mercredi 27 août 2014

Brève diététique


(Hors de ma vue, suppôts de Satan!)

Et donc comme je rentre en Alsace en octobre je voulais faire un régime.

Rapport au fait que :

Petit un : En Nouvelle-Zélande, l’hiver, on se fait chier, du coup c’est un peu la fête du slip mou à la maison (ajoute à ça que j’ai pas fait de sport depuis 2007 et tu comprendras mon souci).

Petit deux : Si je rentre en France avec un poids supérieur à celui avec lequel je suis parti, ma mère elle va me tuer. (Bonjour, je suis une adulte.)

Petit trois : Je vais me gaver de pinard et de foie gras jusqu’à m’en faire péter l’élastique, alors autant prendre de l’avance.

Et donc je fais du sport des balades au Mount Wellington avec ma coloc Maria, qui est plus ou moins tout le temps au régime et donc plus ou moins tout le temps en train de briser son régime.

Et, disons-le, ça n’aide pas non plus que Maria considère tout type de bouffe comme « healthy », et ce malgré les cours de nutrition qu’elle a pris en arrivant en Nouvelle-Zélande (car il semblerait qu’au Brésil, comme en Alsace, le mot d’ordre soit : « le gras c’est la vie »). Donc c’est difficile de garder la ligne avec une logique du type :

- Tiens, tu fais des œufs au plat pour le dîner ?
- Oui parce que je suis au régime, donc je mange juste des œufs au plat avec du pain.
- Donc t’es au régime et tu manges du jaune d’œuf (qui est genre 90% de lipides) cuits dans du beurre, et du pain ?
- Ben oui, c’est naturel, donc ça fait pas grossir.

La même logique s’applique donc pour le beurre, le miel, le sucre, la crème (« c’est fait à base de lait donc ça fait pas grossir » (sic)) et je te passe la logique de Maria sur le chocolat :

- Je suis au régime, donc je vais freiner sur le chocolat.
- Mais tu sais Charlotte, tu peux encore manger du chocolat noir. C’est même conseillé pendant un régime ! 


- Si, je te jure ! J’ai lu sur Internet que le chocolat noir, tu peux en manger tant que tu veux, parce que ça fait maigrir.


- Non écoute Maria, si le chocolat faisait maigrir, on aurait toutes beaucoup moins de problèmes.
- Nan mais pas tous les types de chocolat ! Juste le chocolat noir.
- Le chocolat noir a moins de calories que les autres, c’est vrai. Donc potentiellement, il fait moins grossir, mais ça ne fait pas PERDRE du poids d’en manger! 
- Mais si ! Le cacao a des molécules qui font brûler les calories ! C’est ça qui est génial ! C’est pour ça que quand je suis au régime, je mange plein de chocolat noir.

Eh ben, faut prévenir les nutritionnistes.

- Et ça marche bien, tes régimes ?
- Non, mais moi c’est ma morphologie, j’ai beaucoup de mal à perdre.

(Sans déconner.)

Mais bon, du coup, il faut avouer que Maria a au moins une bonne excuse pour ne jamais tenir ses régimes, alors que moi, c’est vraiment juste du manque de volonté pur et simple.

Pour preuve, un petit résumé de toutes mes tentatives de régime :

Semaine 1 : - Nan mais franchement-an j’comprends trop pas ces meufs qui décrochent super vite de leur régime-an, j’veux dire c’est quand même pas SI compliqué de faire attention quelques semaines, nan ? Regarde, moi je fais gaffe depuis 1 semaine, j’ai perdu presque 1 kilo déjà ! Et puis j’me sens tellement mieux-an, tellement plus légère, mieux dans ma peau, je dors mieux, enfin c’est super quoi ! 

Semaine 2 : « Okay je crève la dalle, mais bientôt je serai belle et svelte et ma vie changera du tout au tout ! Bientôt je rentrerai dans tous mes vieux jeans et peut-être même que j’aurai de la place à revendre, aha ha ! »

Semaine 3 : « Putain j’ai faim. Sa mère j’ai faim. Comment j’ai trop la race de faim. »


(Semaine 3 du régime, une illustration.)

Semaine 4 : « Vas-y fuck les crudités, fuck la soupe, fuck les légumes grillés à la sauce tomate et le riz nature. La vie est trop courte, donne-moi un burger avant que je crève la gueule ouverte. »

Semaine 4 + 1 jour : « Je ne regrette rien. »

Semaine 4 + 2 jours : « Je regrette tout. »

Semaine 4 + 3 jours : « Oh et puis merde, foutue pour foutue. »


(Je dis "bienvenue" aux triples pontages!)

