samedi 30 mai 2009

Comment le décalage horaire d'une heure il me tue



Un jour Sarah m'a dit "Je comprends pas bien comment t'as pu être un génie quand t'étais petite, parce que quand tu me racontes tes histoires d'enfance, je me dis qu'au même âge, j'étais bien plus intelligente que toi".


Effectivement, mon super Q.I. de la mort ne m'empêchait pas de croire en des trucs assez étranges (Et pendant assez longtemps, mais ça c'est parce que les gens qui vivaient dans ma tête me disaient de pas croire mes parents. C'est flippant, dit comme ça, mais quand on le vit, ça passe.)


Bref.
Quand j'étais petite, je croyais donc :

- que toutes les choses étaient vivantes, même les cailloux

- que je pouvais faire bouger les feuilles des arbres avec mes yeux (super pouvoir part one)

- que les gens très intelligents (genre moi heum heum, oui bon mais à l'époque c'était un peu vrai aussi) pouvaient faire de la magie en s'entraînant longtemps (je me suis trimballée un bâton de chaman amérindien de ma confection pendant trois ans, quand même)

- que je pouvais communiquer avec les animaux (super pouvoir part two)
- que mon saule pleureur et moi, on était en communion spirituelle.


Et donc, vu que j'étais un peu dérangée de la cafetière, un jour, comme ça, j'ai sauté du saule.


Je voulais tester notre amitié
pour voir s'il me rattraperait dans ses branches. (faites pas les surpris, je vous avais dit que j'avais un cafard dans la tuyauterie)


Donc bon, ça n'a pas tellement marché, c'est le sol qui m'a rattrapée. Mais je n'en ai pas voulu au saule, parce que pendant très longtemps, j'ai cru qu'il m'avait protégée de son pouvoir mystique, ce qui expliquait en partie pourquoi je n'avais eu aucune blessure en tombant de deux mètres cinquante (bon, j'étais tombée dans la boue, soit, ça amortit. Mais un peu de magie, que diantre)


Et depuis ce jour, j'ai toujours été fascinée par le vol. Pas le vol excusez-moi mademoiselle votre lacet est défait et tu te barres avec son sac à main (et la fille en plus elle portait des sandales, c'te honte). Non, le vol comme les oiseaux, les libellules, les X-Men.


Du coup, partir deux mois, ça me rend un peu triste. Et quand Professeur Flaxou est sorti du terminal, ça m'a fait bizarre, un peu comme un pincement, une petite coupure dans ma poitrine. Comme une crampe du coeur.


Mais aujourd'hui, j'ai pris l'avion.


J'ai volé au-dessus de la mer, j'ai vu les tout petits bateaux dans l'eau bleue de la Manche, j'ai survolé la Tamise comme dans Harry Potter.


Rien que cette heure, elle compense tout ce qui pourrait m'arriver lors de ce séjour. Le boulot pourri, le métro étouffant, les gens, le bruit, la foule.


Aujourd'hui, j'ai volé. Pendant quelques minutes, j'étais enfin un super-héros dans une carcasse de métal.

Aujourd'hui, j'étais Iron Man.

mardi 26 mai 2009

Hier soir j'ai rêvé que je me tapais mon prof de littérature russe. Au secours.


(Moi aussi je veux un lord anglais en m'habillant aussi mal)


Hé, la jeune !

Toi aussi, tu en as marre des kilos superflus du vilain bonhomme hiver ? Toi aussi, tu t'es gavée de foie gras et de chocolats triple praliné sous prétexte qu'il faisait moins cinq dehors et que les Inuits eux ils se gavent de graisse de phoque rien que pour survivre alors tu vois un peu ce que ça va me faire, une misérable praline ? (Si si, ça passe sur la chaîne Voyage, c'est pas des conneries)

Bref, toi aussi tu aurais envie d'être belle et ronde, puisqu'apparemment, chouette, c'est à la mode d'être grosse ? (Enfin grosse selon Elle magazine, donc cinquante-trois kilos. En clair, ça veut dire que sur les photos des filles grosses de Elle magazine, si tu cherches bien, tu peux trouver un bout de chair là où d'habitude il y a juste des creux partout. Vive la libération de la femme, tiens.)

Eh bien moi, avant de partir en Angleterre, je me suis imposée un régime du tonnerre à faire pâtir toutes les Londoniennes accros aux scones, et à faire craquer tous les beaux anglais (qui sont anglais, donc nobles, donc riches, donc possesseurs d'un château dans la campagne avec un lac et un jardin avec des roses, comme Hugh Jackman dans Scoop.)

Mon régime, c'est le régime chaleur. C'est très facile, il suffit de posséder une planète sur le point de mourir.

Donc je me lève le matin, il fait déjà trente degrés. Du coup, il fait tellement chaud que tous les aliments non-froids ou un peu trop consistants me dégoûtent, alors je mange que des tomates et des raisins. Et du pain. Et de la mozzarella. Et du carpaccio, plein de carpaccio avec plein de parmesan. Et des chips.

Oui bon, évidemment que ça marche pas, ça serait trop beau.

Mais il me reste le bronzage pour faire pâlir de jalousie ces endives d'Anglaises.

Et surtout, il me reste l'atout qui fera de moi la femme la plus sexy d'Albion (pour peu qu'on ait plus de deux pintes de Guinness dans chaque bras) : l'accent français.

