jeudi 29 mai 2014

Chim chimney chim chimney chim chim cheree, a sweep is as lucky as lucky can be

Quand j’étais petite j’habitais au cœur de la montagne (enfin pas tout à fait mais c’était le début des Vosges quoi) et du coup j’ai eu une enfance de petite sauvageonne, passée à courir dans la forêt et à se rouler dans la boue avec les sangliers, c’était le Bonheur total tu t’en doutes.

J’ai gardé de cette enfance un penchant pour les balades dans la forêt et un amour immodéré des arbres (je grimpe plus dedans sinon je me pète les genoux, mais je leur fais encore des câlins dès que l’occasion se présente).






(Preuves à l'appui)

Mais j’ai surtout gardé de cette enfance montagnarde des souvenirs bien spécifiques, et que seuls les autres enfants de la montagne (ou de la cambrousse, à la limite) peuvent connaître.

Par exemple, la maison de mes parents est bâtie sur l’ubac (oui, être une enfant de la montagne, ça veut aussi dire savoir faire la différence entre l’adret et l’ubac, paye tes 20/20 en géographie) et du coup je sais mieux que personne savourer la joie du rayon de soleil qui traverse ton jardin entre 16h et 17h30 les jours d’été (entre le moment où il quitte enfin le versant d’en face et le moment où il va se cacher derrière le sommet de ta montagne). D’ailleurs, à cette époque, ma sœur et moi on passait nos journées d’été en mode :


Au taquet avec les matelas d'un côté et l’huile solaire de l'autre, à guetter les premiers rayons qui touchaient le coin de la terrasse, pour se jeter dessous au plus tôt et maximiser le temps de bronzette.

(Il était loin, le temps de la vie au pays du cancer de la peau et du tartinage de protection 50 même pour aller faire les courses.) (Oui, car d’après Professeur Flaxou, t’as le temps de choper un mélanome rien que sur le parking.)

J’ai aussi une bouffée de nostalgie dès que je rentre chez mon père l’hiver et que j’entends la douce mélodie du :

- Éteins la lumière, y’a EJP !

Ça marche aussi avec « ce soir on fait de la pizza, c’est EJP » (le four est au gaz) ou encore « Qui a mis le chauffage dans la salle de bains, t’es pas fou non c’est EJP ! »

(EJP, c’est une formule EDF où on paye l’électricité moins cher toute l’année, mais en contrepartie y’a 22 jours dans l’année ou l’électricité coûte sa race. Et comme chez EDF c’est pas des foufous, ils font tomber tous les jours EJP en hiver, là où tu consommes le plus d’électricité.)

Du coup, mes souvenirs d’enfance hivernaux sont remplis de soirées pizza et jeux de société (parce qu’on ne pouvait pas regarder la télé ou lire) éclairées à la bougie, et où tout le monde trichait en profitant des coins de table sombres.

(Oui Mélanie, c’est à toi que je m’adresse. Décembre 1995, tu crois que je t’ai pas vue chourer le fils du Boulanger dans la pioche juste pour pouvoir compléter ta famille ?)

Mais le meilleur souvenir de mon enfance montagnarde, c’est sans conteste le chauffage au bois.

On avait EJP et on avait une parcelle de forêt avec plein d’arbres gratos dessus, donc le calcul était vite fait, à la maison, c’était bois, bois, bois. (On avait un poêle dans la cuisine, un poêle dans la cave, et une cheminée dans le salon, ça manquait pas de fournaises je peux t’assurer.)

Alors du coup, j’ai connu les horreurs du chauffage au bois : se réveiller grelottante dans une chambre gelée (big up si tu connais la technique de t'habiller sous la couette pour pas perdre des orteils dans le processus) ; se cramer les mains en mettant des bûches dans le feu ; et toute cette putain de motherfucking CENDRE partout, je te jure des fois j’en cauchemarde encore la nuit.

Mais tous ces inconvénients n’étaient rien face aux joies du chauffage au bois : la chaleur qui vient pulser sur ton visage, la lumière des flammes, la bonne odeur de fumée, les pommes de pin qui éclatent, faire griller des marrons dans la cheminée, se faire rôtir les mains en poussant des brindilles dans le feu, l’odeur délicieuse de la première allumette craquée le matin…

(Nan j’ai pas du tout des penchants pyromanes, qu’est-ce qui te fait dire ça ?)

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours adoré le feu. C’était même mon centre de préoccupation principale (avec la bouffe). Je rampais toujours vers la cheminée pour toucher les flammes, et ma mère me tirait toujours de là en me disant « Non Charlotte ! Pas toucher ! C’est chaud ! Chaud ! ». Or donc, un beau jour qu’elle me remontait les bretelles de la sorte, j’ai hoché la tête gravement et j’ai pointé mon petit doigt potelé vers la cheminée en disant « Sssôôô ». Et c’était mon premier mot.

(Oui j’avais un cheveu sur la langue quand j’étais petite. Mais en contrepartie, j’ai toujours été très fortiche pour prononcer le « th » anglais qui donne tant de peine aux petits Français, alors voilà, justice pour tous.)

Après, j’ai déménagé à Strasbourg, et j’ai dû me chauffer avec des radiateurs électriques sans âme et sans odeur, et je mourais un peu à l’intérieur dès que je me retrouvais à tourner leurs diaboliques boutons au lieu de faire chanter la poésie des allumettes (mais bon c’était ça ou crever de froid, et je reste un cul gelé avant tout).

Alors, à mon arrivée en Nouvelle-Zélande, tu peux imaginer ma joie quand on est allés visiter ce qui allait devenir notre maison, et que j’ai vu la cheminée qui trônait dans le salon.

En gros, notre coloc nous a fait asseoir dans le salon et a commencé à nous parler de places de parking et autres jours de poubelles, et moi j’étais posée sur le canapé comme ça :


Et puis soudain, c’était enfin mon moment :

- Voilà, je crois que c’est tout. Vous avez des ques….
- LA CHEMINÉE ELLE MARCHE OU PAS ?

Et là, Maria a répondu :

- Non.


(Horreur, fureur, malheur.)

S’en est suivi un hiver entier à gémir :

- Mais putain mais qu’est-ce que c’est que ce pays de merde il fait tellement froooooiiiiiid et tellement humiiiiiiiide ! Si seulement cette cheminée marchait on pourrait faire du feu et ce serait tellement bien et la vie serait un champ de fleurs, mais non ! Non non non ! Il faut toujours qu’il y ait un problème ! Après tout dieu sait que ce serait trop demander d’être heureuse UNE FOIS dans ma VIE !
- Qu’est-ce que tu marmonnes ?
- Rien.
- J’ai ma mère au téléphone, elle dit qu’en Alsace ils ont une canicule. 34 degrés, ils savent plus où se mettre!