Semaine 5 : - Dis donc Cha t’étais pas au régime ?
                  - Hmmmmm ? (Dit-elle la bouche pleine de chips)

Donc c’est la galère, je ne te le cache pas.

Mais heureusement, pour tenir mes résolutions, je peux compter sur la pas-douéitude le soutien de Professeur Flaxou, fidèle a lui-même, qui, quand je lui dis ça :

- Flaxou, quand tu vas faire les courses, prends-moi une tranche de potiron, je veux me faire de la soupe.

Se pointe consciencieusement à la maison une heure plus tard avec un potiron ENTIER (et qui plus est un potiron GEANT) (sérieusement, le truc faisait la taille d’un terrain de foot) en me disant :

- Y z’avaient plus de tranches.


(Comme je suis heureuse d'avoir épousé cet homme.)

Donc c'est festival de la citrouille à la maison depuis trois jours, j'ai fait de la tarte, j'ai fait du gratin, j'ai fait cinq litres de soupe, tout va bien.

Mais je perds quand même rien.

Pourtant je mange plein de chocolat, je comprends pas.

(Moi aussi je dois avoir un métabolisme lent.)

vendredi 22 août 2014

L'instant Kiwi: Nouvelle-Zelande et la culture du "touche à ton cul"


Ça fait pas mal de temps que je décris la Nouvelle-Zélande comme un pays de Bisounours, et c’est vrai que c’est une sensation qu’on éprouve tout de suite en voyant la gentillesse et la sympathie naturelle qu’exsudent les Kiwis par tous les pores de leur peau.

Et mon truc préféré de tous les trucs que j'aime ici, plus que les gens qui sourient, plus que les rues propres, plus que l'air pur, plus que les chauffeurs de bus (sérieusement les chauffeurs de bus d'Auckland sont les gens les plus sympathiques de l'univers, genre ils sont tous trop heureux de conduire un camion plein de gens sur la même route toute la journée, LES FOUS), la chose qui me plaît le plus donc, c'est que les Kiwis ne jugent personne.

(En Harley Davidson.)

(Pardon, c'est sorti tout seul.)

Parce qu’en Zélandie, on ne trouve pas cette culture du jugement qui fait les beaux jours du commérage a la française. En gros, ça veut dire que si tu es modeuse, goth, punk, métalleux, très grand, très petit, très gros, très maigre, tatoue, piercé, franchement tu vas kiffer la Nouvelle-Zélande, parce que TOUT LE MONDE S’EN FOUT.

(Mais pas besoin de casser ton PEL, parce que tu peux aussi trouver ce même esprit de tolérance et de « j’me mêle de mes oignons » chez nos amis les Anglais ou nos amis les Allemands.)

(Mais ici on a les paysages du Seigneur des Anneaux, j’te rappelle juste.) 

(Ça aussi je trouve que j’en parle pas assez souvent sur ce blog.)

La meilleure preuve de ce je m’en foutisme, à mon goût, c’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière.

Donc j’étais chez moi un jeudi aux alentours de midi, en train de m’habiller pour aller au boulot, et comme il faisait pas trop froid j’avais ouvert grand les fenêtres pour aérer.

Et donc, j’étais debout devant mon miroir en collants et en débardeur, en train de choisir une jupe, quand d’un seul coup, un gars se pointe dans mon jardin, avec un uniforme et une casquette « surveyor ». Il lève les yeux, me voit figée à moitié à poil devant ma fenêtre comme un lapin dans les phares d’une voiture, et puis me fait :


Avant de repartir d’un pas guilleret relever les compteurs d’eau.

J’ai eu une second et demie de panique totale et de honte absolue, et puis je me suis dit « Oh c’est bon fais pas ta Française », et je suis retournée a mes jupes tranquillou.

(D’ailleurs, pour ceux qui se demandent ce que ce type faisait dans mon jardin et pourquoi il était entré comme dans un moulin, faut savoir que ça aussi c’est un truc très Kiwi : les maisons n’ont pas de sonnette. Donc faut pas t’étonner si les gars qui relèvent les compteurs entrent dans ton jardin comme chez mamie, ou si les employés de la Poste entrent dans ta maison si personne ne répond à la porte et laissent ton colis sur la table du salon, c’est normal ici.)

Cette anecdote est assez révélatrice de la culture très cool de la Nouvelle-Zélande, et personnellement je me roule dans cette absence de jugement comme dans un champ de fleurs, parce que ça rend les rapports entre les gens beaucoup plus sympas.