Hugh Jackman, prépare tes rouflaquettes, parce que ça va groover dans ton château. French staïle.



PS : Professeur Flaxou est jaloux de Hugh Jackman depuis qu'il a regardé tous les X-Men avec moi. Soi-disant que ma fixation sur ses griffes en adamantium est malsaine. N'importe quoi. Ca me dérangerait pas qu'il m'arrache mes vêtements avec, c'est tout.

mardi 19 mai 2009

Caro



La première fois que je l'ai vue, je me suis dit "Ouah, qu'est-ce qu'elle parle fort".

Je pense que c'est la chose qui la décrit le mieux : cette voix forte et tonitruante, qui révèle toute sa personnalité : une fille franche et honnête, des fois soûlante, qui aime qu'on fasse attention à elle, qui aime argumenter, qui n'a pas peur des gens, qui affronte la vie de plein fouet, quitte à se prendre des baffes. Une fille toujours branchée à quatre mille volts, hyperactive et aux multiples centres d'intérêt.

C'est son flot continu de paroles qui m'a attiré et révulsé à la fois, mais surtout attiré. Parce que j'ai appris à écouter ce qui se déversait sans cesse de sa bouche, pour me rendre compte que c'était drôle, intelligent, censé, cultivé.


C'est devenu ma meilleure amie, mon amie de la tête, en complément de Sarah ou de Carole, qui étaient mes amies du coeur.

Avec Caro, ce qu'on faisait de mieux, c'était parler, encore et toujours. Le reste n'a jamais vraiment été important, ce qui comptait c'était de maintenir le torrent toujours plus, jusqu'à ce que tous les autres se dégoutent de la conversation et qu'il ne reste que nous, survoltées, à s'épancher toujours plus.


J'aurais dû me douter qu'il y aurait un moment où ça casserait. Caro était la moins stable, la plus électron libre, et, surtout, elle était toujours tournée vers l'avenir, y fonçant comme une fusée, en se brûlant les ailes, alors que nous nous complaisions dans un passé réconfortant.


Je suis de ceux qui aiment regarder en arrière pour regarder, rétrospectivement, la personne qu'on est devenue. J'aime savourer les minutes agréables qui passent, et m'en souvenir, longtemps après.


Caro est de ces gens qu'on ne rencontre qu'une fois dans la vie, un de ces personnages bigger than life, prêts à tous les excès pour s'arracher à la monotonie du quotidien, ce train-train qui semble normal aux autres, mais qui, eux, les tue à petit feu. Caro est une comète.


Je pensais que je me sentirais triste de la voir sans doute pour la dernière fois. Mais je me sens surtout soulagée.
La comète que je connaissais a filé, en se transformant, tourbillonnante, en une personne que je ne reconnaissais plus.

Caro a chamboulé ma vie au moment où j'en avais le plus besoin, au moment où je cherchais du nouveau, de l'aventure. Et j'ai vécu mes aventures grâce à elle, ou, quand j'étais trop sage, à travers elle.


Mais maintenant, je suis assez grande, et assez forte de son apprentissage, pour me lancer dans ma propre aventure, à mon propre rythme. Et ce sera un rythme posé, serein, ce sera une aventure somme toute banale, mais c'est celle-ci que je veux.


Je ne sais pas ce que Caro va devenir. Je ne sais pas si elle va continuer à vivre au jour le jour, en se nourrissant de ses impulsions. Je ne sais pas si elle arrivera à être heureuse à nouveau.

Mais je sais que je me souviendrai toujours de cette étoile filante qui a traversé ma vie, avec ses rires, ses phrases cochonnes, ses sous-entendus, ses bières et ses discussions philosophico-littéraires. Cette fille, intense, joyeuse, gourmande de vie, qui fut mon amie.

vendredi 15 mai 2009

London Calling



C'est la grosse panique.


Je pars dans moins de trois semaines et j'arrive toujours pas à réaliser que je vais vraiment partir et qu'il faut que je voie tous mes amis parce qu'après je passerai deux mois sans eux.


Je passerai deux mois à Londres, mais alors je sais pas tout à fait vers où, parce que j'ai pas d'endroit où rester. Je cherchais d'abord dans le centre, mais c'était un peu "Bonjour, est-ce que vous êtes faite d'argent" et bon, j'ai vérifié, et c'est non. Même mon papa il est pas fait d'argent, et pourtant il a une BMW et un jardin avec un cerisier.


Cerises que je vais louper pour la troisième année consécutive, tout comme la fête des mères, des pères, et de la musique. Et encore, avant j'étais en Russie, je pouvais me la péter colonialiste avec mes billets de mille roubles et acheter de l'ambre à foison pour le cadeau de fête des mères, et ça pardonnait le fait que je ne sois pas là. Cette année, ma maman, elle aura du thé, et ce sera tout.


Moi, je vais manger de la pizza tous les jours, en espérant que c'est vrai cette légende urbaine sur les filles-jambon de Londres, comme ça je passerai à peu près inaperçue.
Donc je pars dans deux semaines, j'ai quinze livres en pièces de vingt pence sur moi, j'ai un adaptateur pour mon PC, et plein de pulls, et ce sera plus ou moins tout ce que Ryanair me laissera emporter dans ma valise, sympa.