- Ben quoi, j'ai dit une connerie ?

Et puis les beaux jours sont revenus et j’ai quitté mon humeur morose (faut dire aussi que ça aide le moral de  ne plus devoir porter des vêtements humides toute la journée).

Et, un beau jour d’été, alors que je discutais avec Maria :

- Le linge sèche tellement vite, c’est un régal ! Cet hiver je devais le suspendre au-dessus du radiateur, sinon au bout de 3 jours il était toujours humide.
- Oui, pareil pour moi. Si seulement la cheminée marchait, on pourrait mettre le linge à sécher près du feu.
- Oui, mais elle est juste décorative, non ?
- Non non, c’est une vraie cheminée, mais la proprio m’a dit qu’il y avait des fissures, donc on ne peut pas faire de feu.



- Attends: ça veut dire que si on fait réparer les fissures, on aurait une cheminée en état de marche ?
- Ah, je suppose que oui.

(Sans déconner.)

Après quelques pourparlers avec la proprio, elle a donc accepté de payer les réparations, et tu sais ce que ça veut dire?

Ça veut dire qu'on va pouvoir faire du feu!

JOIE ET BONHEUR.


C'est donc par un petit matin glacial que le réparateur de cheminée est venu colmater nos fissures. Et quand je dis "petit matin", le mec s'est pointé à SEPT HEURES ET DEMIE. En plus j'étais la seule à la maison, donc j'étais obligée de me lever (galère horrible) (surtout qu'on se caille les meules et qu'on peut pas faire de feu).

C'est bon, je comprends mieux pourquoi les Kiwis se couchent avec les poules: c'est parce qu'ils sont debout à cinq heures du mat'. Comme mon papy.

(Papy qui d'ailleurs, quand j'étais petite, passait à la maison tous les matins d'hiver au réveil pour allumer le feu dans le poêle de la cuisine, pour qu'il y fasse chaud quand on se levait pour l'école.)

(Et des fois, quand il restait de la vaisselle de la veille, il la faisait avant de repartir, parce qu'il aime pas quand y'a des choses qui traînent dans l'évier.)

(Oui, mon papy est un peu un Elfe de maison, on peut le dire.)

Alors j'étais super déçue de la gueule du réparateur de cheminées, parce que je m'attendais un peu à un truc folklo, du genre le bon vieux ramoneur à l'accent Cockney, qui aurait peut-être pu me chanter une petite chanson, chais pas moi, Disney m'aurait menti ou quoi?


(Ce serait pas la première fois, mais quand même.)

Eh ben non, trop pas, Monsieur Ramoneur n'était même pas couvert de suie ni rien. C'était juste un Kiwi avec une caisse à outils, une salopette et un filtre à particules sur la bouche.

(Oh ben oui, ça y est, alors sous prétexte qu'on chope des cancers, on dit adieu aux belles traditions comme respirer du charbon. Je ne vous félicite pas, monsieur.)

Donc il a réparé la cheminée pendant que je faisais des trucs dans la maison pour pas qu'il pense que je suis une glandeuse (déjà que je suis allée lui ouvrir la porte avec des plumes dans les cheveux et des croûtes aux coins des yeux, merci bien). Donc j'ai fait du thé, j'ai fait la vaisselle, j'ai rangé la vaisselle, et puis j'ai fait une lessive en appuyant bien sur tous les boutons de la machine pour qu'il sache que c'est pas le seul qui bosse ici.

(Même si j'ai mis l'assouplissant dans le tiroir de la lessive et la lessive dans le tiroir de l'assouplissant, mais merde il était sept heures et demi du matin, je considère déjà ça comme un exploit que j'aie réussi à trier les couleurs.)

Et puis ensuite le monsieur a dit que c'était fini les travaux, et je trépignais déjà d'impatience à l'idée de rejoindre ma couette.

SAUF QUE NON.

Sauf que Monsieur Ramoneur a cru bon de me raconter des conseils pendant dix minutes (sous le vague prétexte que si je fais du feu avant que les fissures ne sèchent, je risque de foutre le feu à la cheminée et de tous nous tuer), alors comme c'était vaguement important, je me concentrais pour bien comprendre, mais est-ce que je t'ai déjà dit qu'il était SEPT HEURES ET DEMIE DU MATIN?

- Voilà, donc c'est tout ce que vous avez besoin de savoir. Vous avez bien compris?


(C'est pas humain.)

Du coup j'ai vaguement compris qu'on n'avait pas le droit de faire du feu pendant sept jours, le temps que le ciment soit sec.

Voilà voilà.

Il fait maintenant 9 degrés à l'intérieur de la maison.

(Et il fait 15 degrés à l'extérieur.) (Cette maison est une entité bâtie sur un plan démoniaque, je ne vois pas d'autre explication.)

Du coup, j'attends lundi avec double impatience (Game of Thrones + cheminée, ça va danser dans les chaumières, c'est moi qui te le dis).

Et en attendant, je me morfonds dans ma chambre froide.


(Mais en moins triste, parce que j'ai un PC quand même.)

dimanche 18 mai 2014

Les infos à la Kiwi




Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, je lis le New Zealand Herald pour me tenir au courant de l'actualité locale.

(Je regarde pas la télé donc si tu veux savoir à quoi ressemble un JT local, faudra venir le regarder toi-même.)

Pour les infos internationales, je regarde le Zapping (je voulais regarder Arte mais "la vidéo n'est pas disponible dans votre pays", les tar-ba), parce que la Nouvelle-Zélande considère que seules les infos venant du Commonwealth sont dignes de figurer dans la section "internationale". Ce qui fait qu'on ne parle pas de la guerre civile en Syrie ou de la révolution en Ukraine, mais par contre, dès qu'un gars se fait racketter à Manchester ou qu'un chien se fait écraser à Melbourne, tu peux être sûr que les Kiwis sont au courant le jour même.

(Le sens des priorités.)


Mais ce que je préfère en lisant le NZH, c'est les infos locales.

Rappelons que la Nouvelle-Zélande est un pays de 4,5 millions d'habitants, soit grosso modo la population de la Bretagne. Les nouvelles nationales ont donc une saveur beaucoup plus anecdotique que les infos françaises.

