vendredi 27 novembre 2009


(Ouais ben ils se gelaient peut-être les fesses mais ça pouvait pas leur faire de mal)



Les enfants anglais sont mal élevés.

Peut-être que c'est mon éducation germanique, peut-être que c'est parce que je suis allée dans une école privée jusqu'à mes 15 ans (où porter un débardeur te donnait trois jours d'exclusion et où le plus gros mot utilisé c'était "prout"). Ou peut-être que c'est juste parce que le système éducatif anglais est POURRI.

- Sue, écoute, ça va plus, Louise a refusé de lire à son tour, et puis elle s'est levée et elle est partie de la classe sans permission, pour aller écumer les couloirs en hurlant que l'école c'était de la merde.
- Oh, oui, elle m'a raconté. Mais tu sais c'est une petite fille très timide...
- Ah oui, j'ai bien vu ça quand elle m'a crié devant le reste de la classe "de toute façon le français ça sert à rien c'est de la merde je me casse de ce cours pourri".
- Oui mais tu sais elle a des problèmes à la maison. C'est pas grave, je te l'enverrai plus.

Et là j'ai un peu envie de dire : ah mais oui c'est sûr, ça va résoudre tous les problèmes.

- Et sinon, comme système de sanctions, vous avez quoi ?
- Comme système de quoi ?

Vous vous souvenez quand j'avais dit que les Anglais étaient gentils ?

- Non, nous on marche à la récompense. S'ils ont des bonnes notes, ils reçoivent une gomme.

OK. Et les vingt-cinq autres ? Les Ellie et les Callum, qui me regardent avec des yeux de mérou dès que je leur pose une question et qui me disent "Dunno, wot do I care, no' my fockin' problem" à chaque question ?

- S'ils sont méchants, on les vire de la classe.

Là tu te dis ah quand même. Un système de punitions. On vire l'élève de la classe, il va chez le proviseur, ou chez le CPE pour un avertissement, ou on écrit un mot à ses parents. Eh bien non ! Non non ! Ce serait de l'abus, vous pensez bien, on aurait Amnesty International sur le dos.

Non, à la place, le gamin il reste dans le couloir, mais il loupe une super opportunité d'apprendre des choses très intéressantes. Comment il doit trop avoir la rage. C'est une bonne leçon d'apprise, dis donc. On ne l'y reprendra pas de si tôt à perturber le cours, s'il sait qu'ensuite il doit louper toute cette super conjugaison du subjonctif.

- Non mais s'ils font des choses graves, on a des heures de colle, hein.

"Choses graves" : insulter un prof, ou se battre avec un autre élève (peut-être que s'il tue quelqu'un il aura même deux heures de colle, parce que quand même ça déconne pas).

Et sinon les heures de colle, c'est ça : ils arrivent dans la classe, se posent dans une chaise avec un air de moi je prends d'ordres de personne je suis Lorenzo Lamas, ils mettent leur Ipod et ils attendent. Dans mon ancien lycée, ils te faisaient décoller tous les chewing-gums des dessous de tables (en plus c'était bon pour l'environnement).

- Oui mais quand même c'est une super punition : ils finissent à 16h au lieu de 15 ! Ils auront presque pas le temps de faire leur un paragraphe de devoirs !

C'est qu'on les submerge de travail, les pauvres chous. Surtout les grands.

- Oh là là Charlotte, je pourrai pas venir à ton cours, j'ai vraiment trop de boulot. Je dois traduire ce texte du français à l'anglais, y'a genre une-demi page, tu te rends compte ! En plus je passe bientôt mes A Levels (équivalent du Bac), je sais pas comment je vais faire pour tout réviser, j'veux dire j'ai quand même quatre matières quoi.

(Là c'est le moment où je calcule mes options de Terminale et que je rigole d'un air jaune. Genre. Vous y croyez ? En Angleterre, c'est NOUS les bourreaux de travail. Nous. Les FRANÇAIS. "Bonjour, on fait grève" les Français.)

Donc les enfants Anglais sont mal élevés.