Et je sais toujours pas quel sera mon travail. Je sais juste qu'on va pas me payer et qu'on va sans doute me forcer à mettre des collants, mais qu'est-ce qui m'a pris de me foutre dans un enfer pareil. (Je sais en réalité qui est cet enfer, il s'appelle ma directrice de section Interculturalités, qui a décidé allez hop on leur fait faire un stage obligatoire à l'étranger, sinon ils pourront pas valider leur licence.)


C'est une bonne idée vue comme ça, mais vue d'ici, sans fric, avec la perspective de passer deux mois sous la pluie et dans un bâtiment climatisé qui fera sécher mes lentilles jusqu'à ce qu'elles me découpent la cornée, pour pouvoir me traîner au pub le plus proche et noyer ma misère dans la Guinness....


Nan, en fait, même vu d'ici, ça a l'air génial.


Haha je pars à Londres !


Je vais visiter la tour où on décapitait les gens ! Je vais acheter des bottes en caoutchouc et sauter dans TOUTES les flaques de la ville ! Je vais boire plein de bière méga amère (que j'aime pas) et m'empiffrer de chips au vinaigre (que j'adore) ! Je vais visiter la super grande bibilothèque et voler la Magna Carta (juste comme ça, pour le fun) ! Je vais mettre The Clash dans mon MP3, et quand j'en aurai marre, je mettrai les Beatles, et quand j'en aurai marre, je mettrai les Kinks (et ça j'en ai jamais marre).


Je finirai cet article par une phrase que seuls les tarés de sitcoms américaines vont comprendre dans toute sa splendeur :


LONDON, BABY !


PS : A Nina : Je serais ravie de te rencontrer ! Je connais personne en Angleterre, alors ça me ferait plaisir. (Windsor, ouah, genre tu serres la pince à la reine tous les week-ends et tout ?)
Pour qu'on puisse échanger plus facilement (et plus discrètement) des infos, mon adresse mail : tindomerel@hotmail.fr (et pas .com parce que ça c'est une autre fan de Tolkien qui s'est faite harceler à ma période blogstar, faut la laisser tranquille maintenant)

lundi 11 mai 2009

Adieu à Marc Bloch



J'ai presque fini mes examens (il me reste juste Shakespeare mais ça ce sera piece of cake fingers in the nose, je parle l'anglais du seizième siècle depuis l'âge de quatre ans trois quart) et donc j'ai presque fini d'être étudiante à Marc Bloch. (Université de Strasbourg je t'emmerde, trois mois versus deux ans et demi égale j'ai fait mes études à Marc Bloch, point)


Y'a quand même des petites choses qui vont me manquer.

Genre les cerisiers du jardin en fleur, et les pâquerettes, les révisions dans l'herbe, la bibliothèque de langues, et les vieux livres de slave qui sentaient la poussière dans la salle 03.

Mais tout le reste, ça va pas me manquer du tout.


Les plafonds qui nous tombent dessus, les murs qui s'écroulent, la machine à café quand elle te donne pas de gobelet mais qu'elle te donne ton chocolat chaud quand même (sur les vêtements en partie). L'odeur bizarre du couloir du bâtiment 4, les amphis avec les horribles marches impossibles à monter correctement (une marche à la fois t'avances pas, deux marches à la fois c'est trop haut pour mes jambes) et les sièges option mal au cul au bout de vingt minutes, que dans les CM de deux heures tu voyais rien que des gens en train de se tortiller.


Y'a aussi des gens qui vont me manquer.


Surtout la bande Langues et Interculturalités option anglais-russe : Adèle qui s'énerve toutes les heures pendant cinq minutes (c'est cyclique), Lucie et sa selle de vélo, Aurélie mais oui on les aime tes crêpes, Werner le seul garçon (alors on en prend soin), Sarah qui aime quand je bois des grandes bières "nan mais sinon je suis toute seule à boire les grandes bières, et après c'est haha l'allemande bourrée" (t'as raison Sarah, non aux stéréotypes!), l'autre Sarah dont je suis amoureuse du look en secret, Chloé la Grande Organisatrice de Soirées (avec les majuscules, parce qu'elle l'a beaucoup beaucoup fait) et Catherine qui savait jamais quand il fallait venir en littérature.
Et aussi les gens du polonais, les gens de LIM et de LIG.

Mais tous les autres, ils vont pas me manquer du tout.


Les communistes qui ont arrêté de bloquer la fac dès qu'il a fait beau pour aller fumer leurs joints au soleil et jouer du jembé tout l'après-midi pour bien nous montrer à quel point ils étaient acharnés et comme la résistance anarchise vaincra, au bout d'un moment, fatalement, quand il faudra pas se lever trop tôt.


L'horrible secrétaire du département de slave
, que si les sorcières existaient dans la vraie vie...elle leur niquerait leur race :


- Bonjour, je...

- AAAARRRHHHH !

- Je vous demande pardon ?

- Moi je vous demande rien, sortez de mon bureau, vous êtes mal élevée.

- Hein ?

- Vous avez toqué et vous êtes entrée ! C'est quoi cette éducation, vous avez pas de parents ? Ou ils étaient trop cons pour vous apprendre les bonnes manières ? Ca vous plairait que je vienne toquer chez vous et que j'entre comme ça ? C'est quoi ça ?

- Non mais je voulais juste savoir...

- Ecoutez j'ai du travail, vous me dérangez, sortez maintenant.

- Mais je voudrais juste...