D'ailleurs (parenthèse énorme qui va faire la moitié de l'article), il y a un truc en Nouvelle-Zélande que je trouve complètement incroyable que j’ai attendu presque deux ans pour en parler tellement ça me semblait impossible, mais maintenant j’ai fait mes recherches et je peux l’affirmer haut et fort :

En Nouvelle-Zélande, le harcèlement de rue n’existe pas.

Attention, je n’ai pas dit que le harcèlement tout court n’existe pas. (On a beau être chez les Bisounours, y’a des connards partout.) 

MAIS.

Mais le harcèlement de rue, « cette épuisante banalité », n’existe pas.

Pas de sifflements intempestifs, pas de "t'es bonne", pas de "oh salope tu pourrais répondre j'te fais un compliment", pas de "eh mademoiselle vous êtes charmante", pas de "ton père c'est un voleur, il a volé toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux", pas de "t'as pas un 06?", pas de "t'as un mec? Pas grave je suis pas jaloux", pas de "allez la miss fais-moi un sourire". 

RIEN. 

Je prends le bus et le train tous les jours depuis bientôt deux ans et personne ne m'a jamais dérangé dans ma lecture (sauf pour me demander mon ticket mais c'était le contrôleur alors je lui pardonne). 

Je baisse instinctivement les yeux quand je passe devant un groupe d’hommes dans la rue mais c'est pas la peine parce que, même si ça leur arrive de mater vite fait, ils n'interpellent pas les filles à tout venant, parce que ça ne leur vient tout simplement pas à l'esprit d'aller accoster les meufs dans la rue, parce que si tu veux draguer en Nouvelle-Zélande, tu vas dans les bars ou dans les boîtes un samedi soir, là où c’est normal de draguer et ou les gens viennent pour ça, et tu ne fais PAS chier les meufs pendant qu'elles font leurs courses ou qu'elles rentrent chez elles.

(Bonheur.)

Et avant qu’on me dise :

- Oui bon enfin c’est pas parce que ça t’es jamais arrivé à TOI que ça n’EXISTE pas !

Je répondrai deux choses :

1. Toi, Française qui me lit, est-ce que ça t’es déjà arrivé depuis que tu es pubère de passer DEUX ANS ENTIERS sans te faire siffler, huer, draguer, insulter, mater, UNE SEULE FOIS ? (Réfléchis-y bien sérieusement et ose me dire oui.) (Et si c’est le cas, fais tourner ton adresse meuf.)

Par la logique ci-dessus, on peut me répondre que, OK, c’est sûrement la preuve que le harcèlement de rue est moins commun en Nouvelle-Zélande, mais peut-on vraiment généraliser en se basant sur l’expérience d’une seule personne, dans un seul endroit ?

La réponse est : évidemment que non, et c’est pour ça que je sors mon point numéro deux :

2. L'autre jour je racontais à des amies Kiwies à quel point je kiffais grave ma race de me balader dans la rue à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et vêtue de n’importe quelle tenue, sans jamais me sentir agressée. Ce à quoi on m’a unanimement répondu :

- Je comprends pas ce que tu veux dire.

Mes copines Kiwies (qui ne connaissent pas leur chance) ne comprenaient pas ce que je voulais dire, parce que la majorité d’entre elles n’avaient jamais été à l’étranger, et qu’elles ne parvenaient simplement pas à concevoir ce qu’il y avait de tellement super à se promener dans la rue en mode « tranquille on chille ».

Et ça, ça suffit à me faire dire que le harcèlement de rue n’existe pas en Nouvelle-Zélande. Parce que je ne dis pas que tu ne risqueras jamais de te faire draguer par un vieux relou dans le bus ou à te faire siffler au détour d’une rue, mais je dis que, contrairement à la France, la culture du pays ne permet pas que ça soit vu comme un comportement NORMAL (ce qui est une grosse différence).

Face à l’incrédulité de mes copines Kiwies, en mode « Nan mais quand même, les femmes se font pas insulter dès qu’elles mettent une jupe, déconne pas, c’est la France, pas l’Iran » (vous êtes mignonnes), j’ai donc sorti mes anecdotes de trucs qui m’étaient arrivés en France, et qui ne feraient pas vraiment hausser un sourcil dans l’Hexagone parce que ça t'arrive tous les jours.