Voici un fleuron de mes trois unes préférées de ces derniers mois. Et avant de me lancer, je veux préciser que oui, ces trois histoires ont vraiment fait la une de la section "nationale" du journal principal de ce pays.

(Mais notons tout de même que les trois nouvelles ci-dessous n'étaient pas en une du journal - en une du journal, c'était la famille royale, évidemment.)

Numéro un: le voleur de tourtes, ou la justice à la Kiwie:







Oui oui, c'est bien un article sur l'histoire d'un mec qui a volé des tourtes.


Isaac Rippey a comparu devant la justice pour le crime d'avoir volé huit tourtes dans deux épiceries différentes le même jour (quatre dans l'une, quatre dans l'autre). Le voleur en série aurait déclaré à la justice "j'avais faim".



J'ai choisi cet article parce qu'il représente trois choses fondamentales de ce pays:

1. Il se passe tellement rien que l'histoire d'un mec qui vole des tourtes arrive quand même en une des nouvelles nationales.

2. Le système juridique kiwi s'emmerde à faire comparaître un gars en justice (avec tout le fatras juridique et la paperasse qui va avec) pour lui donner la sentence de rembourser les épiceries du prix que coûtaient les tourtes - soit 24 dollars au total. Et je serais tentée de dire que c'était une perte de temps et d'argent public totale, mais ça montre bien que la justice néo-zélandaise met un point d'honneur à traiter TOUS les cas qu'on lui présente (et aussi, faut pas se leurrer, il y a beaucoup moins de cas à traiter qu'en France).

3. La sentence du voleur n'est pas assortie d'une amende, juste d'une obligation à comparaître devant la justice si on lui en fait la demande dans les 6 prochains mois (ce qui est vraiment un truc pour la forme, parce que ça m’étonnerait qu'on fasse le suivi d'un voleur de tourtes pour voir s'il va replonger) (encore que). Et je trouve que c'est un verdict assez symptomatique de ce pays de Bisounours que de faire:

- Bon Isaac voler c'est pas bien, va rembourser les épiceries et ne fais plus de bêtises. Allez, salut, bisous bisous!

(Ah oui, et aussi, le juge s'appelle David Cameron, je trouve ça rigolo.)



Numéro deux: la barrière en brosse à dents, ou les immanquables du tourisme néo-zélandais.




(Lord of the Quoi?)

Bon, les glaciers, les sources chaudes, les parcs nationaux, les arbres géants, tout ça c'est bien joli, mais EST-CE QUE VOUS AVEZ VU LA BARRIÈRE EN BROSSES A DENTS?


Cet article n'est pas juste une attraction locale rigolote, mais c'est un élément-clé de cette manie Kiwie de fabriquer des "landmarks" (points d'intérêt).

Rappelons-le, les Néo-Zélandais voyagent peu. Donc, leurs incroyables richesses naturelles, ils les ont sous le museau toute la sainte journée, et du coup ils trouvent ça normal d'avoir des montagnes, des parcs naturels, une faune et une flore unique au monde, des plages de sable blanc, des colonies d'otaries, et des mignons petits manchots (les oiseaux, pas les handicapés) (sinon c'est triste).

Non non, tout ça c'est pour les pécores, tu vois. Si on veut être comme tout le monde, il faut construire des points d'intérêt!

(Voilà notamment pourquoi tous les Kiwis nous enjoignaient à admirer le vieux phare moisi de Cape Reinga au lieu de la magnifique vue de l'océan, qu'après tout on peut voir de partout hein, on est sur une île, mais ce PHARE alors là c'est pas de la gnognotte.)

La toothbrush fence n'est donc pas seulement une blague dans Flight of the Conchords:


C'est réellement une attraction que visitent les gens de passage à Te Pahu (au Sud d'Hamilton) et dont tous les locaux sont très fiers, à l'image de plein d'autres attractions ridicules en Nouvelle-Zélande. 

(Professeur Flaxou et moi on a bien rigolé quand on a vu des pubs pour visiter la plus vieille ferme du pays, qui a, tiens-toi bien, plus de cent ans!)

(J'ai passé mes années lycées dans un bâtiment construit au dix-huitième siècle et dans lequel on écrivait "Kévin+Vanessa amour pour toujours jamais divorce" au tipp-exx direct sur les murs en grès des Vosges, mais continue, t'es mignon.)


Numéro trois (mon préféré): le Premier Ministre est-il un alien reptilien?








(Ceci n'est pas une info du premier avril)



Or donc, il s'avère qu'un citoyen lambda a demandé, dans les "questions au gouvernement" Kiwies, si John Key n'était pas un alien reptilien envoyé sur terre pour conquérir la race humaine, des fois que.

(Les "OIA" regroupent un ensemble de documents de la loi néo-zélandaise qui garantissent le droit de chaque Kiwi de demander au gouvernement local ou national l'accès à toute information officielle - sauf des documents secrets.)

Et, comme les demandes de OIA sont des requêtes officielles que le gouvernement prend très au sérieux, monsieur Key s'est fendu d'un démenti public.


Je ne sais pas quel est mon passage préféré: le mec qui fait une demande blaguounette au gouvernement et qui reçoit une réponse officielle, ou le Premier Ministre de Nouvelle-Zélande qui se décrit comme "an ordinary Kiwi bloke".


(Imagine un peu Manuel Valls en tongs chez Jean-Jacques Bourdin, en train de lui dire qu'il est "juste un gars normal, man".)


(Une vision presque pas caricaturée du gouvernement néo-zélandais.)

Et juste un petit bonus pour la fin:

Sur le site en ligne du New Zealand Herald (le quotidien le plus lu du pays), on trouve, dans l'ordre, les sections suivantes :

"A la une", "National", "Economie", "International", "Technologie", "Politique", "Rugby", et "Sport".

Oui oui, tu as bien vu.

Il y a une section "Rugby", ET une section "Sports".




(Et dans la section "sports", y'a... du rugby.)

(C'est tellement mignon que je sais même pas quoi ajouter.)

dimanche 11 mai 2014

Vis ma vie d'immigrée au pays où on aime les immigrés


(Ceci n'est pas un photoshop.) 

(En Nouvelle-Zélande, on n'a peut-être pas beaucoup d'intellectuels, mais on sait élever les moutons, nom d'une pipe!)