- Ca dure depuis ce matin, vous croyez quoi, que je suis Mère Thérésa ? Que je suis le Saint-Père ? Que je suis un robot ? Que je suis un panneau d'information ? Je n'ai pas toutes les réponses moi, tout est affiché dehors, allez voir, et si vous êtes trop conne pour savoir lire c'est pas mon problème.

- Je voulais juste vous emprunter un stylo.

- J'ai pas de stylo. Et si j'en avais je vous le donnerais pas, vous le rendriez pas, vous êtes trop mal élevée. Allez sortez, sale voleuse. Allez vous marier à un Tchétchène, c'est tous des voleurs aussi. Malpolie.


(Non mais je déconne pas, hein. D'habitude j'exagère, là c'est une retranscription absolument fidèle de ses propos. J'ai jamais vu un syndrome prémenstruel qui durait toute l'année, avant. Ca surprend un peu. Je suis sûre qu'ils pourraient l'utiliser, en fac de médecine.
)

Les étudiantes de LLCE que j'aimais pas, elles vont pas me manquer non plus.


Y'avait celle qui avait l'air d'avoir quarante-cinq ans, et puis non en fait elle avait la vingtaine. Mais dans sa tête, elle était encore plus vieille. Sûrement qu'elle était déjà née intelligente et vieille. Sûrement que son premier mot c'était "synedoque". Moi je sais juste que ça me faisait mal au coeur de la voir tellement raide et coincée, assise comme si elle avait avalé une planche et qui disait des phrases du dix-huitième siècle avec son air intelligent :


- Certes, la solution que vous proposez est plaisante, je dirais même attrayante. Toutefois, au cours de mes lectures post-examen, j'ai remarqué fortuitement cette tournure des plus diligentes...


Non mais Ginette ça va, essaye voir de sourire si tu t'es pas amidonné le visage aussi, et peut-être que tu te relaxeras assez pour péter un coup.


Y'avait aussi celle avec son chignon et ses lunettes sérieuses mais fashion quand même, qui avait des photos d'elle-même en sous-vêtements sur son fond d'écran de PC (véridique !) et qui se la pétait à mort parce qu'elle avait été dans un lycée international. Ouais Gertrude, mais en attendant moi j'ai appris l'anglais en regardant "Friends", et je parle quand même mieux que toi et ton "Inetèrnachonal Skoule".


Et puis y'avait I'm Not Sure But, dont je vous ai déjà parlé un jour de profond désespoir, après l'avoir entendue dire qu'Oscar Wilde, c'était pas celui qui faisait des films ? en cours de littérature britannique (où on étudiait justement Oscar Wilde, qui est donc, je le rappelle, mort quelques années avant l'invention du cinéma). I'm Not Sure But c'était celle qui wanted to bicome a tiiiitcheur, et qui avait été au comble du malheur le jour où elle avait appris qu'il faudrait lire un livre entier en anglais, sans sous-titres ! D'ailleurs elle avait pas aimé le livre, "bicoze there is people who are dead" (oh my god so schocking, I am terribly offensée).


Y'a aussi des profs qui vont me manquer.


Genre Heather, la prof la plus cool du monde, qui nous ramène des gâteaux de ses séjours aux Etats-Unis et qui va boire des coups avec nous pour fêter la fin des examens. Ou encore le prof de cinéma américain, qui était tout simplement génial et formidable, je veux des enfants de lui (par insémination artificielle parce qu'il est un peu vieux quand même). Ou encore le prof d'histoire du cinéma, la prof de thème (spéciale dédicace aux mardis matin où elle se pointait toujours avec les cheveux qui gouttaient encore et de la crème mal étalée sous les yeux, solidarité avec les mal-levés) ou le prof de comminication interculturelle.


Mais les autres profs, ils vont pas me manquer du tout.


Genre le prof de russe, qui était toujours très gentil, mais sans doute le prof le plus incompétent
que j'aie jamais vu de ma vie. Pour vous faire comprendre, je vous donnerai en exemple l'examen de russe d'il y a deux semaines.

On se pointe à midi, et on apprend que le prof est occupé à surveiller un autre exam. On attend que l'exam se finisse, mais à midi quinze, toujours rien. On toque alors à la porte et là, le prof nous regarde, surpris, et dit :


- Ah vous êtes là ? Ah oui, l'examen ! Attendez, je vous ouvre la porte de la salle.


Sur ce, il part avec nous (laissant ses étudiants en partiel sans aucune surveillance), nous ouvre la porte, et nous tend deux feuilles :


- Voilà le sujet d'examen. Par contre j'ai pas de carte de photocopie, quelqu'un en a une ? Oui ? Vous allez m'en faire dix ?


Donc je suis partie faire des photocopies en traversant trois bâtiments différents pour arriver à la photocopieuse (heureusement, il en restait une qui était pas en panne) et j'ai donné de mes sous pour avoir le droit de passer mon partiel (et je parle même pas de la confidentialité des sujets d'examen).
D'ailleurs il nous a pris les copies à la fin de l'exam, sans doute pour les refiler à d'autres.

Je reviens un quart d'heure plus tard, on commence l'examen avec une-demi heure de retard. En lisant le sujet, je dis au prof :


- Monsieur, et les proverbes que vous nous avez fait apprendre par coeur juste pour l'examen ?
- Ah ? Ah bon ben y'en a pas. C'est pas grave, vous en avez pas besoin.

- Et vous nous aviez dit que c'était pas la peine d'apprendre le vocabulaire du caractère, mais là y'a une question exprès sur ça.