Des histoires à base de "Une fois, deux gars m’ont suivie dans la rue presque jusqu’à chez moi en me hurlant de loin que j’étais une salope et qu’ils allaient me faire le cul. J’avais 15 ans et je rentrais du lycée." et autres "Une fois, je marchais dans la rue et on m’a traité de pute parce que j'avais des talons". (Des histoires qui sont vraiment du menu fretin dans cette catégorie, toi-même tu sais.)

Et quand je racontais ces histoires à mes amies Kiwies, elles étaient HORRIFIÉES.

Genre elles arrivaient même pas à croire que c’était possible. Le commentaire qui revenait le plus souvent étant :

- Mais enfin POURQUOI les gens se sentent permis de t’adresser des commentaires pareils ?

Et là, on touche pile au cœur de ce que j’adore le plus dans ce pays : les gens se mêlent de leur cul.

Ca ne veut pas dire que la Nouvelle-Zélande est un paradis pour femmes peuplé d'intrépides Amazones (même si ça serait cool franchement).


(Oui, quand je pense "Amazone", je pense "Wonder Woman")

(Mais honnêtement, est-ce que ce serait pas hyper pratique d'avoir un lasso de vérité?)

En fait, même si la Nouvelle-Zélande reste un pays profondément égalitaire, et donc féministe (premier pays au monde à autoriser le droit de votes aux femmes, rep à sa), le pays se tape aussi son quota de problèmes sociaux, particulièrement en matière de violence conjugale, l’un des plus gros fléaux du pays.

(Entre 33 et 39 % des femmes de Nouvelle-Zélande déclarent avoir subi au moins une fois des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire au cours de leur vie - un chiffre qui fout bien la gerbe, on peut le dire.)

Donc non, la Nouvelle-Zélande n'est pas le paradis des féministes.

Non, la culture du "je me mêle de mes oignons" c'est pas non plus forcément une sinécure, parce que ça veut aussi dire que les gens ferment les yeux sur des problèmes autrement plus grave qu’un sifflement ou qu’une insulte en passant (notamment le problème de la violence conjugale et familiale dont je parlais plus haut), puisque les Kiwis partent du principe que « Chacun fait ce qu’il veut chez soi et c’est pas mon boulot de m’en mêler ». Donc il faut bien avouer que ce n’est pas toujours un comportement qui mène à des résultats positifs.

Mais (et là je vais entrer en mode full « moi moi et mon nombril ») (un truc que je ne fais pas assez sur ce blog, je trouve) pour ma pomme, c’est tout bénef.

Parce que ça fait bientôt deux ans que je me regarde dans le miroir avant de sortir et que je n'ai plus besoin de me dire :

"Est-ce que cette jupe est trop courte?" 

"Est-ce que que ce haut est trop moulant?"

"Est-ce que ces baskets sont trop crados?"

"Est-ce que ce pull est trop mou et informe?"

PARCE QUE TOUT LE MONDE S'EN COGNE COMME DE SA PREMIÈRE MENTHE A L'EAU.

Et ça, cette culture du jugement, contrairement au harcèlement de rue, c’est un truc qui ne me pesait pas du tout jusqu’à ce que je sorte de France, parce que ça fait tellement partie de la culture française que je ne m'étais même pas rendue compte que ça n'était pas normal.

(Moi-même, je le confesse, j’ai participé activement à cette culture, à grands renforts de « haaaaan mais t’as vu comment elle est habillée comme une puuuuuuute ! » et autres « hin hin téma la meuf comme elle est habillée, c’était les soldes à la Foir’Fouille ou quoi ? »)

Mais en Nouvelle-Zélande, fi de tout cela !

Pas de chichis dans le pays où j'ai souvent croisé des gens en jogging/peignoir dans les supermarchés, et où, au premier rayon de soleil, tout le monde remise les chaussures au placard et c'est la fête du pied nu jusqu'à l'automne.

Fais ce que tu veux man, sois en harmonie avec toi-même!

Tu veux être habillé super classe et sexy dans des fringues serrées et pas confortables? Vas-y!

Tu veux te balader en tongs et en short avec un T-Shirt "Vaucluse 1991"? Fais-toi plaiz'!


(Une tenue acceptable en Nouvelle-Zélande.)


(Une autre tenue acceptable en Nouvelle-Zélande.)

En résumé, tu pourrais marcher sur Queen Street avec une crête de cheveux verts, des tatouages partout, des plaques de métal sous la peau, à poil et enroulé dans une tranche de jambon, et les gens te calculeraient MÊME PAS.

Ce qui, tu l’avoueras, change pas mal de la France, où dès que tu sors de la norme, les gens te scrutent comme s’ils venaient de découvrir qu’ils avaient des yeux. 