Quand j’étais petite j’habitais dans un village de deux mille habitants, où tout le monde se connaissait, et où tout le monde venait soit directement du village depuis six générations (cf. ma famille, alias « les gens respectables ») ou bien venaient des villages alentour dans un rayon de vingt kilomètres (alias « les étrangers » ou « les ennemis », selon le côté des Vosges duquel ils se situaient).

(Kaysersberg est le dernier village de la vallée dans lequel on parle alsacien, tu montes 500 mètres plus haut après la cartonnerie et c’est Hachimette, où on parle le patois Welche (alias « la langue de l’intérieur » et donc fortement déconseillée.))

(Mon papy vient de Fréland, à six kilomètres de Kaysersberg, et lui et ma mamie ne parlent pas la même langue.) 

(Du coup ils sont obligés de communiquer en français tout le temps, pff, galère.) 

(Ah bah oui Mamie mais si on aime l’exotisme après faut pas se plaindre.)

Aujourd’hui je vis à Auckland, une métropole d’un million et demi d’habitants, où tout le monde se connait quand même.

Genre je peux pas aller sur Queen Street sans tomber sur quelqu’un que je connais (et je connais genre trente personnes dans tout le pays, donc admire un peu l’exploit).

Ou encore, samedi dernier, j’ai dit merci au chauffeur de bus en sortant a Britomart (car oui, au pays des Bisounours, on dit merci au chauffeur de bus, genre c'est pas son boulot de te conduire, il fait ça juste par bonté d'âme) (pardon mais hypocrisie complète, personne ne dit merci au contrôleur de train quand il vient poinçonner ton ticket), et le chauffeur m’a répondu:

- Travaillez bien, je vous revois mardi!

Soit il a reconnu mon uniforme, soit c’est un stalker (dans tous les cas je vais prendre ça comme un compliment).

Ou mieux encore, récemment je faisais beaucoup la cuisine parce que j’ai plein de jours de congé que je devais prendre avant qu’ils périment, du coup on a passé deux semaines sans commander à manger chez le Thaï du bas de la rue. 

Eh ben l’autre jour Professeur Flaxou est allé chercher un curry et un Yum Neau et s’est fait accueillir comme un héros par la dame de la cuisine qui, je cite, « commençait à s’inquiéter » et nous a offert des beignets à l’ananas tellement elle était contente qu’on était toujours en vie.

(Et le pire c’est que ce takeaway a des clients en permanence, y’a tout Mount Wellington qui mange là-bas et même des gens qui viennent des quartiers alentour.) (Bon après c’est vrai aussi qu’elle voit nos têtes tous les trois jours, mais quand même.)

Donc, Auckland, tu l’auras compris, est un grand village. 

Par contre, à la différence du village dans lequel j’ai grandi, Auckland est énormément cosmopolite. On n’y trouve pas seulement des Kiwis pur souche, mais aussi, bien évidemment, plein d’immigrés des quatre coins du Commonwealth : quelques Australiens (même si l’immigration se fait plutôt en sens inverse dans ce cas), des Britanniques, des Irlandais, des Sud-Africains qui pour une raison inexpliquée sont tous massivement installés au Nord d’Auckland (t’arrives au North Shore et ça change d’accent, c’est très rigolo) et des Américains, qu’on reconnait facilement à leur manière de hurler à tous les vents que les gens en Nouvelle-Zélande sont SOOOO NIIIIIICE et que tout le pays est SOOOO CUUUUUUTE.

(Je mène actuellement l’enquête sur le fait que tous les Américains que j’ai rencontré depuis mon arrivée en Nouvelle-Zélande sont végétariens – ma théorie est que les Etats-Unis les ont expulsés pour trahison à la patrie quand ils ont refusé de manger du bacon.) (Le gouvernement a dû penser qu’ils étaient musulmans.)

On trouve aussi à Auckland pas mal de Russes et quelques Européens de-ci de-là, principalement des Allemands et des Français (que comme par hasard je croise TOUJOURS dans des endroits où on vend du vin – sérieusement les gars, faites un effort sur les clichés, ça devient gênant là).

Enfin, on trouve à Auckland toute une pléthore d’Asiatiques (Indiens, Chinois, Thaïlandais, Coréens, Taiwanais, Malais, Philippins) et un nombre assez impressionnant d’immigrés de plein d’îles du Pacifique dont je n’apprends l’existence que maintenant (Fidji, Tonga, Samoa, Vanuatu, Palau, Kiribati, Tuvalu, et j’en passe).

(Fun fact : il y a plus de Samoans en Nouvelle-Zélande qu’à Samoa.)

Au total, pas moins de 23% de la population Néo-Zélandaise est née à l’étranger, et la grande majorité de tout ce beau melting pot vit à Auckland.

Et je dois dire que c’est admirable de voir si peu de racisme ordinaire émanant des Kiwis vivant à Auckland et confrontés a des immigrés toute la sainte journée, même si j’ai déjà plusieurs fois eu les petits poils de mes bras qui se hérissaient en entendant des conversations du style « Ah mais les Samoans c’est des paresseux, ils préfèrent rester chez eux à faire des enfants et à toucher des allocs plutôt que d’aller travailler comme les honnêtes gens! ».

(Oui, qu’on se le dise, les Polynésiens sont les Africains de l’hémisphère Sud sur le tableau des clichés de gros con.)

Malgré ces quelques avis de pilier de PMU dont on se passerait bien, la majorité des Kiwis s’accorde à dire que, sans les immigrés, ce pays irait complètement à vau-l’eau, et nombre de Néo-Zélandais ont encore la décence de se souvenir qu’ils étaient des immigrés eux-mêmes il n’y a pas si longtemps.

(D’ailleurs, de manière très paradoxale, les gens les plus racistes que j’ai rencontré en Nouvelle-Zélande étaient tous… des immigrés.) 

(Mais mec, si t’aimes pas les étrangers, n’en deviens pas un toi-même ! Ça n’a aucun sens !)

Le gouvernement, quant à lui, abonde de mesures que je rêve de voir fleurir en France, du genre fournir des interprètes aux immigrés parlant mal l'anglais pour les aider dans leur recherche d’emploi ou leurs démarches administratives (une initiative balayée en France avec le sempiternel « Ah bah si y veulent viv’ en France y z’ont qu’a causer français comme tout l’monde hein ! »)

En somme, ça me rend très heureuse de me dire que les petits Aucklandais vont grandir au milieu d’une belle diversité ethnique et culturelle.




(Paix et amour.)