- Ah, j'ai dit ça ? Oh ben dites ce que vous savez.


Sur quoi il se lève et dit :


- Bon l'autre examen se termine à treize heures, je vais aller les surveiller, je reviens tout à l'heure.


Ca c'est pour vous donner un aperçu. Et croyez-moi, ça n'a absolument rien à voir avec la grève ou le bloquage, ça, c'est juste lui. Comme quoi être prof sous l'Union Soviétique, ça donne de mauvaises habitudes.


Dans le genre bonnes surprise de l'examen (mais en vachement moins grave quand même) on a mon épreuve de traduction en polonais. Donc pour ceux qui savent pas, je fais du polonais depuis trois ans, deux heures par semaine. Autant dire que mon niveau se borne au strict assez minimum : "où est la pharmacie", "bonjour je m'appelle Charlotte je suis française j'ai dix-huit ans" (je vais quand même pas m'emmerder à apprendre un nouveau chiffre chaque année, si ?), "je me sens mal", "mais enfin monsieur lâchez mon sac à main", des trucs comme ça.


Et mon épreuve de traduction, en plus d'être un thème (français-polonais au lieu de polonais-français, ce qui complique déjà sensiblement les choses) était un thème fort bien choisi, sur la physique nucléaire. Or mes thèmes à moi couvrent la famille, les animaux, les fruits et légumes, les saisons, mais pas tellement la physique nucléaire. J'avais donc un texte du genre :


"En 1903, soutenur par son mari qui partage sa passion, Marie Curie se lance dans l'expérimentation nucléaire. Les deux époux parviennent à découvrir deux nouveaux éléments nucléaires*. Elle est la première femme à recevoir un prix Nobel. En novembre, elle remplace son mari à son poste de professeur à la Sorbonne. Elle devient ainsi la première femme à enseigner dans cette université. En 1909, elle est nommée professeur titulaire dans sa chaire de physique générale, puis de physique générale et radioactivité."


*nucléaire = nuklearny


Et donc ça, c'est le mot que la prof a choisi de nous donner, sachant que presque aucun d'entre nous ne savait dire "chaire", "prix Nobel", "professeur titulaire", et que moi je connais même pas le verbe "soutenir".
Autant vous dire que ce fut une traduction pour le moins folklorique. Mais bon, c'était pas sur beaucoup de points.

Et puis notre prof s'est quand même comportée, durant cet examen, d'une manière exemplaire : pas de coup de fil intempestif, pas de pause-café toutes les deux minutes, même pas de réflexion sur la grippe mexicaine quand j'ai toussé. Non, vraiment, pour un prof de fac, c'est très rare. Bravo à elle.


Tout ça pour dire que je n'étudierai plus jamais à Marc Bloch.


Et que ça va quand même un peu me manquer.


Mais quand même beaucoup pas.

vendredi 8 mai 2009




Bonjour, je m'appelle Charlotte, et je suis une accro.


(Bonjour Charlotte)
 
Ce n'est pas la première fois que je manifeste un comportement addictif. Il y a eu beaucoup de choses dans ma vie qui ont fait dire à mes proches que j'avais un problème, et à chaque fois je leur disais : T'en fais pas, je maîtrise, je suis cool, j'ai pas besoin de ça.

J'inventais des mensonges pour les rassurer, mais au fond de moi, je savais que c'était faux.

Le Seigneur des Anneaux, c'est tout juste un passe-temps pour moi.


Internet, j'en ai pas besoin pour vivre.

Blogger, j'arrête quand je veux.

Les zombies, j'y crois même pas d'abord. Des cauchemars où je hurle "non ne me mangez pas", alors là je vois pas du tout de quoi tu parles.


J'ai toujours été d'une nature un tantinet obsessive. J'ai un besoin compulsif de trier, classer et catégoriser les photos, je classe mes livres par ordre alphabétique, je range les objets uniquement en piles égales, et si quelqu'un change l'organisation de mon bureau, je peux basculer dans une furie berserk.


Et je ne parle même pas de mes périodes obsessives avec une chanson qui tourne soixante-douze heures dans le studio, ou avec un film, ou un groupe. Demandez à tous mes proches, ils en ont encore des souvenirs vivaces.


Ma mère vous racontera toutes les matinées "Reservoir Dogs" où elle entrait dans le salon pile quand Michael Madsen (le psychopathe le plus canon de l'histoire du cinéma) coupe l'oreille du flic, me regardait mâchonner mes K Spéciaux, et sortait en murmurant "Il faut que je la fasse soigner".


Ma soeur vous racontera les années de torture sonore à base de Manau (de 9 à 11 ans), de Sniper (de 12 à 15 ans), de Scorpions (de 16 à 18 ans) et autres Rammstein (toute l'année de Terminale).


Ma copine Carole vous racontera ce que ça faisait d'être en seconde avec moi :


- Et sinon hier soir j'ai regardé les bonus du quatrième DVD des Deux Tours édition collector, eh ben y'avait un truc trop marrant à la quarante-troisième minute à propos d'une scène du film, à une heure quarante-trois et cinquante secondes. Trop fort. Du coup j'ai recommencé le bouquin, pour voir si c'est dedans aussi. Tu savais qu'à la cinquante-troisième minute de la version longue de La Communauté, Bilbo dit une phrase que c'était Gandalf qui la disait dans le livre ?