Donc, j’ai un message à adresser :

Lecteur, lectrice, gens : si t’en as marre du regard accusateur des petites vieilles qui dévisagent tes piercings ; si t’en as marre de te faire siffler des que tu sors en jupe ; si t’en as marre des regards dégoûtés des gens qui te voient manger une gaufre ; si t’en as marre des mères paniquées qui éloignent leurs gamins de ton chemin ; viens en Nouvelle-Zélande. Les gens s’en foutent, et on vivra tous heureux dans la paix et l’amour.



(Est-ce que j’ai aussi mentionné qu’on a les paysages du Seigneur des Anneaux ?)

dimanche 17 août 2014

Ma vie, mon job, Plic et Ploc


(Et donc, là, tu TE SORS LES DOIGTS DU CUL!)

Et donc ma boîte a engagé deux petits nouveaux pour venir nous aider à bosser (rapport au fait qu'on était en train de mourir à feu vif sous le poids des emails et des factures) et ça va, c'est cool, ça leur a juste pris deux mois d'engager deux pékins pendant qu'on était en train de se noyer dans les comptes à clôturer.

Ceci est un truc typiquement Kiwi, d'ailleurs: les processus de recrutement prennent des plombes parce que presque tous les boulots qu'on trouve ici sont des CDI. Donc les employeurs prennent leur temps (et trois à quatre entretiens par poste) avant de recruter LA perle rare. Compréhensible? Pas vraiment. En fait, tous les jobs en CDI ont deux mois dits de "formation" où le patron peut décider de te virer sans préavis et sans pénalité, pour le simple fait que "je pensais que t'étais la bonne personne pour ce poste, mais désolé gros t'as pas fait tes preuves".

OUI MAIS.

Les Kiwis ont une peur tellement maladive de la confrontation que (bonne nouvelle) pour que tu sois viré en Nouvelle-Zélande, il faut :

1. Que la conjecture économique de ta boîte soit vraiment naze.
2. Que ton patron soit étranger et n'ait pas les scrupules des Néo-Zélandais.
3. Que tu commettes une faute grave. Mais attention quand même, les fautes graves chez les Kiwis incluent les trucs logiques comme se pointer beurré ou stone au boulot, regarder du porno sur le PC du bureau, ou frapper quelqu'un, mais incluent également des choses qui peuvent rendre d'autres cultures perplexes, comme gueuler sur un autre employé (alias « la technique de formation la plus efficace de France »), ou encore le plus improbable "tenir des propos racistes, sexistes, ou généralement considérés comme offensants par une tierce personne".

(Est-ce que ce type de loi existe, en France ? Parce que d’après ma courte expérience de la vie en entreprise française, et le ramassis de propos de vieux cons entendus a tout venant sur les Arabes, les Noirs, les homosexuels, et les seins des stagiaires, je serais tentée de répondre « NAN ».)

Bref.

On a donc deux petits nouveaux (que par souci d’anonymat nous appellerons Plic et Ploc) qui ont été placés sous mon aile (un peu genre je suis le Jedi et ce sont les Padawans, si tu vois le délire) (en fait je viens de me rendre compte que c’est une mauvaise métaphore puisque tout le monde sait qu’un Jedi ne peut avoir qu’un seul Padawan à la fois) (donc oublie ce que je t’ai dit).

Et travailler avec Plic et Ploc, c’est un exercice constant dans l’art du grand écart.

Parce que mon premier jour avec Plic, c’était comme ça :

- Alors Plic, on vient de recevoir un mail….
- Le fournisseur a confirmé la commande, oui, j’ai vu.
- Tu te souviens de ce qu’on doit faire dans ces cas-là ?
- Oui, j’ai  déjà changé le statut dans notre système.
- OK, super ! Et concernant le paiement….
- J’ai déjà vérifié dans notre serveur, on n’a pas besoin d’arranger les termes du paiement, mais je vais quand même leur envoyer un rappel pour la facture du mois dernier, ça mange pas de pain.

Plic est donc désormais connu au bureau sous le nom de Radar (et si tu sais pas de quoi je parle, va regarder M.A.S.H le meilleur film de guerre du monde et tu me remercieras plus tard) (je suis comme ça, j’ai le cœur sur la main).

Par contre, autant Plic au travail, c’est Jésus sous amphétamines, autant Ploc, en comparaison, c’est un chimpanzé avec des moufles.

Parce que Ploc est bien mignon, Ploc est bien gentil, mais Ploc est LENT.

Mais pas « lent » genre laïque, hein !