Je blâme pas les parents (encore que s'ils laissaient pas leurs gamins devant la télé toute la sainte journée, ça les tuerait pas non plus). Je blâme le système.

Je suis pas Française pour du beurre non plus.



(Mais des fois, j'ai des gamins comme Matthew. Qui, quand je lui dis "Qu'est-ce que tu fais généralement le soir" me répond "Je mange la vionde ! Oui beaucoup la vionde ! Jamais légumes ! J'ai attrapé le renard !" et quand j'ai fini de rire il me fait un sourire et me dit "J'adore le Charlotte !" Et rien que pour ça j'ai la force de tenir une journée sans taper sur tous les autres.)

samedi 21 novembre 2009

"Do you have a toolbox?" "Oh yes, I'm quite the woodsman"


Ils connaissent même pas l'aquarium, la hoooonte.


Bon, il faut que je rétablisse la vérité.

Là vous avez lu mon dernier article et vous vous êtes dit : "God my oh, ces Anglais sont décidément des gens formidables, je veux me faire naturaliser et manger des haricots en boîte pour le restant de mes jours".

Donc avant que vous ne fassiez une erreur (jetez un œil à leur rayon "pain" avant de prendre toute décision irrationnelle) je veux rectifier juste un truc : les Anglais sont des arriérés.

Je ne parle pas de culture, parce que franchement sur ce point-là on est pas les mieux placés pour parler (non mais vous avez entendu parler les gens de Secret Story?) mais je parle d'avancées technologiques (et aussi de mode, mais bon je ne vais pas trop frotter ma supériorité française sur eux pour ce coup-là.) Non, vraiment, au niveau technique, ca fait deux mois que je répète à qui veut l'entendre "Mais qu'est-ce que c'est que ce pays, bon dieu mais qu'est-ce que c'est que ce putain de pays".

Déjà, pour commencer, les Anglais ont pas inventé l'eau tiède. Au sens propre. Sur les lavabos anglais, il y a deux robinets : un pour le chaud, un pour le froid. Donc soit on se crame au troisième degré dès qu'on se lave les mains, soit on s'expose à des bactéries boostées au froid dès qu'on se nettoie le visage. Et là je me dis : est-ce que ça relève vraiment du niveau de la physique nucléaire pour bricoler un robinet qui fasse de l'eau à température graduée ? Même au fin fond des montagnes alsaciennes en 1992, on avait déjà des robinets bifonction (et je vous parle d'une maison dont le jardin était régulièrement envahi par les sangliers. Sérieusement.)

Vous ne me croyez toujours pas ? Vous pensez toujours que les Anglais sont à la pointe de la technologie moderne juste parce qu'ils ont l'Iphone? Très bien. Un autre exemple : Edwina est partie en vacances et m'a laissé l'intendance de la maison (epic fail).

Elle a une chaudière un peu...disons archaïque, que je savais opérer uniquement par le biais du bouton "ON/OFF". (C'est que je suis pas non plus Bob le Bricoleur, moi). Or donc, les maisons en Angleterre sont tellement mal isolées (autant vous dire que le double vitrage, c'est un concept à peu près aussi répandu que celui du skateboard volant) qu'il fait aussi chaud dehors que dedans. Or, évidemment, climat océanique et tout ca, il fait 15 degrés dehors, mais bon, dedans, on se les gèle un peu.

Donc je suis allée allumer le chauffage et il m'a dit va te faire foutre. Alors j'ai appelé Edwina qui a appelé son papa qui bosse dans les chaudières, et il est venu jeter un œil (ne rêvez pas, c'est une image).

Et vous savez pourquoi elle marchait plus, la chaudière ? C'est parce que le vent s'était engouffré par la cheminée et qu'il avait soufflé la flamme.

Ces gens vivent à l'âge féodal, c'est pas possible.

Si ca ne suffit pas à vous convaincre (peut-être que vous aussi vous vivez empêtré dans la boue en prenant des douches froides) voici qui devrait vous rallier définitivement à ma cause : en Angleterre, l'Internet illimité, ca ne va pas de soi.

