j'ai vu un parking en épi, eh ben les gens étaient tellement chamboulés par le concept qu'ils ont collectivement ignoré les lignes et se sont garés bien sagement en bataille les uns à côté des autres.)

Et même les carrefours sont faits pour les neuneus, genre tu sais le truc chiant en France où tu veux tourner à droite mais tu dois céder la priorité aux piétons qui traversent et aux voitures qui viennent en face? Eh ben ici ça existe pas. Ici y'a un feu séparé pour les piétons, un feu séparé pour les gens qui tournent, et un feu séparé pour les gens qui vont tout droit. Du coup, tu te poses pas de questions, quand c'est vert, tu roules, t'as rien à calculer.

(Par contre, après, on passe mille ans à attendre à chaque intersection que ce soit notre tour d'y aller.)

(Mais il faut ce qu'il faut, ma petite dame.)

Bref, du coup, les Kiwis ont tendance à faire un peu du YOLO avec les ronds-points (hashtag #lesclignotantscestpourlesfaibles) et à paniquer du slip dans toutes les rues où on peut se garer des deux côtés (en mode "Han mon dieu y'a juste la place pour un paquebot, on passera jamais avec notre Ford Escort".)


MAIS (et je le mets en majuscules parce que c'est un grand mais), les Néo-Zélandais ont beau être des quiches du volant, je les aime quand même d'amour, parce que les c'est automobilistes les plus SYMPA de l'univers.

Je t'ai oncques narré l'histoire comme quoi un Kiwi ne klaxonne jamais (ce qui est déjà un concept assez difficile à concevoir pour tout Français vivant plus au Sud que Lyon, où le klaxon est moins un avertissement qu'une sorte de ponctuation).

Et je pourrais te raconter beaucoup d'histoires sur le courtoisie des Néo-Zélandais, mais je pense que ce qui résume le mieux leur état d'esprit au volant, c'est ces deux signaux:

En Nouvelle-Zélande, les appels de phare veulent dire "après vous". 

Et les warnings veulent dire "merci". 


Je vous laisse méditer une minute là-dessus.


Petit manuel d'utilisation pour ceux qui voudraient voyager en Nouvelle-Zélande: tu arrives à une intersection, et tu te dis "Ah merde, ils roulent à gauche dans ce pays de dégénérés, c'est quoi les règles de priorité ici?"

La réponse est : Y'A PAS DE RÈGLES!


(En fait si, y'en a, mais personne ne les suit.)

A la place, ici, on raisonne à la logique (la grosse route a priorité sur la petite route/ la route encombrée a priorité sur la route vide) et à la politesse. Exemple:



Mettons que la voiture bleue va tout droit, et que la voiture jaune veut tourner à droite.

Si tu es la voiture bleue, tu as le choix de passer sans ralentir (si tu es le plus grand enfoiré de l'univers et du multivers réunis) OU BIEN tu peux t'arrêter et faire un appel de phares à la voiture jaune pour la laisser passer devant toi, comme une personne normale et civilisée.

Et si tu es la voiture jaune, tu peux passer devant (si tu es un ingrat doublé d'un fils de pute) OU BIEN tu peux passer, puis faire clignoter tes warnings une à deux fois pour dire "merci de m'avoir laissé passer" à la voiture derrière toi. 

(D'ailleurs, si tu observes cette politesse, tu peux même gagner un petit "coucou/de rien" de la main par la personne qui t'a laissé passer.) 

(Les politesses ne s'arrêtent JAMAIS.)

Du coup, forcément, pour l'Européen moyen – habitué à utiliser les appels de phare pour dire "oh tu la bouges ta caisse connard" et les warnings pour dire "oui je suis garé comme un trouduc mais promis je reste pas longtemps je vais juste chercher le pain"y'a un certain temps d'adaptation où tu penses que tout le monde sur la route est devenu fou.

("Mais pourquoi il met les warnings ce débile, ça ralentit pas devant!")

("Mais pourquoi il me fait des appels de phares cet enfoiré, j'ai rien fait!")

Alors j'ai décidé de briefer toutes les personnes qui veulent venir me rendre visite, en leur expliquant les règles de politesse au volant de ce beau pays qu'est Aotearoa.

(Non parce qu'après ça va encore être les Français qui sont malpolis et tout.)

(Y'en a marre de cette image de merde qu'on se trimballe.)

Voilà, maintenant t'es prévenu: si tu prends la route en Nouvelle-Zélande, prends 5 minutes pour trouver le bouton des warnings sur ta voiture de loc, parce que mon gars, tu vas devoir t'en servir.

(Le klaxon c'est pas la peine.)



(Même les vaches, ça les impressionne pas.)