Et c’est à la fin de ce discours que je faisais à ma mère sur Skype que cette dernière m’a répondu :

- Ah ben ouais, ça leur évitera de faire les mêmes bourdes que toi quand tu étais petite !

Et de me conter une histoire dont j’ignorais l’existence : ma première rencontre avec une personne de couleur.

Donc j’ai deux ans, ma maman m’amène au supermarché de Colmar, et dans la file d’attente, derrière nous, se trouve un monsieur noir. Ma maman remarque soudain que je fixe l'homme en question avec des larmes plein les yeux et le menton tremblant, et me demande ce qui se passe. Ce à quoi je réponds :

- Le monsieur…maman…le pauvre monsieur.
- Ben quoi, le monsieur ?
- Il a un gros bobo.

Ma mère, qui commence à être un peu gênée, me dit :

- Mais non ma chérie, il va très bien le monsieur.

Et moi, je sanglote :

- Non ! Il est tout brûlé !

Tout ça à deux pas du mec qui évidemment avait tout entendu, puisque les petits enfants ne sont pas exactement renommés pour leur sens de la discrétion.

Finalement, le type en question ne s’est pas vexé et est venu m’assurer personnellement qu’il se portait bien, même si ma mère s’en souvient encore comme du « pire moment de honte que m’aient infligé mes enfants, et pourtant j’en ai vu des belles ».

Professeur Flaxou, ayant entendu l’histoire, s’est donc allègrement foutu de ma gueule pendant quelques jours, jusqu’à ce qu’un beau matin, skypant avec sa mère :

- Oh ben Flaxou tu peux bien te marrer, tu m’as fait un coup encore pire !

Et ma belle-mère de nous raconter l’histoire de Professeur Flaxou, âgé de 3 ans, qui, dans la salle d’attente du dentiste, pointe du doigt une patiente black en disant très fort :

- Regarde, maman, la dame elle peut pas voir !

Car dans sa logique infaillible il pensait que les noirs étaient tous aveugles, voilà voilà.



Alors je ne sais pas lequel de nous deux gagne la palme du plus beau commentaire raciste, mais personnellement je trouve que, dans les deux cas, c’était de la logique de compète.

(Je pense que nos enfants seront mal barrés au niveau du Q.I.)

dimanche 4 mai 2014

L'Instant Kiwi: les kauris sont nos amis, il faut les aimer aussi

L'Instant Kiwi n°14: interlude kauri



Après nos aventures de foufous dans le Far North, Professeur Flaxou et moi avons fait une escale à Opononi et Waipoua Forest.


Waipoua (littéralement "l'eau dans la forêt la nuit") est une forêt sacrée pour les Maoris, et le dernier sanctuaire des kauris.


Interlude botanique: qu'est-ce qu'un kauri?


Le kauri (Agathis australis) est une essence d'arbre que l'on trouve uniquement dans le Nord de la Nouvelle-Zélande. Avant que les Maoris ne s'installent en Nouvelle-Zélande, les forêts de kauris couvraient la totalité de la surface Nord de l’Île du Nord. Aujourd'hui, on estime qu'il reste à peu près 4% du volume total de ces forêts. La déforestation, entamée par les Maoris (qui brûlaient le bush pour chasser les kiwis plus facilement, et abattaient les kauris pour en faire des pirogues) a été très largement achevée par les colons Européens, qui ont abattu la quasi-totalité des kauris de Nouvelle-Zélande en seulement une petite centaine d'années (entre 1820 et 1950). L'abattage de kauris a été interdit en 1972 seulement.


Pourquoi cet amour du bois de kauri? Plusieurs raisons. D'abord, les kauris sont une merveille de la nature en termes de défenses naturelles: dès qu'un kauri est envahi par un parasite (insecte, liane, etc.), il se défend en se débarrassant de ses branches ou de son écorce (qui est répartie sur le tronc comme les écailles d'un poisson). Ce système lui permet de vivre très longtemps (plusieurs milliers d'années) et d'atteindre des tailles gigantesques. De plus, quand le kauri grandit, il perd petit à petit ses branches les plus basses (ça lui permet de garder son énergie pour pousser le plus haut possible), et a la particularité de perdre ses branches avec leur noeud.


Résultat? Des arbres gigantesques, avec un tronc massif et long, et sans un seul noeud sur toute la surface. 





(Celui-ci est un jeunot d'à peine 700 ans.)

Le kauri a donc été massivement abattu pour en faire des coques de bateaux, des mâts, des poutres pour de grands immeubles, des rails de chemin de fer, ou simplement des meubles précieux (le kauri est un bois très joli).


La résine de kauri était également très recherché pour ses multiples usages (elle entrait dans la confection de vernis, colles, peintures, linoléums, ou encore était utilisée comme allume-feu). De nombreux kauris étaient saignés à blanc sur plusieurs années afin de récupérer la sève, puis coupés une fois morts pour en faire des planches.




(Un kauri malade qui a saigné de la résine partout - oui je sais, faut toujours que je touche à tout.)

Le souci, c'est que, comme dit plus haut, les kauris poussent UNIQUEMENT en Nouvelle-Zélande (et encore, sur une petite partie du territoire seulement). Le gouvernement Néo-Zélandais, en accord avec les tribus Maories locales, ont donc travaillé dur les 40 dernières années pour sauver les kauris restants (ce qui n'est pas une mince affaire, parce qu'ils sont très menacés par un parasite qui s'attaque à leurs racines.)


Tout ce savoir, je l'ai acquis lors de notre marche guidée avec la compagnie Footprints, qui offre des marches de nuit dans la forêt millénaire avec un guide Maori qui t'explique les légendes liées au kauri, ou encore les usages traditionnels des plantes du bush.


Voici une légende sympa, celle qui explique pourquoi le kauri a son écorce particulière:




(Te Matua Ngahere, "le père de la forêt": un kauri vieux de 3000 ans, qui fait 30 mètres de haut et 16 mètres de circonférence.)

La plus grande créature vivante dans la mer est Tohora (la baleine), et la plus grande créature vivante sur terre est le kauri. Naturellement, les vieux géants devinrent amis. Un beau jour, Tohora nage près du rivage, et lance un appel dans la forêt pour son ami Kauri :

"Kauri, viens avec moi", dit-elle. "Si tu restes sur terre, les hommes t'abattront pour fabriquer leurs bateaux. Tu ne peux rester où tu es". Kauri répond:

"Je ne peux pas te suivre, car je flotterais sur l'eau, impuissant. Mes feuilles tomberaient, et je finirais par sombrer au fond de l'océan, dans la demeure silencieuse de Tangaroa. Je ne verrais plus jamais le soleil, et mes racines me seraient inutiles sur le sable des plages."