Genre moi j'ai attendu comme une folle pendant un mois vide de sens, recroquevillée sur mon tapis mou en position fœtale, à ma répéter "J'ai loupé encore un épisode de Big Bang Theory, ma vie n'a plus de but, je sombre dans un gouffre de désespoir et de haine." Finalement, et après les déboires que vous connaissez, Edwina m'a dit "Eh ca y est on a Internet".

Joie.

Joie de voir ma petite icône s'éclairer d'une boule bleue au lieu de cette vilaine croix rouge qui m'avait nargué des semaines durant. Donc moi je mets mes séries sur le feu, normal, je laisse tourner l'ordi jour et nuit, normal.

Et deux jours après Edwina vient me voir en me disant "Au fait on a 14 heures par semaine, je me suis dit que ce serait amplement suffisant."

Aha. Aha aha. (Genre j'ai pas du tout pulvérisé les 14 heures en un jour et demi).

Donc je me suis traînée aux pieds d'Edwina en hurlant pitié pitié, je ferai tout ce que tu veux, je creuserai la terre jusqu'après ma mort pour couvrir ton corps d'or et de lumière, mais je t'en prie, trouve-moi de l'illimité.

J'ai payé une fortune mais maintenant au mois je peux passer des heures sur Skype avec Professeur Flaxou, à avoir des discussions romantique sur notre future maison (our house, in the middle of the street our house, genre on est des hippies on s'en fout si des camions passent à travers.)

- On aura un grand jardin ?
- Tout ce que tu veux ma chérie.
- Et une grande bibliothèque avec des fauteuils en cuir, comme les riches dans les films de riches?
- Si tu veux.
- Et des balançoires, pour les enfants ?
- Mais oui.
- Et un énorme lance-flammes monté sur un camion blindé, pour les zombies?
- T'es la femme de ma vie.

mercredi 18 novembre 2009

brève éducative

Professeur Flaxou rigole beaucoup quand je lui raconte mes journées :

- Et alors là je lui ai dit non Ellie, tu ne peux pas continuer à confondre l'infinitif et le participe passé ! En France on t'aurait déjà fait redoubler, jeune fille ! J'en ai parlé à Becky pendant la pause déjeuner et elle m'a dit qu'elle était toujours comme ça pendant ses cours à elle. Je te jure, ils sont mignons mais ils m'épuisent.

Ca oui, ils m'épuisent.

Quand je suis partie j'avais 21 ans, là j'ai la soixantaine.

Je regarde mes élèves, les petits anges, et je me dis Hitchcock mon Hitchcock, mais non ce n'est pas possible, la jeunesse a changé, on était pas comme ça à leur âge.

Les filles ont des leggings et des mèches décolorées-déstructurées-dématérialisées qui leur mangent tout le visage, je sais même pas comment elles peuvent marcher sans se prendre des murs. Les garçons ont des mini-crêtes et quand ils rigolent on voit le flash de leur appareil dentaire.

Ils sont plein de boutons et se rongent les ongles, ils s'étalent dans leurs chaises et font des airs boudeurs parce que c'est mystérieux, ils gloussent dans tous les sens quand je dis "chaque" parce que ça sonne comme "shag", et quand ils sont amoureux en secret, c'est mignon de voir à quel point c'est évident.

Et ils ont des habitudes quelque peu... étranges.

- Que fais-tu pendant ton temps libre ?
- Je vais au parc.
- Oui, comme les cinquante autres depuis le début de la semaine à qui je pose la question. Et tu fais quoi au parc ? Tu joues au foot, tu fais la course, tu jettes des cailloux dans la rivière ?

Là c'est le moment où la gamine essaye de se cacher encore plus derrière sa mèche, mais ça fait déjà dix minutes que je vois plus ses yeux.

- Nan, on fait ... rien.
- Rien ? Genre vous vous retrouvez tous, vous vous asseyez en rond et vous restez chacun prostré dans le silence complet jusqu'à la tombée de la nuit ?
- Nan, on... discute.

Genre.

- Tu sais, moi aussi j'étais jeune il y a quelques années.
- Ah bon ?