Pas « lent » genre « je mets dix minutes à lire un email », nan !

PLOC. EST. LEEEEEEEEEENNNNNNNNNNT!

Et dans un boulot qui exige une réactivité à la seconde, c’est pas le meilleur truc du monde.

La formation de Ploc peut donc être résumée par de formidables aventures (que je surnomme « jouons avec les nerfs de Charlotte, volume I ») telles que “Ploc apprend à brancher un micro dans un PC”:

- Charlotte ! Je crois qu’il y a un problème avec le logiciel du téléphone, j’entends rien quand j’appelle.

(Ah ben oui ça c’est sûr, quand on inverse la prise du micro et la prise des écouteurs, ça marche vachement moins bien.)

Et puis son sequel, “Ploc apprend à répondre au téléphone” :

- Ploc, tu peux répondre ?
- Moi ?
- Ben oui, toi.
- Mais…..mais…. qui est-ce qui nous appelle ?

(Gnnnnnnnnmnmnm.)

- Ben décroche et tu verras bien.
- Ah……..
- ……..
- Mais comment je sais qui c’est ? Je leur demande ?

MAIS BORDEL DE COUILLE Y’AVAIT PAS LE TÉLÉPHONE DANS TA FAMILLE, T’AS VÉCU EN ANTARCTIQUE SOUS UN CAILLOU TOUTE TA VIE OU TU TE FOUTRAIS PAS UN PEU DE MA GUEULE ?

C’est ce que je voulais dire. Mais je me suis retenue.

Je mets ma françitude au placard quand je suis au boulot. (Rappelle-toi que c’est l’endroit où on peut se faire virer pour crier sur les gens.). (Alors quand je suis tentée de gueuler, je prends une grande respiration, et je récite du MC Solaar dans ma tête pour me calmer.)

Et, bien sûr, mon épisode préféré, “Ploc apprend à confirmer une commande”.

Faut savoir que confirmer les commandes, c’est le B.A.-BA de la boîte. En gros, un client passe une commande sur notre site, on appelle le fournisseur, il nous dit « c’est bon j’ai tout bien reçu » et on change le statut de la commande par « confirmé », ce qui envoie un message automatique au client l’avertissant de la confirmation.

Ça va, c’est pas trop dur, non ?

Eh ben pas pour tout le monde, on dirait.

- Charlotte ?
- Oui ?
- J’ai reçu un email et je comprends pas ce qu’il faut faire.
- Bon. Que dit le message ?
- « Bonjour Opérations, est-ce que ma commande est confirmée ? Cordialement, client »
- OK. Donc écris un brouillon de réponse et envoie-moi ce que tu penses être juste.

(Quinze minutes plus tard)

 « Cher client, merci de votre confirmation. Cordialement, Ploc »

- Ploc ? Tu vois le souci avec ta réponse ou pas ?
- Non, c’est quoi le souci ?



- Relis le mail de départ, et relis ta réponse.
- Il me demande si sa commande est confirmée, et je lui dis merci de sa confirmation.
- Y’a rien qui te choque ?
- Heuuuuuuuu…

(Respire. Compte jusqu’à dix. )

- Qui nous a envoyé ce mail ?
- Le client.
- Est-ce qu’un client est en mesure de confirmer sa propre commande ?
- Non.
- Qui est en mesure de confirmer une commande ?
- Heu…. Nous ?
- Donc qu’est-ce qu’il nous demande ?
- ………
- ………
- Ah ! Il nous demande à nous de vérifier sa commande ! Ah d’accord ! J’ai compris !



(Par contre t’as pas encore compris le principe des points d’interrogation, visiblement.)

- Okay, donc tu peux me refaire un brouillon de réponse ?
- D’accord !

(Dix minutes plus tard)

« Cher client, votre commande est confirmée. Cordialement, Ploc »

- Ploc ? Comment tu sais que la commande est confirmée ?
- Heuuuuuuuu…
- T’as regardé le statut de la commande dans notre système ?
- Heuuuuuuuu…..
- Ben regarde maintenant. Ca dit quoi ?
- Ca dit « envoyé ».
- Donc ?
- Donc c’est confirmé ?



(Nan mais tu le fais exprès, gros?)

- Non, on a un bouton «confirmé » juste pour ça.
- Ah oui, chuis bête.

(Tu me tends la perche, gros.)

Donc je re-demande a Ploc de m’envoyer un brouillon, et dix minutes plus tard, je reçois ça :

« Cher client, merci pour les mises à jour, nous les avons bien reçues et nous les transmettrons au fournisseur au plus tôt. Cordialement, Ploc ».