Tohora réfléchit, et dit à Kauri:

"Tu as raison. Mais tu es mon ami, et je veux tout de même t'aider. Échangeons nos peaux en souvenir l'un de l'autre."

Kauri accepte, et c'est depuis ce jour que l'écorce du kauri est écaillée comme celle d'un poisson, tandis que la peau de Tohora est lisse comme l'écorce d'un arbre.



(Illustration pour montrer l'écorce du kauri, et aussi, accessoirement, une image du bonheur.)

(J'aime bien faire des câlins aux arbres, ça me rappelle ma jeunesse Vosgienne.)

Toutes les photos de kauris ci-dessus n'ont pas été prises pendant la marche avec Footprints (vu qu'il faisait nuit) mais le lendemain matin, mais ce sont les mêmes arbres qu'on est allés voir: Te Matua Ngahere le père de la forêt, le plus vieux et le second plus grand kauri au monde, et puis évidemment la star du show, Tane Mahuta.


Tane Mahuta n'est pas seulement le plus grand kauri restant au monde, mais il est surtout l'un des dieux les plus importants de la cosmologie Maorie. 

(Les dieux maoris, comme les dieux païens d'Europe, sont des esprits ancrés dans des êtres bien réels. Cet arbre n'est donc pas la personnification du dieu de la forêt, il est bel et bien le dieu lui-même.)

(C'est pas un truc qu'on voit tous les jours, tu en conviendras.)

Alors évidemment, les prêtres anglicans ayant accompli leur "mission civilisatrice", les Maoris modernes ne vénèrent pas Tane Mahuta comme leurs ancêtres le faisaient. (Les Maoris, comme le reste des Kiwis, sont en grande majorité protestants ou athées) (avec 40% de fidèles, l'athéisme est la première religion du pays) (dans ta face Jésus Christ). Mais venir voir Tane Mahuta reste quand même un "pèlerinage" à faire dans la vie d'un Kiwi (Maori ou non).

Selon la légende, Tane est l'un des enfants de Rangi (le ciel) et Papa (la terre). 

(Oui, la mère s'appelle Papa - probablement encore un coup de ces salauds de gauchistes avec leur théorie du genre.)

Au commencement, il n'y avait ni jour, ni nuit, ni soleil, ni lune, ni forêts ni plages. Il n'y avait que Rangi et Papa, enlacés dans une étreinte éternelle. Leurs enfants vivaient en rampant dans les grottes et tunnels étroits entre leurs deux parents, ce qui n'est pas du tout malsain! Non non!

Un beau jour, les enfants décident que bon vivre dans un mètre carré ça va bien cinq minutes, et se réunissent pour savoir comment gagner plus de place.

Tūmatauenga, le dieu de la guerre et de l'équilibre, suggère de tuer leurs parents (non mais ça va, on peut parler deux minutes avant de buter tout le monde, GI Joe?), mais Tane propose une solution un peu moins psychopathe: en se dressant de toute sa hauteur et en poussant la terre de ses pieds et le ciel de ses épaules, lui et ses frères et soeurs séparent de force Rangi et Papa, créant la lumière et l'air. 

Seulement, les parents sont pas trop heureux de cette nouvelle situation, vu qu'on leur a pas trop demandé leur avis (je vois que "dialoguer" n'est jamais la réponse des Maoris à la question "comment résoudre un problème?"). Rangi contemple alors le corps de sa bien-aimée Papa et se languit de son étreinte, et ses larmes forment la première pluie.

(La femme qui s'appelle Papa, l'homme qui pleure, oui décidément je crois bien que c'est un complot pour pervertir nos enfants.)

Tane, qui est bien content d'être à l'air libre après une vie entière à respirer les aisselles de ses parents, se sent quand même coupable de les avoir séparé, et, pour se racheter, pare sa mère du plus bel habit qu'il puisse imaginer, et créé les arbres et les forêts. Il créé aussi la lune et le soleil pour tenir compagnie à Rangi durant le jour. 

Mais, la nuit, le ciel est vide et triste, alors Tane se met en route et marche jusqu'au bout du monde, où vivent son frère Uru (l'Ouest) et ses enfants: les étoiles. Sur les ordres d'Uru, les étoiles cessent de jouer au bord de la plage et dans les collines, se rassemblent, et sautent dans le panier de Tane, qui place les étoiles sur le manteau de Rangi et orne son habit d'une étincelante parure. 

Ah ben super, de mieux en mieux, maintenant le père a une parure en strass, mais où sont nos valeurs ma bonne dame?

(Et sinon, on ne va pas parler d'Uru qui envoie ses enfants dans le ciel? C'est une manie ou quoi?)

Le panier de Tane, quant à lui, est resté dans le ciel, et c'est la voie lactée.

(Faudra quand même qu'on m'explique comment un bandeau de lumière peut faire penser à un panier.)

(Peut-être sous un certain angle?)

Connaissant toutes ces histoires, on a d'autant plus apprécié d'aller faire un petit coucou à Tane et à sa majestueuse silhouette dans le noir, sur fond de voie lactée (le panier, donc).

Quant à moi, je suis rentrée de Waipoua avec une pomme de pin de kauri (ou bien on dit juste une pomme de kauri?) en souvenir et des étoiles plein les yeux.

Et en plus j'ai entendu des kiwis qui se faisaient des petits coucous dans le bush, ma vie est officiellement plus cool que la tienne.


(En plus j'ai un chapeau de bushman, j'vois pas comment tu pourrais faire mieux, honnêtement.) 

jeudi 1 mai 2014

Un week-end dans le Far North



Pour le week-end de Pâques j'avais congé (le Vendredi Saint est férié en Nouvelle-Zélande, comme chez tous les gens bien) alors avec Professeur Flaxou on s'est aventurés dans la région de Nouvelle-Zélande connue sous le doux nom de "Far North".


Avec un nom pareil, je m'attendais à moitié à y trouver un truc de ce genre:





(Ce qui aurait été ultra cool)

Mais en fait, le Far North, ça ressemble plutôt à ça:



(C'est cool aussi.)


(Mais un peu moins.)