Y'a des fois, c'est des petites phrases, mais ça fait mal quand même.

mardi 17 novembre 2009

I'm bad, oh yes I'm bad


"Ah là c'est sûr, elle va beaucoup moins bien rouler"



Je crois que les Anglais sont génétiquement incapables d'enfreindre la loi.

C'est bizarre. Je pensais que c'était que les Allemands qui étaient comme ça.

(Oui, habiter une région frontalière vous fait découvrir certaines différences. Pas seulement du genre "oh tiens y'a encore des femmes qui ne se rasent pas sous les bras, c'est ... courageux". Du genre les gens qui se figent au milieu du trottoir quand le bonhomme passe au rouge, peut-être les voitures allemandes elles ont pas de pédale de frein, on sait pas trop.)

Donc c'est peut-être quelque chose de germanique que nous autres latins sont incapables de comprendre. Ou c'est peut-être juste qu'on est considérés comme les plus gros connards d'Europe, et que je comprends enfin pourquoi.

Putain, les mecs, les étrangers sont sympas. Je sais enfin pourquoi y'a des gens qui s'acharnent à pas les laisser rentrer chez nous. C'est parce que s'ils restent trop longtemps et qu'ils passent le facteur touriste, on comprend qu'en fait ils sont vachement plus cool que nous.

Le facteur touriste, c'est ce qui transforme tous les gens en vacances dans un coin étranger en gros blaireaux. Ce qui les fait marcher le nez en l'air au milieu de la rue genre "non non y'a pas de voitures derrière moi qui doivent aller au boulot", ou le paradoxe qui les fait croire que parler la langue de l'autre pays, c'est parler sa propre langue mais en gesticulant et en hurlant très fort. Me faites pas croire que vous l'avez jamais fait.

(Moi en Allemagne je fais comme tous les frontaliers, je prends les verbes français et je rajoute -en à la fin en espérant que ça marche. Ma soeur a un jour beaucoup fait rire une vendeuse allemande en brandissant un peignoir sous son nez tout en criant "Echangieren ! Echangieren !")

Donc oui, les Anglais en vacances sont une plaie. Ils parlent trop fort, ils font pas d'effort pour parler français, ils se biturent la gueule et viennent vomir au pied de ton immeuble. Mais en Angleterre, ils sont vachement plus gentils. (Et ils vomissent au pied de leur propre maison)

Ils sont tellement gentils qu'on aurait presque envie de profiter de leur système.

Par exemple, un exemple. En Angleterre, les billets de train coûtent cher. Très, très cher. Mais les prix changent : plus on attend et plus c'est cher. Genre un Londres-Kettering me coûte 3 £ avec un mois d'avance, mais 48 £ si je prends mon billet au guichet le jour même. J'appelle ça un crime contre la spontanéité romantique. Et sur mon échelle, c'est presque le crime le plus haut. Il est juste entre le crime de raconter ce qui se passe dans les épisodes de séries qu'on a pas encore vus, et le crime de ne pas savoir utiliser le subjonctif. ("Il faut qu'il voye". Franchement. Coupez-lui la tête.)

Du coup, pour mon week-end à Londres, j'avais pris mes billets très à l'avance, en sachant que ma maman repartait dimanche matin, et donc j'étais censée repartir le dimanche matin aussi, mais pas dans la même direction (vous suivez ?). Seulement, deux jours avant mon départ, ma maman m'a appris que son avion avait été changé au dimanche soir, pour cause de mail qu'elle avait reçu trois semaines auparavant et qu'elle n'avait pas lu jusqu'au bout.

- J'ai vu écrit "IMPORTANT : MODIFICATION DE VOS HORAIRES" en grosses lettres clignotantes en rouge, alors je me suis dit que c'était pas la peine de tout lire. Ils auraient pu m'appeler quand même. Je suis pas devin.

Du coup ça coutait 10 £ pour changer mes billets à 5 £, alors j'ai fait un truc de Française normale : j'ai décidé de frauder.

- Je prends mon billet qui n'indique que la date, et l'autre billet qui indique l'heure et le numéro de siège, je le jette, et je dis que la machine m'en a donné qu'un. Et d'abord en France on n'a qu'un seul billet. C'est votre faute, au fond.