Bon.

Bon bon bon.

- Ploc ?
- Oui ?
- Pourquoi tu parles de mises à jour alors qu’il n’y en a aucune ?
- Oui je sais, mais je savais pas comment répondre, donc j’ai regardé les emails que tu avais envoyés hier à d’autres clients, et j’ai répondu avec le truc le plus proche que j’ai trouvé.



MAIS PUTAIN ESPÈCE DE TÊTE DE CHIBRE, TON CERVEAU C’EST DE LA SALADE NIÇOISE OU COMMENT CA SE PASSE ?

(Respire.)

(L’as de trèfle qui pique ton cœur.)

- Bon. On va reprendre du début. Quand une commande est envoyée au fournisseur, comment est-ce qu’on fait pour s’assurer qu’il a bien reçu notre email ?
- Heuuuuuuuu….
- Prends ton temps.
- Heuuuuuuuu…. On l’appelle et on lui demande de confirmer ?



(Jackpot)

- C’est ça. Donc la, qu’est-ce que tu vas faire ?
- Appeler le fournisseur et confirmer, et puis informer le client.

(Cinq minutes plus tard)

- Charlotte ?
- Oui ?
- J’ai un problème.

TIENS DONC.

- J’appelle le fournisseur mais ça répond pas.
- Ça sonne dans le vide ?
- Non, je tombe sur un répondeur qui dit « nos bureaux sont ouverts de 8 heures à 18 heures ».
- Et là, il est quelle heure chez eux?
- Une heure du matin.
- Donc qu’est-ce qu’on fait ?
- Heuuuuuuuu…. On rappelle dans une heure ?

SERIEUSEMENT ?

- Tu penses vraiment que ça va servir à quelque chose s’ils ouvrent seulement à 8 heures ?
- Non ? Enfin, je sais pas. Oui ?



(C’est une caméra cachée, c’est la seule explication.)

- Bon, je vais écrire au client et lui dire « Cher client, votre commande n’est pas confirmée ».
- Attends, mais tu vas pas lui dire que ça, non ?
- Quoi, c’est pas bien ?
- Mets-toi à la place du client. Tu demandes si ta commande est confirmée, on te dit « non ». Tu veux savoir pourquoi, non ?
- Oui mais on sait pourquoi !

(Respire.)

(Ma voisine de palier, elle s'appelle Cassandre. Elle a un petit chien qu'elle appelle Alexandre.)

- Oui, mais le client, lui, il sait pas ! Il sait pas qu’on a essayé d’appeler et que c’est la nuit, et que les bureaux du fournisseur ouvrent à huit heures !
- Aaaaaaah oui c’est vrai ! Oh là là il faut penser à tous les petits détails dans ce job ! C’ est compliqué, hein ?



- NON C’EST PAS COMPLIQUÉ, C’EST JUSTE QUE T’AS LA LOGIQUE D’UN COQUILLAGE DE MER ! BORDEL DE BITE J’AI JAMAIS VU UN RAISONNEMENT AUSSI MOU DU GENOU !

A ce stade même « Seul sous son saule pleureur, Solaar pleure » ne suffisait plus, alors je me suis mordu la langue à la place.

(Ça saigne encore un peu.)


Donc je suis bien contente qu’on ait dû poireauter deux mois pour avoir des nouveaux employés, non vraiment ça valait grave le coup, vu la crème de la crème qu’on nous a ramené.


Mais ça va, je reste cool, je reste zen.


Et la prochaine fois que Ploc me pose une question de merde, je lui dirai juste :




PS : Et toi, tu dois aussi subir des boulets au boulot?

(Question de fin d'article Skyblog activée!)

dimanche 10 août 2014

L'Instant Kiwi : ode au L&P






En arrivant en Nouvelle-Zélande, j’ai dû faire un gros travail d’acculturation concernant les denrées culinaires, principalement en découvrant ce que la Zélandie n’avait PAS.

(Sérieusement, on n’a pas connu la misère humaine tant qu’on n’a pas contemplé la section « fromages » des supermarchés kiwis.)

Alors oui, certes, j’ai pas mal pleuré ma mère sur l’absence de fromages, de bon pain, de viennoiseries et autres « salut on prend un beignet qu’on farcit de chantilly et on appelle ça un éclair » de ce pays de sauvages.





(Bouhouhou.)

Mais une fois ma franchouillardise exacerbée mise de côté, j’ai eu la joie de découvrir les subtilités de la Nouvelle-Zélande en matière de bouffe.