Commençons cet article par un petit cours de géographie de rattrapage:


La Nouvelle-Zélande, sur les cartes traditionnelles, faut bien avouer que c'est un pays qui fait un peu tièp:




MAIS c'est parce que les cartes classiques sont Eurocentrées (ça va les chevilles?) et que donc, forcément, quand on prend une boule et qu'on la met à plat, ça disproportionne complètement l'échelle réelle des pays.


(Mais pour faire tenir tous les pays du monde sur une seule carte, faut bien ça.)


Seulement, dans la réalité, la Nouvelle-Zélande n'est pas si petite. Elle fait quasiment la taille de l'Allemagne si on les superpose:





(L'Allemagne fait 1,3 fois la taille de la Nouvelle-Zélande, si tu aimes couper les cheveux en quatre.)

Mais la Zélandie est surtout un pays très étroit et trèèèèès long. Pour preuve, si on la transposait dans l'hémisphère Nord, la pointe Sud serait au niveau de la Bretagne, mais la pointe Nord irait jusqu'au Maroc!





(Bah oui faut lui mettre la tête en bas pour avoir une idée de la latitude.)


(Je vais te laisser une ou deux minutes pour te remettre de cette gymnastique mentale.)

Le Nord, où j'habite, se situe donc à peu près au Sud de l'Espagne en termes de latitude (par contre niveau climat laisse-moi te dire tout de suite que c'est pas la même chose, cf. la motherfucking humidité permanente qui refroidit tout).


Et le Far North, donc, c’est une étendue de plaines verdoyantes et de forets millénaires, ensemencée de moult vaches et moutons, et aussi d’un nombre assez incroyable de poules qui se baladent au bord des routes.

(Genre y’a des volailles qui picorent partout au bord des voies, mais par contre j’ai pas vu un seul élevage de poulets dans toute la cambrousse, alors il va falloir qu’on m’explique comment ça se passe.)


(Ou alors quand les Kiwis disent « élevées en plein air » en fait ils veulent dire « on les lâche un peu partout et elles se démerdent », m’enfin ça ne me semble pas très rentable comme approche.)


La Far North est apprécié de tous les Kiwis pour sa valeur historique (« historique » avec des pincettes, faut pas déconner, c’est le Nouveau Monde) car c’est ici qu’on débarqué les premiers Maoris (soi-disant ; ça me fait quand même rigoler parce que tu peux visiter n’importe quelle région de l’Ile du Nord et on te dira toujours que les premiers Maoris ont débarqué ici, alors à un moment faut vous entendre, les gars). En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les premiers colons Britanniques ont débarqué là.


C’est aussi pas très loin à l’Ouest du Far North (le Far West ?) que fut signé le Traité de Waitangi, alias LE document fondateur de la Nouvelle-Zélande (un accord conclu entre la Couronne Britannique et les tribus Maories concernant l’installation des colons, et qui est une sorte d’équivalent de la Déclaration d’Indépendance aux USA, ou de la Magna Carta en Angleterre).


Comme aux Etats-Unis, d’ailleurs, on peut visiter l’endroit où le traité a été signé, y’a des visites guidées qui coûtent la peau des yeux de la tête et perso je pense qu’à moins d’être un grand grand fan d’histoire Britannique c’est de l’arnaque totale, parce que bon, on te montre une maison, quoi.

(Genre c’est le pays avec les paysages les plus magnifiques du monde et c’est gratuit d’aller les admirer partout, mais pour visiter une pauvre maison, ah là nan c’est sérieux t’as vu.)


Donc Professeur Flaxou et moi on n’était pas dans le Nord pour aller visiter des maisons, tu t’en doutes, mais pour faire d’autres trucs passionnants, comme passer quatre heures dans des bouchons à la sortie d’Auckland.

(Partir en voiture pendant le week-end de Pâques, c’est de la merde internationalement, on dirait.)


Du coup on est arrivés à Cable Bay (notre hôtel pour la nuit) un peu bougons parce qu’il faisait déjà presque nuit, mais on a vite eu le moral remonté par un magnifique coucher de soleil digne des plus belles couvertures de bouquins de Danielle Steele :




(C’est tellement joli, on se croirait dans Lucky Luke.)


(Ouais, je suis une romantique.)


Et on a surtout eu le moral remonté quand on est arrivés à notre gîte et qu'on s'est rendu compte que la chambre pour deux était en réalité une "unit", soit un appartement entier rien qu'à nous, pour 80 dollars la nuit (le truc totalement improbable dans un pays où c'est impossible de trouver une chambre d'hôtel à moins de 100 dollars).

(Et on était encore plus contents quand le proprio nous a dit "Ca c'est mon disque dur de 2 Tera, il est branché à la télé mais si vous voulez copier des films ou des séries sur votre PC, faites-vous plaisir".)


(Qui c'est qui va se faire un marathon de films de monstres le week-end prochain? C'est bibi!)


D'où: joie.


Le lendemain, on a visité les merveilles cachées de Doubtless Bay:




Une baie recluse et très peu touristique, parce que souffrant de la compétition de sa voisine, la Bay of Islands (très connue parce que THE lieu historique, et un des lieux de villégiature préféré des Kiwis, avec Rotorua et Queenstown).


Et du coup c'était très cool parce que Professeur Flaxou et moi on est des gros asociaux, donc BONHEUR TOTAL en voyant ceci:









(Oui bon ben quoi, t'as jamais vu une plage de sable blanc totalement déserte un week-end de Pâques ou quoi?)






(Ha nan on n'est pas proches des tropiques du tout, qu'est-ce qui te fait dire ça?)









Ce week-end aura surtout été placé sous le signe du paumage, parce que malgré le GPS, on s'est perdus au moins cinq fois en allant à des endroits reculés:


- Bon, c'est par où Whatuwhiwhi?
- Je sais pas, le GPS le trouve pas.
- Tu l'as bien écrit? Avec trois WH?
- Oui oui, mais il le trouve pas.
- Bon ben on y va avec la carte alors.

(Grand moment de LOL, parce que notre carte c'est une carte du pays entier, on voit pas les petites routes.)


- Par là, y'avait un panneau!

- Mais c'est un chemin de terre et y'a que des fermes!
- Ben on y va et on va voir.



















- Y'avait rien finalement.

- C'est pas grave, j'ai pris des photos de la route, c'était joli.

Après une nuit de films et de pâtes, fini de rigoler: on s'est mis en chemin sur la très longue route menant à Cape Reinga, alias l'endroit le plus au Nord de toute la Nouvelle-Zélande, beyond the wall et tout et tout.