Flavien vous racontera que ça fait trois jours que j'écoute rien d'autre que "Life on Mars" de David Bowie, toute la journée, parce que c'est ma manière de faire mon deuil de la fin de "Life on Mars" avec John Simm (alias le mec le plus anglais de l'univers) dont je suis complètement folle et ça fait bien rire Professeur Flaxou qui joue à l'autre bout de la pièce.


- Embrasse-la.

- Annie, I have to go.
- EMBRASSE-LA !! Ah il l'embrasse. Oh ça m'énerve. Sale pute.

(Non mais si je m'énerve c'est normal, deux saisons pour un bisou, c'est pire que Ross et Rachel. En plus elle est même pas tellement jolie. Elle est un peu potelée.
)

Donc oui, je peux être assez obsessive.
Mais là, il faut faire quelque chose. Il faut m'arrêter avant que je dépense tout mon compte d'épargne spécial "Un jour j'aurai une voiture comme dans Boulevard de la mort".

J'ai une tare, ou plutôt une sorte de particularité physiologique, qui fait que, quand j'entre dans un magasins de vêtements, j'achète uniquement des T-Shirts. Pas des pulls, pas des chemises, pas des pantalons, exclusivement des T-Shirts. Le reste, je l'hérite de ma mère (qui a tout de même une armoire normande pleine de tous ses habits depuis 1978, donc on va pas la plaindre pour trois jeans et deux pulls).

Jusqu'ici, je me disais que je contrôlais, que j'allais pas tomber dans l'addiction. Et c'est vrai, ma misanthropie naturelle agissait comme une barrière entre moi et des millions de T-Shirts à message humoristique. Ma haine naturelle du shopping, des centres commerciaux et des poufiasses H&M Mango Zara m'a empêché de tomber dans la spirale infernale.

Mais c'était jusqu'à ce que je découvre la magie d'Internet.

Des boutiques sans fin, de l'argent qu'on voit pas passer, en plus j'ai toujours la flemme de convertir les dollars alors je me dis que c'est pas cher, pas cher du tout, vive l'Euro fort et la crise des subprimes.


Et puis en fait non. Ce foutu dollar est quand même plutôt cher, et je vous raconte pas les frais de port pour faire venir mes super T-Shirts à la gloire des Monty Pythons de je ne sais quel coin reculé de l'Alaska.


Maintenant, j'ai assez de T-Shirts pour tenir tout l'été alsacien (du 15 juin au 12 août, à peu près, ensuite il se met à pleuvoir et ça s'arrête plus jusqu'à octobre, puis la pluie se change en neige et ça s'arrête plus jusqu'à mars, et ensuite la neige se re-change en pluie jusqu'en juin.) et cela en changeant de T-Shirt tous les jours.

Je suis une misérable.


Je sais que c'est pas si grave pour une fille normale, mais faut me comprendre. Ma garde-robe entière tient sur deux étagères, chaussures comprises. Alors pour moi, posséder plus de quinze T-Shirts, c'est comme une offense à ma religion. La religion du "utilisons cet argent pour acheter des trucs vraiment cool, genre des livres, ou de la viande crue."


Je viens à vous par ce bel après-midi en cherchant la rédemption.


Que quelqu'un m'exorcise.

mercredi 6 mai 2009

On m'appelle MONSIEUR PORC !


(lui c'est Richard II. Hmmmm sexy)


Oui bon je devrais dormir, demain j'ai littérature britannique à huit heures du matin. C'est bien, tu arrives, tu te poses, t'as encore des plis d'oreiller plein les joues, et on te balance :

Dishonourable boy!
That lie shall lie so heavy on my sword,

That it shall render vengeance and revenge

Till thou the lie-giver and that lie do lie

In earth as quiet as thy father's skull:
In proof whereof, there is my honour's pawn;

Engage it to the trial, if thou darest.


(Alors d'abord je suis pas un garçon, regarde trente centimètres au sud de mes yeux. Et puis déshonorable toi-même, moi aussi j'ai une épée, fais gaffe, elle est affûtée spécialement pour les zombies, mais je peux faire une exception pour des lords anglais, j'ai pas peur)

Bon, moi les tirades comme ça, je trouve ça magnifique
(sérieusement, hein). Mais à huit heures dix du matin, le jus de fruits est encore en train de se frayer un chemin jusqu'à mon cerveau, et on me dit tiens Charlotte analyse ce morceau, et la seule chose à laquelle je pense c'est : mais c'est quoi son problème avec les mensonges qui s'allongent là, il le répète tellement qu'on dirait mon 33 tours des Eagles sur la piste "Hotel California" (oui, pour ceux qui arrivent tout juste, mes parents étaient hippies, bien avant que je les connaisse)

Donc, certes, je devrais être en train de me reposer.


Mais Docteur House ça fait quatre épisodes qu'il dort pas
, et il arrive quand même à trouver le problème de la ballerine qui a sa peau qui se décolle.
(J'aime bien faire fac d'anglais, finalement. Comme ça je peux tous vous spoiler avant que les versions sous-titrées débarquent.)

Non mais je suis très contente de savoir parler anglais, sinon. Comme ça je peux me faire arnaquer en mode polyglotte, trop cool.


J'aurais pas cru que ce serait si compliqué de trouver un appart à partager à Londres par Internet.


- Bonjour, je suis Jessica Brown, j'aime la fête, mais aussi rester à la maison avec un verre de vin en lisant un bon livre, et je ne suis pas du tout un texte généré par ordinateur. J'ai un magnifique appartement pas loin de Victoria Station, seulement 350 livres tout inclus.