Alors évidemment, c’est un pays tout neuf, tout beau, et colonisé par les Anglais, donc pour la tradition culinaire ancestrale, on repassera. (Sauf si tu comptes le fish&chips comme un summum du goût.) (NON.) Mais force est de constater que les Kiwis se défendent pas trop mal dans l’ère moderne en termes de cuisine.

J’en tiens pour preuve le meilleur soda du monde (si) que j’ai découvert ici : le L&P.

Le Lemon&Paeroa, ou L&P (« elle ène pie ») de son petit nom, c’est LA boisson kiwie par excellence. C’est une limonade qui a vu le jour dans la petite ville de Paeora, située dans la région champêtre de Waikato, sur l’Ile du Nord.

Petit cours d'histoire: En 1904, Arthur Wohlman, un spécialiste balnéaire employé par le gouvernement néo-zélandais, publie un rapport analysant l’eau minérale naturellement gazeuse de Paeroa pour ses vertus médicinales supposées : les Maoris de la région utilisaient en effet cette eau depuis plusieurs centaines d’années pour de nombreux usages médicaux, et les mineurs d’or de la région vantaient ses effets de remède anti-gueule de bois du dimanche matin.

Wohlman, après ses analyses, conclut que l’eau de source de Paeroa est effectivement bonne pour la santé, et possède surtout un arrière-goût sucré fort plaisant.

Suite à ce rapport, un Kiwi du coin achète le terrain sur lequel se trouve la source et commence à embouteiller et vendre l’eau dans les environs, notamment à Auckland. L’entreprise est rachetée en 1915 et le produit est rebaptisé « Paeroa and Lemon », puis « Lemon and Paeroa » dans les années 1940.




(Groovy)

Le L&P devient rapidement un produit extrêmement populaire dans tout le pays, et le reste jusqu’à nos jours. Et ce pour deux raisons :

Déjà, le L&P, c’est BON. C’est moins acide qu’une limonade ordinaire, mais moins sucré qu’un Sprite ou qu’un 7Up. Et, surtout, ça a ce goût de citron tellement citronné qu’une seule gorgée de L&P suffit à te faire pousser des « AAAAAAAAH » de satisfaction en faisant claquer la salive dans la bouche. En bref, c’est une tuerie.

Mais surtout, le L&P, c’est un véritable symbole de la Nouvelle-Zélande.

Même si l’usine de Paeroa a fermé en 1980, le L&P est toujours produit en Nouvelle-Zélande (dans une nouvelle usine basée à Auckland). Et, à Paeroa, on trouve des mémorandums de la célèbre boisson un peu partout : des affiches dans la rue, des bancs en forme de canettes à l’office de tourisme :



Et surtout, cette statue qui te salue à l'entrée de la ville, et qui motive à elle seule un voyage à Paeroa.



(Je ne déconne pas. Les gens font le détour juste pour voir cette bouteille. Y'avait genre quatre familles qui faisaient la queue pour prendre des photos quand je suis arrivée.)



Cette petite bouteille de soda est donc littéralement un monument de la culture kiwie, ce qui explique le fait qu’on en trouve absolument PARTOUT. Au point que, quand on va passer une commande chez Mac Do en Nouvelle-Zélande, les employés ne te demandent pas si tu souhaites le traditionnel « frites-coca » avec ton burger, mais te demandent à la place si tu veux un « L&P and fries ». (Anecdote authentique.)

Le L&P traditionnel reste la meilleure vente du produit, mais des variations existent cependant, comme le L&P Sour (avec un goût plus acidulé) et ses pubs funky:
Ou même le chocolat au L&P (il fallait y penser):




(On me souffle également que de la glace au L&P est en cours de développement.)

(Professeur Flaxou est dans les starting-blocks.)

La particularité du L&P, c'est que, malgré son extrême popularité en Nouvelle-Zélande, on n'en trouve tout bonnement pas en dehors du pays. Ce qui a poussé les Kiwis, qui ne sont pas les derniers pour la déconne, à lui donner comme slogan "World Famous in New Zealand". (Un slogan depuis devenu célèbre et réutilisé moult et moult fois par d’autres marques et produits kiwis.)

Aux dernières nouvelles, on ne trouvait le L&P hors Nouvelle-Zélande que dans certains supermarchés australiens ou certaines boutiques spécialisées en Angleterre. Mais c’est que le meilleur soda du monde, ça se mérite, ma petite dame !

Alors, prêt à venir au bout du monde pour une gorgée citronnée ?