Cape Reinga est l'endroit où l'Océan Indien rencontre l'Océan Pacifique. C'est aussi un lieu sacré pour les Maoris, car c'est ici que se trouve l'entrée du monde des esprits (cf. cette légende qui le mentionne).


Nous, on y allait pour voir le point de convergence des océans, mais, pour une raison totalement improbable, TOUS les Kiwis a qui on a mentionné notre road trip ont répondu:


- Ah, Cape Reinga! Vous allez voir le phare!


Et chaque brochure touristique, chaque panneau sur le chemin, TOUT nous vantait ce fameux phare. Je me disais "ça doit être une antiquité, une institution, peut-être même qu'il y a une légende cool derrière ce phare" et je commençais à avoir vachement envie de voir le phare.


Et puis, sur place, le LOL complet en voyant la réalité du truc:




(V'là le phare de compète, quoi).




(Professeur Flaxou est là pour l'échelle, ça te donne une idée de la taille du bestiau.)

Bon, après, je suis pas une spécialiste des phares, vu qu'à la base je viens d'une région où y'en a pas des masses tu t'en doutes, mais j'ai été en vacances en Bretagne suffisamment de fois pour crier à l'arnaque.

Ce qui me fait marrer, c'est que les Kiwis sont trop en admiration devant leur vieux phare moisi, mais après ils ont le paysage de Cape Reinga devant la gueule, en mode "merveille":








Et ils font "Ouais bon okay c'est joli quoi, mais t'as vu ce PHARE?"

(Ces gens sont fous.)





(La photo obligatoire à envoyer à nos mamans.)

(Parce que quand on n'est pas sur les photos, elles ne regardent pas, dixit ma mère "J'ai vu les photos de ton week-end mais c'était que des paysages, alors je les ai pas regardées".)


Et puis c'était reparti dans la voiture, direction les dunes de sable géantes de Te Paki, qui feraient pâlir de jalousie la Dune du Pilat:




Alors d'en bas, OK, ça a l'air tout innocent.



Mais ensuite, ça grimpe, ça grimpe!



Et ça grimpe SEC:


Et une fois passées le haut de la dune, y'en a encore!




Mais la vue du sommet est imparable:






(On s'attendrait presque à voir surgir un ver des sables.)





 (L'Océan Indien nous fait coucou.)


(Tu noteras le bus qui roule dans la rivière, en mode "rien à battre".) 

Et si jamais tu passes par Te Paki et que tu roules sur l'or, sache que l'attraction principale est de faire de la luge le long des dunes, mais ça coûte 20 dollars de louer une luge alors pour qui tu me prends je suis pas un jambon.

(Et en plus pour qu'après tu passes le reste de la journée à enlever du sable de ta culotte et à te gratter la raie, merci mais non merci.)


Et puis on a cherché où aller pour la suite du voyage, et mon guide disait qu'il ne fallait pas rater 90 Mile Beach.


90 Mile Beach, comme son nom ne l'indique pas du tout, est une plage qui fait dans les 54 miles de long (donc en fait on devrait plutôt l'appeler 90 Kilometres Beach), mais faut avouer que c'est tout de même impressionnant. 


90 Mile Beach se situe ici:



On passait donc pas très loin pour rejoindre notre hôtel à Kaitaia.


On passe par des petits chemins de terre, on arrive à la plage, et là, surprise:


- Où est le parking?

Y'en avait pas!

(Dans un pays comme la Nouvelle-Zélande où on aménage des parkings au fin fond du bush - et ceci n'est pas une exagération - c'est un peu de la folie pure.)


On décide donc de rouler jusqu'au bout du chemin, et là, on arrive:




Directement sur la plage.

Et c'est en voyant les voitures passer dans tous les sens à côté de nous que j'ai compris que 90 Mile Beach n'est pas tant une plage qu'une véritable autoroute, et qu'elle est utilisée par tous types de voitures.


(Le guide mentionnait bien la conduite sur la plage, mais je pensais que ça s'appliquait aux 4X4, pas aux Ford Mondeo de 1998.)


Et donc, nous voilà partis comme des fiers kékés:





(Flaxou et sa pose de jacky.)





(Une vue plus sympa que l'A4 Strasbourg-Metz, on en conviendra.)

Bon alors j'avoue, dès les premières minutes dans la voiture, je me sentais en mode ultra rebelle hippie:



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Mais tu noteras que Professeur Flaxou était loin de partager mon enthousiasme.


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("On peut pas faire des drifts ça abîme les pneus", "On peut pas aller dans l'eau ça abîme la carrosserie"... Quel rabat-joie ce Flaxou.)

Mais, au final, même lui s'est laissé griser par la vie de rockstar:


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(Oh là là on est des foufous.)

Au final, c'était les 90 kilomètres les plus fun de ma vie entière.


- T'es au courant que je vais mettre ces vidéos sur le net? 
- Et alors?
- Qu'est-ce que ta mère va dire quand elle te verra conduire sans les mains?
- Elle verra rien, elle a un Mac.

Décidément on est vraiment trop des ouf malades.



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Mention spéciale au GPS qui a pété un plomb quand on l'a branché parce qu'il ne trouvait pas la route, et qui  par dépit nous a très gentiment invités à venir nous noyer dans l'Océan:




(Après 3.6 kilomètres, tournez à droite et suicidez-vous.)

(Skynet existe, c'est pas de la blague.)


Et puis c'était le looong retour vers Auckland (5 heures de route quand même.)

En bonus round, quelques photos prises du siège passager:


(Les plaques personnalisées sont très courantes dans ce pays, mais celle-ci est la plus cool du monde.)


(La route qui mène à Cape Reinga, featuring notre voiture.)


(C'est limité à 100 sur les routes de campagne et les autoroutes, on ne peut pas aller plus haut) (enfin techniquement si mais ce serait illégal).


(Partout des vaches.)


(Le sapin cônique, un incontournable de l'Ile du Nord.)


(Des fruits pas dérangeants du tout.)

(Et c'est une très mauvaise idée de dessiner une patate douce, parce qu'on dirait quand même vachement un caca.)


(Le dessin de mouton le plus paresseux du monde.)


(Un arc-en ciel à Opononi.)

Epilogue:

- Alors maman t'as vu mes photos du Far North? J'ai pris des photos de moi cette fois-ci, t'as vu.

- Oui oui j'ai vu. Dis donc t'as grossi, oh là là je t'ai même pas reconnue!

(Et après, elle s'étonne que je préfère les paysages.)