- Super, on peut visiter ?
- Oui, bien sûr. Il faut juste d'abord m'envoyer 1500 livres sur mon compte. Mais je te rembourserai, hein.

- Ah ouais, et comment je sais ça ?

- Attends, je t'envoie une photo de moi en train de cracher dans ma main.


Oui, parce que les preuves que j'ai reçu jusqu'ici, elles étaient à peu près aussi fiables. Si quelqu'un a une bonne adresse
(meilleure que Gumtree) je suis preneuse. Si quelqu'un est sur Londres en ce moment et veut bien me laisser loger chez lui pendant un ou deux mois, ça me va aussi. Je suis toute petite, je tiens sur un fauteuil. Un petit fauteuil. Un fauteuil Ikéa.





PS :
A la fin du dernier épisode, House se tape Wilson. Mais bon, on l'avait vu venir.


PPS :
Le lien du titre n'explique en rien le titre. Je vous aurai prévenus.

lundi 4 mai 2009

La perle du mois !



Et une écrasante majorité d'anti-roux :


11) - Pourquoi Jay est roux ?

- Dieu l'aimait un peu moins que les autres.



1) "J'ai envie de m'énerver. Je me suis pas assez énervée aujourd'hui, tout le monde m'aimait" Sarah

2) "Boyons ! Boyons à la santé de l'alcool !" Sarah


3) "Tu craquouilles ton slipouille" Sarah


4) "Tout le monde prend un tas. Et je parle pas de Charlotte" Sarah


5) "Rihanna je la taperais juste parce qu'elle est belle. Mais comme elle se fait déjà taper par son copain... ça va !" Sarah


6) "Les Italiens, c'est les Grecs de l'Ouest" Flavien


7) "Ça c'est pas un lapin de Pâques. Ça, c'est un lapin du bord de la route de Pâques" Flavien


8) "On doit entendre ça souvent aux réunions de l'ONU : la Corée invoque le droit de caca prout" Cyril

9) "Cargo ça veut dire voiture qui part ?" Flo


10) - Je suis viril !
- Non, t'es Cyril.

12) - C'est la nuit pour Elliott. Comme pour les perroquets.
- Pourtant toi, tu dors pas.

13) - Fais-moi un bisou.
- Tiens. C'est comme un bisou. C'est de la bave sur un bâton.

14) - J'ai même pas de pied de biche !

- Mais c'est pas grave, t'as des belles fesses.

15) - Je prends un regard méchant.
- C'est terrible, on dirait un cocker. (Marie)

16) - Tu m'aimerais quand même si j'étais un poisson rouge ?

- Je t'aimerais beaucoup plus. Tu parlerais pas !

17) - Ils sont où les jeux d'eau ?
- C'est pas ça, là-bas ?
...
- C'est le Rhin.

18) - C'était quoi l'incident avec le chien de Coralie ?
- Disons que je comprenais pas comment elle arrivait à m'embrasser et me lécher les couilles en même temps. (Jay)
- On veut pas savoir qui était qui.

19) - Non mais si toi t'es grosse alors nous on est quoi ?

- Toi t'es gros.

20) - Je veux pas devenir comme lui ! (pointant du doigt un Allemand mort de peur sur le Silverstar)
- T'inquiète pas, ma chérie : aucun manège ne peut rendre Allemand.

21) - Vu ton obsession pour les nichons, t'as dû avoir un traumatisme énorme dans ton enfance.
- Mon plus grand traumatisme, c'est quand je suis sorti avec toi.

22) - C'est bien un copain, ça sert de coussin.
- Toi par contre tu sers à rien.

23) - Tu me reproches de pas t'amener à Venise, eh ben ici c'est comme Venise.
- Y'a la musique de "Gladiator" à Venise ?
- Non. C'est pour ça que c'est encore mieux ici !

24) - Je me ferais bien gommer le cul.
- Il te faudrait une grosse gomme.

25) - Il gît. Tu l'as laissé gîre.

- Comme Richard ?

Et ma prof bulgare pour finir :

26) "Si vous comprenez tant mieux, sinon je vous invite à poser la question de comprendre"

27) "Je vous donne un par exemple"


28) "Il a écrit un cycle des sonnettes"

vendredi 1 mai 2009

Je fais le contrôle technique du couple




Et même de la musique ici !



Eh oui les gens, on est le 30 avril, et je suis clouée chez moi par la grippe mexicaine
(mais non c'est une blague, lis les PPPS enfin), donc vous n'y couperez pas.

(Mais en fait je suis sûre et certaine que vous êtes au moins deux ou trois à attendre ce jour avec impatience, avouez)


Donc, aujourd'hui, Professeur Flaxou et moi, ça fait trois ans. Quoi qu'il puisse en dire :


- Oh mais c'est trop compliqué ! Je sais jamais si c'est le 30 mars, ou le 30 avril, ou le 30 mai ! Comment tu veux que je m'en souvienne ! C'est tous les mêmes mois !