Edwina était horrifiée.

- Mais mais, tu peux pas faire ça !
- Et pourquoi pas ? Ils vont pas me mettre en prison. Au pire je leur réclame l'asile politique pour cause de ne pas pouvoir vivre dans un pays gouverné par une tête de con.

Mais en fait ce n'était pas le côté pratique qui l'inquiétait.

- Mais non, mais tu peux pas, c'est ... C'est MAL !
- Ben quoi, t'as jamais rien fait de mal de ta vie ?
- Mais mais... pas contre les autorités !

Pour le coup, je blâme l'histoire. Les Anglais ont un problème avec l'autorité. Ils savent jamais quand c'est le moment de la défier. Nous, dès qu'il y en a un qui nous emmerde, on lui flanque la tête sur une pique en scandant "Antisocial tu perds ton sang-froid". Eux, ils boivent du thé dans leur salon moelleux et ils disent à voix basse "Quand même je suis pas tellement d'accord, oh."

(Les Anglais, ils célèbrent quand même le 5 novembre, jour de l'attentat raté de Guy Fawkes contre le roi d'Angleterre. Mais c'est pas comme chez nous : eux, ils célèbrent le fait que l'attentat ait échoué et que le roi ait continué de vivre. Sans la tête coupée ni rien. Ces gens sont fous.)

J'avais déjà remarqué ce truc d'obéissance quand j'ai pris le train pour aller voir Adèle à Newcastle. Quelques minutes après que je sois montée dans le train, un contrôleur est passé en disant "Les gens qui sont montés à Kettering, montrez-moi vos billets." Et là tout le monde a commencé à lui lancer ses billets en criant "Moi ! Moi ! Je suis monté à Kettering ! Regardez comme je suis bien en règle !" et déjà à l'époque je m'étais dit : "Huh?"

Finalement, le dimanche, il y avait des problèmes de trains annulés (comme tous les week-ends à Londres) et personne ne m'a contrôlée.

La prochaine fois, j'essaye sans ticket. Juste pour voir comment ça se passe. Au pire j'irai dans une prison anglaise.

- Veuillez ne pas sortir de votre cellule.
- Y'a pas de verrou sur ma porte.
- Ben oui, y'en a pas besoin. Vu qu'on vous a demandé de ne pas sortir.
- Ah oui, suis-je bête.

lundi 9 novembre 2009

No, not now.... I mean eventually !


Je me meurs.

Et ce n'est pas "je meurs doucement à chaque seconde passée loin de Professeur Flaxou gna gna gna". C'est "je meurs d'une bronchite dopée à la vache folle".


Ça fait une semaine que je tousse mes entrailles et que je me shoote au sirop sans sucre (c'est genre "goût vomi" mais pour que ce soit plus acceptable ils ont rajouté un goût menthol par-dessus. Et c'est pire.) Et une semaine que je bouffe des Strepsils à la chaîne.


- T'es au courant que c'est des médicaments ?
- Rôh l'autre eh, n'importe quoi. C'est des bonbons. Des bonbons pour la gorge, comme les bonbons au miel des Vosges de la pharmacie de Kaysersberg.

- Ils avaient des antiseptiques dedans, les bonbons au miel ?
- Bah non, là-bas le seul antiseptique c'était le schnaps. Il est bête celui-là.

Donc ah oui tiens, les Strepsils ont des antiseptiques dedans. Ma gorge doit être super propre, mais la toux s'accroche. Je peux pas parler plus de dix minutes sans commencer à faire des quintes de toux ambiance "bonjour, j'ai une pneumonie et je vais crever comme un chien sur votre carrelage". Autant dire que pendant les cours, ça la fout mal.


- Je fais natachieun.
- Je fais DE LA nataTION.
- Je fais la natachieun.
- Pas loin. Mais si je parle encore je vais me mettre à cracher du sang, alors on va dire que c'est bon.


Maintenant mes élèves n'osent plus m'approcher parce qu'ils pensent que j'ai la grippe du porc. J'ai beau leur dire que j'ai pas de fièvre et pas de courbatures, eux on leur a appris que les symptômes diffèrent pour chaque cas. (Et là je dis, bravo le ministère de la Santé, dans le genre "ceci est une autorisation de flipper au moindre rhume", on a rarement fait mieux).