Oui, Professeur Flaxou n'a pas trop l'habitude de sortir de chez lui
(ou d'ouvrir les fenêtres), donc il ne remarque pas trop les changements de saison. Là, il vient de se rendre compte que c'est le printemps, parce qu'il est sorti une fois et qu'il est devenu aveugle à cause de son allergie au pollen. Donc je peux pas trop lui en vouloir pour mélanger un peu les dates. (On ne m'enlèvera pas l'idée que ce serait un peu crétin de fêter nos deux ans et onze mois, mais enfin bon)

Trois ans depuis ce dimanche soir glacial où t'étais tellement heureux parce que je t'avais laissé me toucher une fesse par-dessus ma culotte, mon collant, et mon pantalon. Il te fallait pas grand-chose à l'époque.


Et en trois ans, on a dormi ensemble, on a glandé ensemble, on a vécu ensemble
(en fait c'était juste une extension du "glander ensemble"), on est partis en vacances ensemble, on s'est fait des amis ensemble, j'ai même réussi à t'arracher à ton PC pour qu'on aille faire des balades ensemble.

Et puis je suis partie à Moscou et tu m'as manqué, et je suis partie en Pologne et tu m'as manqué de nouveau mais pas autant quand même.

Et quand je pense que là je vais m'embarquer pour plus d'un an en Angleterre, je t'avoue, ça me terrifie.


J'ai tellement pris l'habitude que tu sois là que je sais pas comment je vais faire quand tu seras plus là. Je me suis habituée au fait que tu sois le premier à savoir tout ce qui m'arrive : quand mon prof m'a énervé, quand je réussis mes examens, quand j'ai un nouveau grain de beauté sur le bras, quand je tombe malade, quand je vais mieux, quand j'écris une page de mon histoire qui piétine, quand je mange des chips, quand j'ai bu un coup de trop.


Je repense à Moscou et Lublin, et à comment pas un jour ne passait sans que je me dise "Fla aurait aimé ça" et où ça me faisait ce drôle de vide dans le ventre. Et pourtant, la Russie et la Pologne, ça t'aurait carrément pas plu, mais j'arrivais toujours à trouver quelque chose que j'aurais voulu partager avec toi, et je ne pouvais pas.


Et j'ai peur, si tu savais comme j'ai peur que l'Angleterre, ce soit la même chose puissance douze.


Je regarde les avions qui passent dans le ciel, et ça me fait ce drôle de frisson qui me donne tellement envie de faire mes valises. Je pense à mes deux mois à Londres, et à toutes les choses que j'ai envie de faire, et à tous les gens que je vais rencontrer, et à toutes les choses que je vais voir, que je vais apprendre, que je vais découvrir.
Et j'ai vraiment hâte de quitter la France, de quitter l'Alsace pour la première fois de ma vie, d'essayer de me trouver un autre endroit où vivre, de vivre cette aventure avant que je sois trop vieille, trop occupée, trop attachée à ma routine, trop attachée à toi.

J'ai envie de voir si je peux vivre sans toi, si je peux m'en sortir sans toi. Et alors peut-être que j'arrêterais d'avoir peur. Peut-être qu'un jour j'arrêterais de penser au jour où tu trouveras une fille qui te mériterait tellement plus que moi. Une fille qui s'énerverait jamais, qui ne t'exploiterait pas constamment, qui ne te frapperait pas dès que tu dis un truc qui lui plaît pas. Une fille qui ferait plus d'efforts, et qui ferait mieux la cuisine.


Et je sais que c'est stupide, parce que je sais qu'on est aussi tarés l'un que l'autre et qu'on ne trouvera personne d'autre pour nous supporter plus de trois semaines. Mais j'ai quand même cette peur au ventre.


Je sais que tu penses que tu m'aimes plus que moi. Je sais que tous nos amis pensent la même chose. Mais je peux te dire que c'est faux.

Parce que tu arrives à trouver ça mignon quand je m'énerve, parce que tu fais tout ce que je te demandes, parce que tu me trouves plus jolie sans maquillage, parce que tous les jours où je me réveille à tes côtés je vois cet air dans tes yeux qui me dit que tu es heureux que je sois là.


Et moi je fais pas ce genre de trucs. Soit.


Mais moi, le jour d'une attaque de zombies, je viens te chercher. Et je m'en fous si je meurs en cours de route, parce que ça vaudrait pas le coup de survivre si toi tu meurs. Pour toi, j'arrêterais de voyager, j'arrêterais mes études, j'arrêterais de lire, je te jure, j'arrêterais même de bloguer.
(bon il faudrait une situation avec un mec qui te pointe un fligue sur la tête et qui me dise "maintenant t'arrêtes de bloguer ou je le bute". Mais je le ferais).

Je sais que tu t'inquiètes un peu quand tu penses que je vais passer un an dans un pays où les gens ont un accent qui les rend tous irrésistiblement sexy à mes yeux
(même Tony Blair a l'air sexy pour moi, je vous jure, c'est une maladie). Mais je peux te dire que t'as rien à craindre.

Alors je vais partir, et tous les jours je trouverai sans le faire exprès un truc qui me fera penser à toi, et je me sentirai vide et creuse. Mais le reste du temps, promis, je m'amuse.

Et peut-être qu'on ne pourra pas être ensemble pour nos quatre ans, mais on se rattrapera l'année d'après. Et celle d'après. Et celle d'après y'aura pas besoin, mais t'auras quand même intérêt à m'amener au restau, parce que les fish and chips, ça va cinq minutes.


Joyeux trois ans, Professeur Flaxou. Zéro regrets, zéro remords, dix-sept bouquets de fleurs et deux disputes au compteur. Je pense qu'on tiendra encore un bout de temps.










(Des sacs à vomi sont disponibles sous vos sièges)