Donc ce matin j'en ai eu marre et j'ai appelé le docteur.


- Laissez-moi deviner : vous pensez que vous avez la grippe.

- Euh non.
- Félicitations, vous êtes la première. Alors c'est pour quoi ?


En Angleterre les médecins te demandent pourquoi tu viens chez eux.
Je sais pas trop, c'est peut-être un concours. Genre tu viens chez lui en disant "J'ai une bronchite" et à la fin de l'examen il te dit "Ah ah gros loser, tu racontes n'importe quoi, t'as une angine" (ou bien "Oui c'est une bronchite, pourquoi t'es venu me faire perdre mon temps connard").

Mais je trouve quand même pas ça très juste, parce qu'après tout, le médecin, il est allé à l'école de médecine (on espère) et moi je suis juste allée à l'école Docteur House (du coup je sais diagnostiquer que les maladies auto-immunes).


Donc je suis arrivée et (ces gens sont fous) y'avait un écran noir dans la salle d'attente qui dispatchait les gens dans les différentes salles en faisant BIIIIP. Je me suis rappelée la France, avec les salles d'attente pas automatiques, le contact humain tout ça, et je me suis dit que, quand même, on doit vraiment passer pour des primates à l'étranger.

Du coup ma docteur (c'est vraiment dégueulasse ces mots qui n'ont pas de féminin) m'a examiné et m'a dit "Non non tout va bien" pendant que j'étais en train de cracher des bouts de poumon dans mon mouchoir.

Soi-disant que c'est juste un virus des bronches qui partira tout seul d'ici trois à quatre semaines, et soi-disant que les quintes de toux de la mort, c'est en fait pas la mort.

Ouais.

La docteur avait quand même l'air de penser que j'étais une chochotte. Peut-être que les Anglais sont moins bien remboursés par la Sécu, et que du coup ils ne vont pas chez le docteur dès que leur caca change de couleur. En tout cas ça expliquerait certaines questions :

- Est-ce que vous crachez du sang ?
- Hein ? Heu non.
- Ah bon ! Ah ben alors pourquoi vous êtes venue ?

C'est des durs, dans le coin. Ils mangent des cactus au petit déjeuner.

- Prenez du sirop et rentrez chez vous.
- Quoi ? Pas d'ordonnance ? Pas d'opération ?
- Bonne soirée.
- Même pas une petite IRM ?
- J'ai dit bonne soirée !

La curiosité médicale se perd.



(Docteur House, lui, il m'aurait fait une IRM.)

lundi 2 novembre 2009

And though you're gone, you're with me every single day believe me



AVERTISSEMENT : Ceci est un article pas rigolo. Cachez votre joie.



Je peux pas me sentir bien dans un endroit sans qu'il vienne tout pourrir.

Avant j'étais bien à Kettering. Je mangeais des tourtes, je prenais le bus, je regardais des séries sur mon PC sans Internet, je regardais la télé anglaise, je lisais les Harry Potter pour la toute première fois de toute ma vie.


(Oui, j'ai cédé à l'instinct grégaire. Après une résistance de 10 ans, je me suis dit que j'en avais marre des gens qui me disaient han, mais t'as pas lu Harry Potter-an ! Donc voilà. J'en suis au tome 2 et c'est pas trop mal, mais ça battra jamais la Croisée des Mondes. Na.)


Avant mes journées s'écoulaient normalement, avec des minutes normales qui se comportaient comme des minutes. Et voilà que l'autre se pointe pour une semaine.

Déjà, ça m'a déréglé mon temps. Il arrive et paf, toutes mes heures se changent magicalement en minutes. Mon calendrier me dit "une semaine", moi je dis "t'as craqué ton slip ça fait que deux heures", mais c'est pas la peine, le calendrier gagne toujours.


Mais ça c'est même pas le pire.


Le pire c'est qu'avant, j'étais heureuse ici.


Je m'étais habituée à vivre comme une célibataire, à dormir seule, me lever seule le matin, manger mes repas devant la télé avec Edwina, passer mes soirées en pyjama à regarder Les Ailes du Désir par tranches de trente minutes (sinon je m'endors).

Et j'aimais ça. J'aimais mon indépendance et la rapidité de mon acclimatation (bon en même temps l'Angleterre c'est pas le gouffre spatio-culturel non plus, mais quand même), j'aimais marcher par les petits chemins pour aller à la bibliothèque avec le vent qui faisait souffler les feuilles mortes, j'aimais lancer du pain aux écureuils et me dire qu'un jour je les apprivoiserais et ils seront mes amis.

Je faisais de mon mieux pour oublier ma vie d'avant, ma famille, Sarah. Je faisais mon possible pour oublier que j'étais une moitié de couple. Et ça marchait. J'avais réussi à redevenir une personne entière.


Et puis il est arrivé pour la semaine, et dès que j'ai senti sa main sur mon épaule, sur le quai de la gare, j'ai su que c'était foutu.

J'ai retrouvé d'un seul coup tout ce que je m'étais forcé d'oublier : ses baisers dans le cou, ses yeux qui me font me sentir belle, son bras autour de ma taille quand je m'endors, ses mots d'amour, ses blagues pourries, son coeur qui bat contre mon oreille, sa tête posée sur ma poitrine, ses gestes spontanés et désespérément romantiques, sa façon de me dire "je t'aime" après que je lui dise "j'ai faim".


J'ai retrouvé tout ce qui en lui me faisait me sentir complète, entière.

On est allés à la plage, on a passé des heures à ramasser des cailloux qui avaient une jolie couleur, une drôle de forme, ou l'empreinte d'un coquillage. On a essayé de faire des ricochets mais laisse tomber avec les vagues. On est allés à l'arcade et j'ai perdu deux Livres dans des machines à sous du diable, on a mangé des crêpes pas bonnes et rongé des côtes de porc avec les doigts, on a sauté à pieds joints sur le lit de l'hôtel juste parce que c'était pas le nôtre et qu'on s'en foutait de défoncer les ressorts, on a joué à Mario Kart dans le train et j'ai perdu, et il a rigolé quand je me penchais dans les virages et que je lui tombais dessus.


Hier soir, j'ai posé la tête dans le creux de son bras, et j'ai compris ce qui allait se passer.
J'ai compris que, tous les mois, j'allais avoir le coeur brisé en rentrant dans ma chambre vide, et qu'il me faudrait des semaines pour arrêter de le voir partout et de penser à lui à chaque putain de seconde. Que chaque mois, il faudrait que je recommence le mensonge élaboré que je peux être heureuse en étant éloignée de lui plus de vingt-quatre heures, et que je n'ai pas besoin de compter les jours qu'il me reste avant la prochaine fois juste pour ne pas tomber en dépression.

Je ne regrette pas d'être partie. J'aime ce pays, j'aime mon travail, j'aime ma maison. Et j'espère pouvoir encore passer du temps dans d'autres pays.
Mais plus sans lui.

Hier soir il m'a regardé dans les yeux et m'a dit "Quand nos études seront finies et qu'on pourra être ensemble tout le temps, on devrait se marier". Je lui ai demandé si c'était une demande officielle. Il m'a dit "Si tu veux je peux me mettre à genoux devant le lit, en caleçon, les genoux dans tes vieux mouchoirs pleins de morve, et te dire "Ma chérie, j'ai pas de bague mais veux-tu m'épouser dans six-sept ans, par là ?". Moi je m'en fous, je le fais."


Et d'un seul coup, je me suis dit : moi aussi, je m'en fous.


Je m'en fous de la séparation, je m'en fous de passer le reste de l'année à le voir trois jours par mois, je m'en fous de me sentir seule, je m'en fous qu'il me manque, je m'en fous de souffrir.


Parce qu'au fond, un an, sur une vie, c'est rien.




PS : "Sarah ? J'ai un truc à te dire. Logiquement, tu dois le dire à personne, même pas à Flo...

...Mais bon, ça va aller sur mon blog de toute façon.
"